Les études de sécurité sur le maïs OGM 1507 ont été menées par des chercheurs inféodés à l’industrie

Durée de lecture : 3 minutes

14 mai 2014 / Informationsdienst Gentechnik



La culture du maïs génétiquement modifié 1507 pourrait être autorisée à tout moment dans l’Union Européenne. Cependant, il n’existe que très peu d’études indépendantes sur les risques qu’il présente : le nouveau rapport de l’association Testbiotech révèle que les trois-quarts de ces études sont menées par des scientifiques ayant des liens très étroits avec l’industrie agro-alimentaire.


Testbiotech a analysé les articles scientifiques publiés sur le sujet et a constaté que les données disponibles sur le poison produit par le maïs proviennent en majeure partie de chercheurs travaillant étroitement avec l’industrie.

Les experts de Testbiotech à Munich ont trouvé 92 études dans les bases de données de magazines scientifiques traitant du maïs génétiquement modifié 1507, et en particulier du poison Cry1F qu’il sécrète.

Les trois-quarts proviennent soit de membres de l’industrie, soit de scientifiques qui entretiennent des liens avec les fabricants d’OGM. Six autres publications ont obtenu le soutien de l’industrie. Seules quinze publications n’ont pas de lien direct avec l’industrie agro-alimentaire – soit seulement 16 %.

Les analystes retombent toujours sur les noms de quelques scientifiques ayant participé à de nombreuses publications sur le maïs 1507. Blair Siegfried, avec quinze publications, arrive en tête. Il est professeur d’entémologie à l’université du Nebraska et étudie, entre autres, l’influence du poison secrété par les plantes transgéniques sur les papillons utiles.

Le hic : Siegfried est également membre d’un comité consultatif du leader du marché OGM, Monsanto. En outre, Testbiotech affirme qu’il a également travaillé pour le groupe de pression International Life Sciences Institute (ILSI), qui milite pour une évaluation des risques plus souple dans l’UE.

Et ce n’est pas tout : Siegfried est également cité comme inventeur sur le brevet du Cry1F, détenu d’après Testbiotech par Dow, le géant de la chimie qui a développé le maïs 1507 avec Du Pont et Pioneer.

Richart Hellmich, de l’université d’Iowa, a lui aussi participé à de nombreuses études concernant le maïs 1507 ou le toxique qu’il sécrète. Lui aussi fait partie du comité consultatif de Monsanto, et selon Testbiotech, il aurait reçu de Monsanto des fonds pour ses recherches et participé à des publications du groupe de pression ILSI.

Testbiotech présente encore d’autres cas de ce type. L’un des chercheurs, par exemple, a travaillé chez Dow pendant dix ans. Dans l’ensemble, il y a donc une très grande influence de l’industrie sur les études de risques, ainsi que d’importantes lacunes en ce qui concerne les risques présentés par le maïs 1507. L’autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) ne s’est cependant pas intéressée à ce déséquilibre lorsqu’elle a donné le feu vert au maïs OGM.

Dans un document interne de l’Office fédéral de protection de la nature allemand à propos du maïs 1507, on peut lire : « Actuellement, la recherche sur la sûreté ne peut se faire sans autorisation expresse de l’industrie – et ce même pour les cultures OGM autorisées. Dans la pratique, une recherche indépendante sur la sûreté n’est donc guère possible. »

Testbiotech demande donc que l’évaluation des risques par des sources indépendantes soit soutenue – y compris financièrement – en vertu du principe de précaution sur lequel est fondée l’évaluation des produits OGM dans l’Union Européenne. Le 7 mai, l’association a organisé un colloque sur ce sujet.





Source : Informationsdienst Gentechnik. Traduction pour Reporterre par Juliette Cathé

Dessin : Strips journal (dessin de Stéphane Trapier)

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