Le maïs transgénique serait nocif pour les cellules humaines

Durée de lecture : 4 minutes

21 février 2012 / CriiGen

Publiée dans une revue scientifique, une étude indique que les toxines produites par le maïs MON 810 peuvent affecter la viabilité de cellules humaines.


Caen/Münich. Les toxines Bt insecticides telles que celles produites dans les plantes génétiquement modifiées peuvent être préjudiciables pour les cellules humaines. Ceci est le résultat d’une recherche récente menée par des chercheurs de l’Université de Caen sous l’égide du Pr Séralini (1).

Leurs expériences ont montré que les toxines produites par le maïs génétiquement modifié MON810, entre autres, peuvent considérablement affecter la viabilité des cellules humaines. Des effets ont été observés avec des concentrations relativement élevées de toxines, néanmoins il y a lieu de s’inquiéter. Selon les compagnies comme Monsanto qui produisent le maïs génétiquement modifié avec ces toxines, ces dernières sont censées être particulièrement actives contre les insectes et ne devraient avoir aucun effet sur les mammifères et les humains. Pour la première fois, des expériences ont montré qu’ils peuvent avoir un effet sur les cellules humaines. Malheureusement, ce genre d’expérience n’est pas exigé avant la commercialisation des OGM pour l’évaluation des risques en Europe ou dans toute autre région du monde.

Une autre découverte des chercheurs concerne une formulation d’herbicide vendue sous la marque Roundup. Aujourd’hui, des quantités massives de cet herbicide sont pulvérisées sur les cultures de soja génétiquement modifié et ses résidus peuvent être trouvés dans les aliments. Selon cette nouvelle publication, mêmes des doses extrêmement faibles de Roundup (formulations de glyphosate) peuvent endommager les cellules humaines. Ces résultats sont en accord avec plusieurs autres études soulignant les risques de santé imprévisibles associés aux formulations de glyphosate. En janvier 2012, ils publient d’ailleurs aussi une autre étude sur le Roundup endommageant les cellules testiculaires de mammifères (Clair et al., 2012, Tox in Vitro).

« Nous avons été très surpris par ces résultats. Jusqu’à présent, il avait été jugé presque impossible pour les protéines Bt d’être toxiques pour les cellules humaines. Maintenant, d’autres expériences doivent être menées afin de savoir comment ces toxines impactent sur les cellules et si les effets combinatoires avec d’autres composés dans la chaîne alimentaire humaine et animale doivent être pris en compte », explique Gilles-Eric Séralini de l’Université de Caen, qui a dirigé les expériences. En conclusion, ces expériences montrent que les risques de toxines Bt et du Roundup ont été sous-estimés.

Les toxines Bt et les herbicides tolérants sont largement utilisés dans les plantes génétiquement modifiées. Les protéines Bt ne se développent naturellement que dans les bactéries du sol. En introduisant le gène modifié de la toxine dans les OGM, la structure des toxines est modifiée et peut provoquer ainsi un changement dans sa spécificité. Le contenu des protéines dans les plantes est très variable. Beaucoup de plantes génétiquement modifiées contiennent plusieurs toxines Bt. Par exemple, SmartStax produit six toxines Bt différentes et a donc une teneur en protéines plus élevée. En outre, il a été rendu tolérant aux herbicides.

Jusqu’ici, il n’y a eu aucune étude sur les effets combinatoires de ces toxines et les résidus de pulvérisation, ni même sur leurs risques potentiels pour la santé humaine, considérés jusqu’ici comme improbables. Des chercheurs ont aujourd’hui démontré une interactivité de ces produits. Dans les conditions spécifiques de leur expérience, la toxine Bt modifiée réduit la toxicité du Roundup. De plus amples expériences sont nécessaires pour examiner d’autres effets combinatoires potentiels dans des conditions variables.

« Ces résultats sont assez inquiétants. Les exigences d’évaluation des risques des plantes génétiquement modifiées et des pesticides doivent être strictement appliquées. A la lumière de ces résultats, nous pensons que la commercialisation de ces plantes n’est pas conforme avec les règlements de l’UE », explique Christoph Then de Testbiotech. Testbiotech suit de près l’évaluation des risques à l’EFSA et a maintes fois attiré l’attention sur ces lacunes.

Cette étude a été soutenue par la fondation GEKKO (Allemagne). L’association CRIIGEN (France) et Testbiotech (Allemagne) ont mis au point ces expériences ainsi que la discussion des résultats. Ces derniers ont été publiés après révision par les pairs.

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Note :

(1) Mesnage R., Clair E., Gress S., Then C., Székács A., Séralini G.-E., 2012, "Cytotoxicity on human cells of Cry1Ab and Cry1Ac Bt insecticidal toxins alone or with a glyphosate-based herbicide", Journal of Applied Toxicology.



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Source Crii-Gen

Photo : DD Magazine

Complément d’infos : ITV video de du chercheur Robin Mesnage sur Terre TV

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