Le phytoplancton va mal et tout le monde s’en fout. Tout le monde a tort‏

Durée de lecture : 3 minutes

10 octobre 2013 / Revue Silence

« L’essentiel est invisible pour les yeux », disait Antoine de Saint Exupéry. Le plancton d’aujourd’hui est l’avenir des protéines de demain, il constitue notre capital Oxygène. Vital pour les populations actuelles et futures, ce « petit peuple de la mer » devrait être déclaré patrimoine de l’humanité.


Le phytoplancton ? C’est tout petit et ca vit dans la mer. Oui, mais bien plus, comme l’explique Pierre Mollo, du Centre océanopolis de Brest, co-auteur du livre « Le manuel du plancton » (2013, éd. Charles Léopold Mayer).

Pierre Mollo -

Silence - Dans votre livre, vous présentez l’étude du plancton comme un moyen de détecter les pollutions ou le changement climatique, pouvez-vous nous donner quelques exemples ?

Pierre Mollo - Le phytoplancton est à la base des réseaux trophiques aquatiques car il réalise la photosynthèse : il transforme le dioxyde de carbone en oxygène. Plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons grâce aux échanges gazeux entre les océans et l’atmosphère, nous le devons au phytoplancton. Il est aussi indispensable pour nourrir les organismes tels que le zooplancton, les larves de poissons, de crustacés, etc.

Les pesticides utilisés en traitement des sols ou autre vont se retrouver dans les milieux aquatiques par ruissellement et lessivage des sols. Le phytoplancton, lorqu’il est en contact avec les pesticides, va en subir des dommages irréversibles. Sa diversité va se réduire, ce qui entraine un déséquilibre dans la pyramide de la chaine alimentaire. L’observation régulière du plancton dans son milieu donne des indications sur l’état de la qualité des eaux. Si le phytoplancton est touché et qu’il ne peut suffire à nourrir le zooplancton, tous les maillons suivants seront touchés.

Pour continuer à se nourrir, à vivre et à se reproduire, le copépode (zooplancton) est contraint de s’adapter au changement climatique, qui se manifeste par l’augmentation de la température des océans. Il doit parfois quitter des milieux familiers devenus hostiles et se déplacer sur des distances considérables (une vingtaines de km par an).

Les migrations forcées dues au réchauffement des eaux océaniques (1 à 2 degrés) imposent à leurs prédateurs, comme la morue, des déplacements identiques. Les exemples de bouleversements locaux sont légion sur la planète et démontrent que les pressions d’origine humaine sur terre se répercutent avec des effets en chaine dans les océans. C’est l’effet plancton.

Le plancton marin est menacé par les excès de rejets de CO2 qui acidifient les océans. Des observations dans les eaux froides laissent penser que le point de bascule est proche. Quelles seraient les conséquences sur la planète d’un effondrement des populations de plancton ?

Invisible et mal connu, parent pauvre de la biodiversité, le phytoplancton permet à lui seul de fixer une grande partie du carbone de l’atmosphère terrestre. Plus de 70% de la surface de la planète est recouverte d’eau. Les océans jouent un rôle essentiel dans la régulation du climat et dans la gestion du CO2. L’effondrement du plancton dans les océans dû à l’acidification par excès des rejets de dioxide de carbone serait une catastrophe pour l’équilibre biologique des fragiles écosystèmes planctonique. La diversité des micro-algues (diatomées, coccolithes, chrysophycées...) sont une garantie de la bonne santé des océans et des animaux qui l’habitent et représentent une ressource inestimable pour l’alimentation humaine.

En temps que spécialiste du plancton, quels messages faut-il faire passer pour éviter d’en arriver à des écosystèmes trop fragilisés ?

« L’essentiel est invisible pour les yeux », disait Antoine de Saint Exupéry. Le plancton d’aujourd’hui est l’avenir des protéines de demain, il constitue notre capital Oxygène.Vital pour les populations actuelles et futures, ce « petit peuple de la mer » devrait faire l’objet d’une attention à la mesure de son importance. Le plancton devrait être déclaré patrimoine de l’humanité et l’on pourrait imaginer une gouvernance mondiale chargée de maintenir une relation optimale entre l’homme et la nature. Faire du plancton un facteur de lien social.


Article provenant du mensuel Silence avec qui Reporterre commence un partenariat ce mois-ci. Voir le numéro en cours de Silence.


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Source : Silence pour Reporterre

Photo :
. Plancton : Planetoscope
. Pierre Mollo : En liens.

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