Les agriculteurs productivistes obtiennent un programme massif de réserves d’eau en Poitou Charente

Durée de lecture : 4 minutes

18 février 2015 / Marc Laimé (Reporterre)

Les autorités de l’eau en Poitou Charente ont décidé de lancer un programme de construction de réservoirs d’eau équivalents à quatre fois le volume du barrage de Sivens. Le but : soutenir l’irrigation. Une décision prise deux jours après que la Cour des comptes a vertement critiqué la politique de l’eau en France.

Les irrigants de Poitou Charente viennent de faire adopter un projet massif de construction de nouvelles retenues d’eau pour l’irrigation, essentiellement financé sur fonds publics, par le biais de subventions de l’Agence de l’eau Adour Garonne, au lendemain même de la publication du rapport de la Cour des comptes qui dénonçait les errements de la politique de l’eau en France.

- Télécharger le rapport de la Cour des comptes sur la politique de l’eau :

Dans chacun des six grands bassins hydrographiques français, la gestion de l’eau est assurée par un comité de bassin auquel est associée une agence de l’eau. Chaque bassin se subdivise en sous-bassins où sont mis en oeuvre des schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). D’initiative locale, les SAGE sont élaborés par une commission locale de l’eau (CLE), constituée des différents acteurs de l’eau, très majoritairement des élus locaux, désignés par le Préfet.

La Commission locale de l’eau (CLE) du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) Boutonne a ainsi donné le 12 février 2015 un avis favorable à la construction de 24 nouvelles "bassines", des retenues d’eau destinées à l’irrigation, sur le versant charentais Maritime de la Boutonne. Leur contenance totale sera de 6 millions de mètres cubes (soit quatre fois le volume qui était prévu pour le barrage de Sivens), pour un montant de 35 millions d’euros, à quoi il faudra ajouter 5 millions pour le raccordement.

"Contrairement à ce que l’on veut faire croire à la population, les retenues de substitution ne seraient pas remplies par de l’eau de pluie (ou très peu), mais par des prélèvements dans les nappes aquifères et donc dans des réserves qui alimentent les cours d’eau en période d’étiage. Dans certains cas, il ne sera même pas possible de
les remplir car les niveaux en hiver sont insuffisants dans ces nappes"
, dénonce dans un communiqué du 16 février EELV-Poitou Charente.

Construites bien qu’illégales

L’annonce est d’autant plus choquante qu’elle touche le bassin de la Boutonne, rivière la plus sensible du département en cas de sécheresse, et alors que cinq autres « bassines » du même type ont été retoquées par la justice dans le nord de l’Aunis depuis 2009 pour la faiblesse de l’étude d’impact, mais n’en ont pas moins été construites, même si elles sont illégales !

Ce nouveau projet date de… 1978 et a été réactivé par un collectif d’irrigants après l’abandon du barrage de la Trézence. Il représente le tiers du programme départemental établi en 2010 après cet abandon.

Les études de faisabilité ont été conduites par… la fameuse Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne (CACG), cette même compagnie qui avait déjà réalisée les études du barrage de Sivens !

A côté du Conseil général (18%), des irrigants (29,6%, de l’Etat (4,4%), l’Agence de l’eau Adour Garonne devrait financer 48 % du coût de l’opération, soit 19,2 millions d’euros prélevés sur les redevances perçues sur les facture d’eau potable des usagers domestiques, qui ont augmenté de 14,36 % en un an, passant de 0,0564 euros en 2013 à 0,0645 euros par m3...

« C’est le plus gros dossier de Charente, et sans doute même de l’Agence Adour Garonne », souligne Jean-Louis Demarcq, président de l’association SOS Rivière et membre de la CLE qui a voté contre le projet. Celui-ci a été adopté avec 18 voix pour, deux contre et deux votes blanc.

19 millions d’euros pour 67 agriculteurs

Pour 67 agriculteurs concernés, les usagers domestiques du bassin Adour Garonne (qui supportent 87 % des redevances perçues par l’Agence, contre 7 % pour les industriels, et moins de 6 % pour les agriculteurs, comme vient de le dénoncer la Cour des comptes), devraient donc payer 70 % de l’investissement, soit 28 millions d’euros, où 420 000 EURO par agriculteur !

"Cette poignée d’irrigants poursuit un projet d’après-guerre largement dépassé. Ce modèle a généré une artificialisation des milieux (produits chimiques de synthèse, semences standards, races animales productives et standardisées élevées hors sol), la dégradation des ressources en eau au niveau qualitatif et quantitatif, une consommation croissante d’énergie, la concentration des moyens de production (mécanisation exacerbée, agrandissement, endettement, diminution du nombre d’emplois agricoles...)", souligne EELV Poitou Charente, annonçant qu’il soutiendra les associations qui déposeront des recours suspensifs pour empêcher ces travaux destructeurs de commencer.


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Source : Marc Laimé pour Reporterre



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