Le climat et l’écologie bien présents à Nuit debout

Durée de lecture : 4 minutes

13 avril 2016 / par Émilie Massemin (Reporterre)

La commission Climat et écologie s’est réunie sur la place de la République, au sein de Nuit debout. Elle a commencé à rédiger un manifeste et prépare des actions de sensibilisation.

- Paris, reportage

Comme les jours précédents, la commission climat et écologie de la Nuit s’est réunie mardi 12 avril à 16 h, place de la République à Paris. Au programme de la deuxième partie de l’après-midi, la rédaction du manifeste de la commission, la mise en place du tri sélectif sur la place et l’organisation d’activités pour la journée de dimanche, consacrée à la projection du film Demain et aux « solutions pour l’avenir », explique David, 30 ans, facilitateur de la commission et en recherche d’emploi dans la gestion de projet en développement durable. Trois groupes de travail sont constitués et disposent de 45 minutes pour avancer dans ces projets.

Une quinzaine de participants s’attelle au peaufinage du manifeste, aidée par Arnaud, 27 ans, animateur du groupe de travail. Ce technicien territorial spécialisé dans les économies d’énergie dans le secteur du bâtiment a rejoint la commission « un peu par hasard ». « Je suis quand même très sensibilisé à l’écologie par mon travail, précise-t-il. Je suis déjà allé deux fois à Notre-Dame-des-Landes. Je ne me considère pas comme écologiste, mais beaucoup de gens me perçoivent comme ça. »

Quatre propositions sont examinées et départagées par un débat suivi d’un vote. Le texte d’un prénommé Pierre obtient la majorité. « La question écologique englobe toutes les autres, affirme-t-il. L’écologie est centrale dans la convergence des luttes, message étendard du mouvement, car elle tisse des connexions entre elles, et soudain le tableau se précise. Tout est lié, et tous ces choix politiques qui détruisent les hommes détruisent aussi la planète. Mais si nous renversons l’équation, les luttes sociales et économiques trouveront des solutions qui s’appuieront sur l’écologie. »

Comment se réapproprier un imaginaire ?

« Il faut quand même introduire la notion d’urgence écologique », commente Arnaud. Une proposition approuvée par Adrien, qui s’appuie sur l’ouvrage Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne. Même si pour Lucie, « il ne faut pas non plus être catastrophiste ». Une solution serait de s’appuyer sur l’art et la poésie, avance un brun à lunettes, car « cette approche sensible nous permettrait d’imaginer d’autres solutions, d’ouvrir des portes ». « L’imaginaire est colonisé par la publicité, constate un jeune homme en tee-shirt gris. Comment se réapproprier cet espace ? »

Après l’introduction, les propositions. Les participants en ont listé treize, parmi lesquelles l’arrêt définitif de l’exploitation des énergies fossiles, l’arrêt des projets de nouvelles centrales nucléaires et la sortie de l’atome, la transition vers 100 % d’énergies renouvelables, l’abandon du Tafta, la sobriété énergétique, une agriculture bio et locale et un élevage de proximité respectueux du bien-être animal, etc. « Je rajouterais bien les low tech », complète Pierre, en référence à l’ouvrage de l’ingénieur Philippe Bihouix. « Et l’abandon des grands projets inutiles comme Sivens et Notre-Dame-des-Landes ? », suggère un homme coiffé d’un chapeau.

« Je viens d’arriver et je suis tout de suite venue voir la commission climat et écologie parce que je suis vegan et très sensibilisée à la cause animale, explique Céline, 22 ans, étudiante en M2 d’interprète en langue des signes. Mais je suis plus observatrice que participante, parce que je ne me sens pas légitime. Les gens semblent très savants ! »

"J’ai grand espoir que ce mouvement marche et fasse changer les choses"

Le débat de la commission Climat écologie

Annie, 67 ans, retraitée et ancienne chercheuse en biologie, milite contre les injustices sociales depuis mai 68 et se définit comme « très écolo ». « Je me suis rendue à Notre-Dame-des-Landes à de nombreuses reprises, raconte-t-elle. Je viens place de la République depuis le 31 mars. J’ai grand espoir que ce mouvement marche et fasse changer les choses. Je sens une énergie incroyable. Habituellement, quand je manifeste contre le nucléaire ou pour les droits sociaux, il n’y a que des retraités. Là, tous ces jeunes me donnent de l’espoir. »

Les travaux du groupe s’achèvent. La commission se rassemble pour tirer le bilan de l’après-midi. « On propose d’organiser une disco-soupe avec les invendus du marché le plus proche, annonce une jeune femme au nom du groupe consacré à l’organisation de la journée de dimanche. On veut aussi organiser des ateliers de fabrication d’éoliennes et de récupération de canettes. » Lui succède la porte-parole du groupe tri sélectif, qui indique que « des points recyclages ont commencé à être installés mais qu’il va falloir sensibiliser les gens, parce que c’est déjà le bordel ! ». Côté manifeste, « on s’est mis d’accord sur le bloc introductif, un gros travail d’accompli parce qu’on tournait un peu en rond », déclare Arnaud, satisfait.

Pendant ce temps, César se débat avec une grande bâche bleue pour protéger les participants. « Il faut l’aider, encourage David. Discuter c’est bien, mais l’important reste d’occuper la place. »


- Le manifeste écologique de Nuit debout


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- Le dossier de Reporterre sur Nuit debout


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Source : Emiliie Massemin pour Reporterre

Photos : © Emilie Massemin/Reporterre

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