Merci Monsieur le Préfet

Durée de lecture : 4 minutes

6 octobre 2013 / Hervé Kempf (Reporterre)

Des véloterroristes armés de pompes à vélo et de tendeurs sont ramenés à la raison. Que règne l’ordre automobile !


Il nous faut remercier la Préfecture de police de Paris de nous prémunir d’un terrible danger. Car n’apprend-on pas que, de temps à autre, des vélocipédistes se réunissent et entreprennent de rouler ENSEMBLE ! Occupant ainsi l’espace public, ils menacent l’ordre, la sécurité, la tranquillité, bref le parfait ordonnancement qui fait de la capitale de la France un phare rayonnant sur l’univers entier.

L’autre jour, encore, quelques dizaines de ces hooligans à roulettes ont eu le front de rouler autour de l’Arc de Triomphe. Ils ont ralenti de nombreuses automobiles emplies de vaillants travailleurs. On dit que, saisis d’effroi, certains conducteurs auraient manqué d’emboutir un autobus, on raconte qu’un coup de volant malencontreux a failli jeter une Mercedes sur la flamme du Soldat inconnu, on murmure qu’un pilote émérite négociant en Beaujolais aurait confondu un cycliste avec un éléphant rose et sorti la carabine qu’il avait utilisé dans un safari en Afrique.

Non contents de semer la terreur sur un des lieux les plus sacrés de la mémoire nationale, les écoloterroristes armés de pompes à vélo et de tendeurs – certains avaient même des casques, signe irréfutable de leur caractère belliqueux - ont descendu les Champs Elysées, atteignant la Concorde qu’ils ont souillé des traces de leurs pneumatiques déjantés.

Ah, merci Monsieur le préfet de Police ! Merci d’avoir convoqué les membres de l’association Velorution – le qualificatif dont s’affuble ce groupuscule désigne assez sa nature anarchiste, ils ne respectent même pas les mots ! -, d’avoir convoqué ces dangereux agitateurs pour leur signifier que dorénavant, il faudrait déclarer au préalable toute randonnée.

Comme si la parole d’un autorité publique ne suffisait pas à guider chacun dans le droit chemin, ces impudents perturbateurs ont demandé comment on définissait une randonnée.

Dans sa mansuétude, l’admirable fonctionnaire de la préfecture a répondu qu’une unité constituée de cycliste commence à partir de deux ; que toute unité constituée de cyclistes est une randonnée ; et que toute randonnée doit faire l’objet d’une déclaration préalable.

Eh oui, cela tombe sous le sens. Au-delà de deux cyclistes roulant ensemble, il faut le déclarer à la préfecture, qui accordera ou non le droit de se livrer à cette activité si gênante.

On ne sait si ces petits effrontés ont osé demander si une unité constituée d’automobiles commençait à partir de deux automobiles ; si toute unité constituée d’automobiles était une randonnée ; et si toute randonnée d’automobiles devait faire l’objet d’une déclaration préalable. Nul doute que le fonctionnaire lui aurait répondu que… ahem, enfin, humm… enfin, bref, il faut que l’ordre règne, que les automobiles roulent, et que l’on cesse d’insinuer qu’il pourrait en être autrement !


Eléments de langage :

Une collaboratrice de Reporterre a interrogé à ce propos la Préfecture de police.

Celle-ci lui a fourni des « éléments de langage » que voici :

"L’association VELORUTION a organisé un défilé sur voie publique qui l’a conduit notamment à emprunter la place de l’Etoile, la place de la Concorde et l’avenue des Champs Elysées, et ce en constituant un groupe compacte d’environ 200 cyclistes se répartissant sur l’ensemble de la chaussée ce qui a fortement ralenti la circulation. Ce défilé, à caractère revendicatif, n’a pas été déclaré, de sorte que son parcours n’a pu être étudié avec les services de la préfecture de police, comme c’est normalement l’usage et ce dans l’intérêt même des participants et de leur sécurité. Nonobstant le non respect de ces formalités, et dans l’urgence, les forces de l’ordre ont néanmoins encadré le défilé pour assurer la protection des cyclistes concernés. En revanche, l’organisateur de ce défilé a été verbalisé pour non déclaration d’une manifestation et entrave à la circulation. La préfecture de police rappelle qu’elle ne s’oppose pas et qu’elle encadre sans souci chaque semaine des déplacements déclarés de groupes importants de cyclistes ou de rollers.

Vélorution écrit que tout rassemblement de cycliste doit faire l’objet d’une déclaration à la Préfecture, ce qui est faux.

A partir du moment où les cyclistes respectent la signalisation, s’arrêtent au feu, ne brandissent pas de pancartes ou ne font pas de bruits, ils peuvent librement circuler dans Paris. Par contre, s’ils désirent s’affranchir des règles de la circulation, demander une escorte ou un accompagnement et éventuellement brandir des pancartes ou crier des slogans, nous entrons dans le cadre de la manifestation qui dépasse le simple rassemblement de personnes et qui doit être soumis au régime de la déclaration.

A la connaissance de la préfecture de police, le droit n’a pas été modifié dans ce domaine".



Source : Hervé Kempf pour Reporterre.

Illustrations :
. Dessin : Après le pétrole
. Autour de l’Etoile : Car free

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