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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Le gouvernement grec s’apprête à liquider un trésor de la biodiversité méditerranéenne

Le gouvernement grec a engagé la privatisation de la recherche agricole et de la protection de la biodiversité. Explications de Roxanne Mitralias, militante grecque sur les questions agricoles et écologiques.


C’est par le biais d’un décret ministériel en date du 11 juin 2013 que le gouvernement grec, en suivant les recommandations de la Troïka, a décidé de mettre fin à la télévision publique grecque [1], mais aussi aux radios qui reliaient les territoires, les orchestres symphoniques, la production cinématographique et les archives, véritable trésor culturel de la Grèce contemporaine.

La décision temporaire du Conseil d’Etat le 17 juin de remettre en service des émetteurs [2] n’empêche pas l’application de ce décret brutal et antidémocratique dans d’autres domaines. Loin de concerner uniquement la télévision et la radiophonie publique, ce décret, toujours en vigueur, organise également la destruction de l’intervention publique dans l’agriculture et l’agronomie [3].

Ce décret ministériel prévoit de fusionner dans un seul organisme nommé DIMITRA à la fois la recherche agronomique (ETHIAGE - comme l’INRA en France), la formation agricole (initiale et continue), l’organisme certificateur AGROCERT, l’office du lait et de la viande. Selon l’ONG Hélession [4], la création de cet organisme agricole permettra de restructurer l’ensemble du secteur : concentration des services agricoles et agronomiques à Athènes et Thessalonique, licenciement massif des personnels et embauche de consultants extérieurs, mais également vente du patrimoine de ces organismes.

Cet organisme réussira-t-il à mener à bien ses fonctions ? On peut en douter ! La certification de l’agriculture biologique et des signes de qualité, ainsi que la gestion de la production laitière et de la viande ne pourra pas se faire dans ces conditions et seront cédées aux mains du privé. Ce qui signifie encore moins de transparence, et un pas de plus vers l’industrialisation de l’agriculture. De la même manière la recherche, la formation et le conseil agricole dépourvus de fonds propres suivront les recettes de l’industrie agro-alimentaire.

Mais la droite grecque, en contournant le Parlement et sa propre majorité, met aussi la banque de semences de Thessalonique dans les mains de l’industrie biotechnologique et des promoteurs immobiliers. Créée en 1981 et versée dans le réseau multilatéral de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), cette banque de ressources génétiques compte 10 500 variétés anciennes et locales, ainsi que 300 différents anciens cépages.

Elle réalise également des missions de recherche agronomique et de sélection variétale. C’est ce trésor de biodiversité méditerranéenne géré jusqu’à présent par l’agence de recherche agronomique grecque (ETHIAGE) que le gouvernement s’apprête à vendre en adoptant le décret du 11 Juin.

Rappelons que la banque de semences était déjà mise en danger par les cures d’austérité appliquées depuis trois ans. La réduction des effectifs, mais aussi la chute vertigineuse des budgets ne permettaient plus un fonctionnement normal. L’électricité était souvent coupée, les graines étaient donc laissées sans réfrigération !

Ce n’est pas seulement la population grecque qui est ainsi dépossédée des ressources phytogénétiques, fruit du travail des agriculteurs et des jardiniers méditerranéens depuis des millénaires, mais l’humanité dans son ensemble puisque la banque de semences ne fera plus partie du réseau de la FAO. Le gouvernement grec, en prenant ce décret ministériel, a une lourde responsabilité : il compromet la sécurité alimentaire et brade la biodiversité. Il est temps de l’arrêter.

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Notes

[1] Lire ce reportage : Fermeture de la télévision publique grecque : un nouveau pas vers un régime autoritaire

[2] Le Conseil d’Etat a suspendu temporairement le 17 juin l’application du décret sur les points concernant la radio-télévision publique grecque ERT. Il ordonne en particulier la suspension de l’arrêt d’émission de la télé et radiophonie grecque, la remise en service des émetteurs, la prise de mesures par le gouvernement pour que l’émission de la télé et de la radio publique reprenne ainsi que la remise en fonction des sites internet, jusqu’à la création d’un nouvel organisme de télé et radio publique.

[3] Et ce n’est pas tout ! L’organisme qui gère les bâtiments scolaires, la construction des hôpitaux, les petites et moyennes entreprises et l’artisanat, le tourisme, etc. est aussi concerné par ce décret…

[4] Cette ONG est active notamment dans la préservation d’anciens cépages.


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