Latouche et Ellul

27 mai 2014 / par La source




Serge Latouche : Jacques Ellul contre le totalitarisme technicien, éditions Le passager clandestin.

Jacques Ellul a, dès l’origine, été perçu par le mouvement de la décroissance comme l’un de ses principaux précurseurs. Sa critique de la démesure technicienne et son analyse du « totalitarisme technicien », comptent parmi les pièces maîtresses du projet, en l’alimentant aussi bien sur le plan théorique que sur celui des propositions concrètes.

L’homme qui vit dans la société technicienne n’a plus conscience de soi : modèles collectifs, manipulations, recul devant de trop lourdes responsabilités, enfermement dans des spécialisations… Et cette société technicienne nous a fait entrer dans la civilisation du risque. « L’industriel veut produire à tout prix même en créant des risques graves ; l’Etat veut protéger l’activité productive et refuse d’inquiéter les populations. » Et on ne peut plus s’en tenir à juste des probabilités ; « la question de la possibilité éclipse celle de la probablité ». Mais comme le dit Ellul, « personne ne veut accepter cette idée que la technique nous a placé au milieu de centaines de volcans »

Jacques Ellul a dénoncé en maints endroits et avec la plus grande fermeté la démesure de la société occidentale, la croissance et le développement. Il a montré que la société économique de croissance ne réaliserait pas l’objectif de bonheur proclamé de la modernité, et que les évolutions de la technique étaient incompatibles avec les rythmes de l’homme et l’avenir du monde naturel.

Il a prôné très tôt la décroissance, la réorganisation de la société, la réduction du temps de travail… et écrivait déjà il y a vingt ans : « On pourrait se passer de 90 % des techniques que nous utilisons et de 90 % des médicaments que nous consommons, mais la force de la propagande est justement de transformer des objets inutiles en objets nécessaires. »

Comme l’a défini Jean-Luc Porquet dans le titre du livre qu’il lui a consacré, Jacques Ellul était « l’homme qui avait (presque) tout prévu » ; il est urgent de le (re)lire !

Cette relecture par Serge Latouche de la pensée de Jacques Ellul, rappelle aussi que la virulence de la critique sociale du maître bordelais s’accompagnait toutefois d’une conception minimale de l’action politique, définie comme dissidence individuelle. Lire Ellul à « l’ère de l’anthropocène », c’est aussi rappeler, avec les objecteurs de croissance, que les temps sont désormais aux métamorphoses radicales.

.................................................................................................

Serge Latouche est professeur émérite d’économie à l’université d’Orsay et objecteur de croissance. Il a publié récemment Bon pour la casse. Les déraisons de l’obsolescence programmée, Les Liens qui Libèrent, 2012.

Jacques Ellul (1912-1994) était sociologue et professeur d’histoire du droit.
Théoricien de la révolution, ses influences intellectuelles vont de Karl Marx au
protestantisme. Il est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages parmi lesquels il faut citer Le système technicien (1977) et Le bluff technologique (1988).

Serge Latouche : Jacques Ellul contre le totalitarisme technicien, éditions le passager clandestin, 8 €, format : 11x 17 cm, 112 pages.

....................................................................................

La collection « les précurseurs de la décroissance" dirigée par Serge Latouche aux éditions le passager clandestin.

Le concept de décroissance est relativement nouveau. Il s’agit de mettre l’accent sur l’urgence d’un constat : une croissance infinie de la production et de la consommation matérielles ne saurait être tenable dans un monde fini.

Les objecteurs de croissance s’efforcent ainsi de réunir des arguments pour répondre au discours idéologique et univoque qui pose la croissance comme le fondement indiscutable de toute organisation économique contemporaine. Dans un travail de recherche collectif, portant tout autant sur l’économie que sur la philosophie, l’histoire ou la sociologie, des intellectuels et des universitaires un peu partout dans le monde entreprennent de mettre au jour les contours de la société d’abondance frugale qu’ils appellent de leur voeux.

Ce sont eux que cette collection, dirigée par Serge Latouche pour les éditions Le Passager clandestin, entend accueillir.

La collection des Précurseurs de la décroissance donne une visibilité à cette
réflexion en cours. À travers la présentation de quelques grandes figures de la pensée humaine et de leurs écrits, elle fait ainsi émerger une histoire des idées susceptibles d’étayer et d’enrichir la pensée de la décroissance. Simultanément, le public désireux de se familiariser avec celle-ci y trouvera un répertoire commun de pratiques et de références vieilles comme l’humanité.

Cette collection veut montrer que le concept de décroissance est très éloigné de la représentation qu’on cherche parfois à en donner : un tissus d’élucubrations de quelques arriérés sectaires désireux d’en « revenir à la bougie ». Cette collection souhaite surtout contribuer au développement de l’un des rares courant de pensée à même, aujourd’hui, d’offrir une contrepartie aux orientations idéologiques qui menacent nos sociétés.

Cette collection est composée de petits volumes vendus à un prix modique et destinés à faire connaître à un large public la richesse et la complexité de la pensée de la décroissance. Chaque ouvrage, d’une dimension standard d’environ 100 pages est composé de deux parties : une présentation de l’auteur abordé comme précurseur de la décroissance (sans exclusion des limites voire des contradictions de cette annexion), et un texte ou un ensemble de morceaux choisis, illustrant cette vision.

- Titres parus :
. Charles Fourier ou la pensée à contremarche par Chantal Guillaume (septembre 2013)
. Lanza del Vasto ou l’expérimentation communautaire par Frédéric Rognon
(septembre 2013)
. Leon Tolstoï par Renaud Garcia (novembre 2013)
. Jean Giono par Édouard Schalchli (novembre 2013)
. Épicure ou l’économie du bonheur par Étienne Helmer




Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Courriel à Reporterre des Editions du Passager clandestin

Première mise en ligne le 18 avril 2013

Consulter par ailleurs : La bibliothèque de Reporterre

24 mai 2017
Hulot est un homme d’une rare naïveté, pour rester poli
Tribune
25 mai 2017
Notre-Dame-des-Landes : la compensation écologique du projet d’aéroport serait très compliquée
Info
23 mars 2017
Des villages du Gard démontrent que l’accueil des réfugiés est possible et vitalisant
Alternative


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Du même auteur       La source