Les poissons d’eau douce disparaissent moins à cause du climat que par la pollution et la transformation des rivières

Durée de lecture : 3 minutes

4 octobre 2013 / Museum national d’Histoire naturelle



A moyen terme, le changement climatique n’est pas la principale menace pour la biodiversité des poissons. Une étude scientifique montre que l’extinction des poissons d’eau douce est avant tout la conséquence des actions directes de l’homme (pollution, dégradation de l’habitat, fragmentation liée aux barrages), et qu’il faut agir dès maintenant si l’on veut préserver l’intégrité des cours d’eau.


Des chercheurs de l’Université Toulouse III [1] et de l’Université d’Utrecht (Pays-Bas) viennent de montrer que les extinctions actuelles des poissons d’eau douce dues aux pressions anthropiques seraient bien supérieures à celles générées par le changement climatique. Ces résultats, qui contrastent avec les précédentes estimations, sont publiés dans le Journal of Applied Ecology [2].

Les modèles utilisés jusqu’à présent prévoient que la réduction de l’habitat de certaines espèces provoquée par le changement climatique serait l’une des causes majeures de leur extinction. Mais ces modèles négligent le facteur temps et ne précisent pas la date de réalisation des prédictions, élément pourtant essentiel pour déterminer les causes d’extinction d’une espèce. Plusieurs décennies, voire plusieurs millénaires, peuvent en effet s’écouler avant l’extinction d’une espèce, celle-ci pouvant être due à d’autres facteurs que le changement climatique.

En intégrant cette dimension temporelle dans leur étude, une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Thierry Oberdorff [3], vient de montrer que les effets du changement climatique n’augmenteront les taux d’extinction naturelle chez les poissons d’eau douce que très marginalement, excepté dans les régions semi-arides et méditerranéennes, de l’ordre de 7 % en moyenne.

Taux d’extinction 150 fois plus rapide que naturellement

Les taux d’extinction provoqués par les activités humaines au cours des deux derniers siècles sont quant à eux beaucoup plus préoccupants : en moyenne 150 fois plus importants que les taux d’extinction naturelle et 130 fois plus importants que les taux d’extinction prédits en fonction du changement climatique.

Dans cette étude, les chercheurs ont utilisé un modèle empirique associant taux d’extinction et réduction des surfaces en eau des bassins. L’analyse à l’échelle mondiale de 90 000 cours d’eau révèle qu’à l’horizon 2090, seulement 7 % d’entre eux auront diminué de surface du fait du changement climatique.

Dans les régions semi-arides et méditerranéennes (sud-ouest des Etats-Unis, Mexique, sud de l’Amérique Latine, nord-est du Brésil, extrêmes nord et sud de l’Afrique, Europe du Sud, Asie centrale et orientale, Australie), qui totalisent le plus grand nombre d’extinctions, ce même phénomène n’entraînera qu’une faible répercussion sur les taux d’extinction naturelle.

Ainsi, dans les 1010 rivières pour lesquelles la richesse en espèces est connue, les scientifiques prévoient l’extinction, en tout et pour tout, d’une à cinq espèces dans seulement une vingtaine de cours d’eau d’ici à 2090.

Ces résultats montrent qu’à moyen terme, le changement climatique ne représenterait pas la principale menace sur la biodiversité des poissons. Les extinctions actuelles provoquées par la pollution, la dégradation de l’habitat, les introductions d’espèces ou encore la fragmentation liée aux barrages sont très largement supérieures à celles qui seraient dues au changement climatique.

Les auteurs mettent en évidence la nécessité d’agir dès à présent pour préserver l’intégrité des cours d’eau. Ils incitent à concentrer les efforts de conservation sur les impacts actuels et directs des activités humaines, pour préserver plus efficacement les espèces de poissons d’eau douce.





[1Laboratoire BOREA (Biologie des organismes et écosystèmes aquatiques)

[2Tedesco, P.A, Oberdorff, T. et al., « A scenario for impacts of water availability loss due to climate change on riverine fish extinction rates » Journal of Applied Ecology, 50, 1105 (2013)


Source et photo : Museum national d’Histoire naturelle

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