Le lien solidaire entre l’Amap francilienne et les châtaignes ardéchoises

Durée de lecture : 5 minutes

25 novembre 2014 / Zoé Duchamp (Quartiers en Transition)

HSBC (Hyper Social Bio Club), une Amap du 18e arrondissement de Paris, distribuera prochainement à ses adhérents de la farine de châtaignes produite à l’éco-hameau de Bogues du Blat, en Ardèche. Une façon de soutenir cette iniative de production locale et bio, qui redynamise une zone rurale reculée.


Associer AMAP et productions locales, en circuit court, est l’un des fondements des Associations de Maintien de l’Agriculture Paysanne et HSBC, AMAP du 18e arrondissement, s’inscrit dans cette volonté en se fournissant essentiellement via des producteurs d’Île-de-France.

Cette règle peut toutefois souffrir de (rares) exceptions pour pouvoir s’approvisionner en produits régionaux dépassant les frontières d’Île-de-France tout en conservant cet esprit d’aider au développement de petites exploitations familiales agricoles.

Exemple avec la farine de châtaignes produite à Bogues du Blat en Ardèche et qui sera proposée aux adhérents d’HSBC prochainement. Un récit de Zoé Duchamp qui revient sur la genèse de ce projet au sein de ce village pour relancer la culture de la châtaigne et la production de farine, le tout à dimension humaine tout en étant en symbiose avec l’environnement préservé de cette région.


Située sur le versant cévenol de l’Ardèche du Sud, au cœur du Parc National des Monts d’Ardèche, la commune de Beaumont a engagé depuis une quinzaine d’année une politique locale pour enrayer le déclin de l’agriculture et le vieillissement de la population.

Redynamiser

Cette commune de deux-cents habitants a évolué au gré des passages et des sédentarisations de personnes. D’agriculteurs, d’abord, qui ont vu en la vallée de la Drobie le terrain adéquat pour bâtir une exploitation agricole ; puis de néo-ruraux, arrivés dans les années 70 et porteurs de renouveau social et d’idéologie collective.

Pascal, Jacqueline, Jean-Rémy, les élus de la commune sont issus de cette deuxième immigration. Urbains, ils ont vu en l’Ardèche un lieu propice pour ancrer un projet collectif. Pour endiguer l’accroissement du village dû à une population âgée, non active et s’installant en résidence secondaire – résidences qui mitaient ce paysage naturel – la commune décide de racheter des terres, d’établir un Plan Local d’urbanisme et d’y inscrire les parcelles constructives de celles qui ne le seraient pas. Le souhait était de faire venir une population jeune, volontaire pour un projet local sur cette commune située à vingt minutes de voiture du premier commerce, plus loin dans la plaine.

La première étape a été de racheter d’anciennes exploitations agricoles à l’abandon et de les louer à bas prix à de jeunes agriculteurs ne parvenant pas à s’installer. Simultanément, la commune a créé des logements sociaux au sein d’anciennes écoles abandonnées. Le dernier projet significatif est celui des logement sociaux des Bogues du Blat.

Initié en 2008, le projet a fait pousser trois maisons au caractère insolite, qui se nichent dans le paysage de la châtaigneraie communale. Ces trois maisons en accession sociale ont été bâties sur un projet de plusieurs années qui a fait intervenir bon nombre d’acteurs, tous regroupés afin de faire germer ce beau projet. Pensées et bâties avec et par les habitants, par les bénévoles et les entreprises locales… les trois maisons des Bogues du Blat abritent aujourd’hui quatre familles.

Un projet local

Stéphanie, Johann, et leurs deux ados, Nathalie et son fils Lucio, Martina et son fils Nils, et Soazig et Tom, sont les habitants des Bogues du Blat. Ces maisons insolites, ce projet insolite, ces acteurs insolites ont fait naître bien plus que trois maisons, ils ont donné naissance à une aventure dont l’écriture ne s’est pas arrêtée une fois le dernier coup de pinceau donné.

Les habitants, artistes, artisans, thérapeute… dans le but de faire vivre ce lieu qui leur tient à cœur, pour communiquer autour de ce genre de démarches, pour dire à tous que le logement collectif social peut être une aventure humaine formidable, bénéfique et dans un intérêt général, ont créé l’association des Bogues du Blat. Le projet d’auto-construction d’une maison commune est sur la table et permettrait l’accueil des adhérents aux différentes activités proposées.

- Eco-hameau de la Bogue des Blats, Beaumont, Ardèche -

Le projet a été de démontrer qu’un projet local est possible dans ces zones rurales reculées. Un projet qui n’est pas calqué sur un mode de vie urbain, un projet qui serait éloigné d’une logique de production de biens économiques. Les habitants des Bogues du Blat réussissent à démontrer tous les jours que cette utopie est possible, que le monde rural a ses modes de vie spécifiques et qu’ils peuvent s’insérer dans une pensée de société contemporaine.

Ainsi, les habitants des Bogues du Blat, entre autres activités, élaguent les châtaigniers, ramassent, équeutent, nettoient les bogues ; trient, préparent, broient les châtaignes… toutes les étapes nécessaires pour créer de la farine de châtaigne 100 % ardéchoise, 100 % bio, pour 100 % de bonheur.


Complément d’information :

- Mairie de Beaumont
- L’agence d’Architecture Construire
- Les nouveaux commanditaires de la Fondation de France (qui financent et guident des citoyens désireux d’entreprendre un projet d’intérêt général, comme l’installation d’une œuvre d’art sur une place publique par exemple ou bien comme ici la création d’une coopérative autoconstruite en accession sociale...).


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Source et photos : Quartiers en Transition

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