Le changement climatique va lourdement peser sur les ressources alimentaires

Durée de lecture : 4 minutes

5 septembre 2012 / Oxfam

Selon une étude d’Oxfam, l’impact du changement climatique sur le système alimentaire mondiale va être très important. Un doublement des prix agricoles pourrait se produire, avec des conséquences dramatiques sur de nombreuses populations


Selon un nouveau rapport publié par Oxfam, l’impact du changement climatique sur les prix alimentaires est actuellement sous-estimé.

Ce rapport intitulé La Terre se réchauffe, les prix flambent montre comment des phénomènes météorologiques extrêmes - comme des sécheresses ou des inondations - pourront entraîner des flambées des prix alimentaires. Jusqu’ici, les recherches prenaient en général uniquement en considération les effets progressifs du changement climatique, comme l’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations

L’étude d’Oxfam va plus loin et s’intéresse au comportement des prix alimentaires en prenant en compte les scénarios qui prédisent une multiplication des événements météorologiques extrêmes à l’horizon 2030.

Le rapport prévient que d’ici 2030, le monde pourrait devenir encore plus vulnérable aux sécheresses du type de celle qui sévit actuellement aux États-Unis, si le risque de fortes sécheresses en Amérique du Nord s’accroît sous l’effet du changement climatique en même temps que la dépendance à l’égard des exportations américaines de blé et de maïs s’accentue.

Voici ce qu’il en ressort :

- Dans le cadre d’un scénario prudent, celui d’une nouvelle sécheresse survenant aux États-Unis en 2030, le prix du maïs pourrait augmenter de 140 % par rapport au prix moyen des denrées alimentaires de 2030.

- Sécheresses et inondations en Afrique australe pourraient augmenter de 120 % le prix à la consommation du maïs et d’autres céréales secondaires. Aujourd’hui, sous l’effet d’une flambée d’une telle ampleur, le coût du sac de 25 kg de farine de maïs - ration minimale pour nourrir une famille pendant deux semaines - bondirait pour passer d’environ 18 à 40 dollars.

- Une sécheresse généralisée en Inde et d’importantes inondations dans toute l’Asie du Sud-Est pourraient entraîner une hausse de 22 % du cours du riz sur le marché mondial, ce qui générerait des envolées des prix nationaux pouvant atteindre 43 %. Cette flambée des prix s’ajouterait à l’augmentation progressive enregistrée à plus long terme dans des pays importateurs de riz tels que le Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique.

Selon Tim Gore, en charge du changement climatique à Oxfam, « l’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations freinent la production agricole et poussent constamment les prix à la hausse. Mais des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que la sécheresse qui s’est abattue sur les États-Unis, peuvent anéantir des récoltes entières et déclencher des envolées vertigineuses des prix alimentaires. »

« Nous ressentirons tous les effets d’une flambée des prix, mais les populations les plus démunies - qui doivent parfois consacrer jusqu’à 75 % de leurs revenus à l’alimentation - seront, quant à elles, touchées de plein fouet. »

« L’incidence majeure que pourraient avoir à l’avenir les phénomènes météorologiques extrêmes sur les prix alimentaires à est aujourd’hui à peine évoquée dans les débats sur le changement climatique, déplore Tim Gore. Le monde doit prendre conscience des conséquences graves qu’aura le changement climatique sur le système alimentaire mondial. »

« Alors que l’augmentation des émissions de CO2 se poursuit à un rythme effréné, les conditions météorologiques exceptionnelles rencontrées aux États-Unis et ailleurs dans le monde nous donnent un aperçu des conséquences du réchauffement climatique sur le système alimentaire mondial. La Terre semble bien sur la voie d’un réchauffement moyen de 2,5 à 5°C au cours du XXIe siècle. Il est temps de se soucier des conséquences en termes de faim et de malnutrition pour des millions de personnes dans le monde », rappelle Tim Gore.

« Après la débâcle financière, nos gouvernements ont soumis les banques à des « tests de résistance ». Nous devons de la même manière tester la résistance du système alimentaire mondial au changement climatique. Les États doivent aussi agir sans plus tarder pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, et mettre fin à des années de sous-investissement dans la petite agriculture des pays pauvres. Ils doivent en outre apporter les financements nécessaires pour aider les agriculteurs vivant dans la pauvreté à s’adapter au changement climatique. »

Le rapport paraît alors que les négociations sur la lutte contre le changement climatique se terminent aujourd’hui à Bangkok, sans grands signes de progrès. La FAO devrait publier mercredi 5 septembre plus d’informations sur les répercussions sur les prix alimentaires mondiaux de la pire sécheresse qu’aient connue les États-Unis depuis 60 ans.

Note :

Cette étude a été réalisée pour le compte d’Oxfam par Dirk Willenbockel, de l’Institute of Development Studies. Les résultats complets seront publiés (en anglais) et téléchargeables sur le site Web d’Oxfam : Extreme Weather Events and Crop Price Spikes in a Changing Climate : Illustrative Global Simulation Scenarios.

L’étude évalue l’incidence que quatre phénomènes météorologiques extrêmes hypothétiques pourraient avoir en 2030 sur les prix alimentaires et qui s’ajouterait aux hausses de prix anticipées sur le long terme.



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Source : Communiqué de presse d’Oxfam France

Photo : Oxfam

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