Le Panthéon échappe à la publicité

5 mai 2014 / Paysages de France

La bâche de chantier qui enveloppera le Panthéon de Paris à partir du 3 juin ne sera pas publicitaire, mais artistique. Cette décision courageuse ne doit pas faire oublier qu’il s’agit d’une exception : le Code du patrimoine autorise l’invasion de publicités géantes sur les monuments classés.


En rupture complète avec ce que stipulait jusqu’alors le code de l’environnement, le Code du patrimoine a instauré (loi du 21-12-2006 et décret du 24 mai 2011) la possibilité d’installer des publicités pouvant atteindre plusieurs centaines, voire milliers de mètres carrés, sur les échafaudages érigés en vue de réaliser des travaux extérieurs sur des immeubles classés ou inscrits.

Les conséquences de cette mesure sont effarantes sur le paysage. Ses effets pervers sont terrifiants puisque, désormais, ce sont précisément les lieux d’interdiction absolue de la publicité, en l’occurrence les monuments classés, qui sont devenus les supports publicitaires les plus convoités par les afficheurs.

"Le besoin de ressources ne justifie pas qu’on fasse n’importe quoi"

En attendant, Paysages de France observe que Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux, a décidé que la bâche de chantier qui enveloppera le Panthéon (Paris) à partir du 3 juin 2014, pour un an et demi, ne sera pas publicitaire, mais artistique.

Pour justifier sa décision, Philippe Bélaval a déclaré le 25 février : « Lieu sacré de la République, le Panthéon est une nécropole. Les tombes ne peuvent servir de support à un message publicitaire. Le besoin de ressources propres ne justifie pas que l’on fasse n’importe quoi. On ne peut pas dire que le Panthéon est emblématique des valeurs de la République et y mettre le logo d’une marque. »

- L’Opéra -

Philippe Bélaval a ainsi publiquement et spectaculairement reconnu que l’affichage publicitaire commercial était incompatible avec la notion de respect. En l’occurrence le respect dû « aux grands hommes » (le frontispice du monument porte la célèbre inscription : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante »).

Que l’affichage publicitaire étalé sur la façade d’une nécropole soit synonyme d’un manque absolu de respect, tout le monde le comprend. La publicité est d’ailleurs interdite par le code de l’environnement sur les murs des cimetières...

Mais alors, qu’en est-il du respect dû aux vivants, qui, eux, subissent réellement et quotidiennement, parce qu’ils les voient et les reçoivent, les « coups de poing atroces » (Michel Serres, de l’Académie française) de telles publicités ?

- La Conciergerie, à Paris

Il faut abroger l’article L. 621-29-8 du code du Patrimoine

Paysages de France salue l’initiative de Philippe Bélaval, mais demande que l’on aille jusqu’au terme de la logique : si l’on doit respecter les morts, on doit tout autant, et sans doute plus encore, respecter les vivants ! Paysages de France demande donc l’abrogation de l’article L. 621-29-8 du code du Patrimoine, à l’origine des effrayantes dérives qu’il a, depuis, provoquées.

En attendant, remercions celui grâce auquel la bâche de chantier du Panthéon ne comportera pas de publicité. Envoyons une carte postale à :

Philippe Bélaval, Centre des monuments nationaux, 62, rue Saint-Antoine, 75186 Paris Cedex 04. tél. 01 44 61 20 00.

Et rendons-nous le 3 juin au pied du Panthéon pour applaudir.




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Source et photos : Paysages de France

Photo du Panthéon en travaux : Gilles Codina (Centre des Monuments nationaux).

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