Le Monsieur écologie de Marine Le Pen a perdu
Calliste Bonaldi, suppléant du candidat Rassemblement national Andréa Kotarac dans la cour de la préfecture de Bourg-en-Bresse le 7 juillet 2024. - © Antoine Boureau / Reporterre
Calliste Bonaldi, suppléant du candidat Rassemblement national Andréa Kotarac dans la cour de la préfecture de Bourg-en-Bresse le 7 juillet 2024. - © Antoine Boureau / Reporterre
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Le conseiller de Marine Le Pen sur les questions environnementales, Andréa Kotarac, a été battu dans la 2ᵉ circonscription de l’Ain. Le désistement du candidat écologiste du NFP a permis sa défaite alors qu’il était en tête au 1ᵉʳ tour.
Bourg-en-Bresse (Ain), reportage
Mais où est Andréa Kotarac ? Le conseiller écologie de Marine Le Pen, candidat dans la 2ᵉ circonscription de l’Ain, est introuvable. Nulle trace de lui parmi l’équipe du Rassemblement national réunie à la préfecture de Bourg-en-Bresse pour l’annonce officielle des résultats. Il est tout aussi absent des affiches électorales, où son portrait n’a pas été imprimé aux côtés de ceux de Marine Le Pen et de Jordan Bardella. Arrivé en tête du premier tour avec 39,20 % des voix, le politicien de 35 ans était pourtant en bonne position pour remporter ce territoire au nord de Lyon.
« Oh mon Dieu », s’étouffe un jeune homme blond, le visage grêlé et la veste froissée. Calliste Bonaldi, suppléant d’Andréa Kotarac, vient de voir tomber les premiers résultats. Le barrage républicain a tenu dans l’Ain. Le député sortant Romain Daubié, membre de l’ex-majorité présidentielle, a été réélu avec 55,09 % du scrutin. Un score remporté grâce au désistement du candidat écologiste Maxime Meyer, arrivé en troisième position au premier tour.
Le pas vif et le visage fermé, Calliste Bonaldi s’éloigne pour annoncer par téléphone la mauvaise nouvelle à son candidat. Celui-ci serait « avec des militants en petit comité à Miribel » — dans la banlieue de Lyon, à une soixantaine de kilomètres de là. Son équipe nous avait pourtant assuré qu’il serait présent à la préfecture ce dimanche soir. Sollicité par Reporterre, Andréa Kotarac n’a pas souhaité commenter les résultats.
Malgré cette défaite, le score du Rassemblement national montre l’emprise croissante de l’extrême droite sur ce territoire périurbain et rural. Elle y a remporté trois fois plus de voix que lors des élections législatives de 2022. C’était pourtant dans ce bastion conservateur que l’activiste climat Lumir Lapray avait à l’époque réussi un score record. « La campagne n’est pas un échec, on a fait une sacrée progression depuis 2022, pointe Calliste Bonaldi. On a été bien reçu sur les marchés et on a réussi à créer un maillage territorial. »
Un essor électoral en dépit de la division locale du parti. Olivier Eyraud, candidat du Rassemblement national en 2022 a été écarté au profit d’Andréa Kotarac. Froissé, cet agriculteur à la retraite a mené sa propre campagne en dissidence.
Un parachutage de circonstance après les bons résultats de la formation d’extrême droite aux élections européennes ? « Andréa est venu chez nous car c’est un spécialiste des questions écologiques et énergétiques, et que le premier employeur du bassin est EDF grâce à la centrale du Bugey, défend Calliste Bonaldi. S’il avait été élu, il aurait souhaité que la France investisse massivement dans le nucléaire. »
« Le nom d’une boule puante »
Aujourd’hui président du groupe Rassemblement national à la région Auvergne-Rhône-Alpes, Andréa Kotarac a fait ses armes à Lyon au sein de La France insoumise (LFI). Cet ancien partisan de Jean-Luc Mélenchon a retourné sa veste lors des élections européennes en 2019 en appelant à voter pour la liste (déjà) menée par Jordan Bardella.
« Kotarac est le nom d’une boule puante de fin de campagne », avait tempêté le patron de LFI sur X (ex-Twitter). Si Marine Le Pen s’est délectée de cette prise de guerre, les anciens camarades d’Andréa Kotarac y ont vu la trahison d’un opportuniste en quête d’ascension politique.
Le transfuge a fondé la même année le microparti Les Localistes avec l’ex eurodéputé RN Hervé Juvin, le « M. Écologie » de Marine Le Pen. Leur mantra : lier écologie, identité et territoires. Comprendre : circuits courts, protectionnisme et réindustrialisation. Condamné pour violences conjugales, Hervé Juvin a été exclu du parti en 2022, cédant sa place à son poulain.
Au printemps 2023, Andréa Kotarac s’est vu confier la direction d’une dizaine de hauts fonctionnaires, d’ingénieurs et d’élus pour produire un livret synthétisant les propositions du parti sur l’écologie. Ce document qui devait explorer les questions de mobilité, d’énergie, de biodiversité et d’agriculture n’a jamais été publié.
L’ex-insoumis a profité de son siège au conseil régional pour s’opposer aux éoliennes « qui défigurent nos territoires » et défendre les énergies nucléaires, photovoltaïques et hydroélectriques. Il ne manque pas une occasion d’y pourfendre les décisions européennes, tel le plan « De la ferme à la fourchette » du Green Deal dont les « règles environnementales », c’est-à-dire un moindre usage des pesticides, induiraient selon lui une baisse de la production et du revenu des agriculteurs.
Le président de groupe y fustige régulièrement « l’écologie punitive », caractérisées selon lui par le plan Zéro artificialisation nette (ZAN) — qui vise pourtant à défendre la biodiversité et les terres agricoles — et les Zones à faibles émissions (ZFE), qui réduisent la circulation des voitures les plus polluantes. Un avant-goût de l’écologie d’extrême droite que vient de s’épargner l’Assemblée nationale.