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Climat

Sortie des fossiles : le Haut Conseil pour le climat craint que l’État ne tienne pas ses promesses

L'usine d'engrais chimiques Yara, classée Seveso seuil haut, en Loire-Atlantique (2019) accusée de nombreuses pollutions.

Le Haut Conseil pour le climat a publié son avis sur la Stratégie nationale bas-carbone de la France. Verdict : celle-ci est ambitieuse mais l’organisme indépendant craint que l’État ne tienne pas les délais.

Sur le papier, la feuille de route visant à sortir des énergies fossiles d’ici 2050 est prometteuse. Reste toutefois à la mettre en œuvre. Tel est le message principal du Haut Conseil pour le climat (HCC). Saisi par le gouvernement en décembre 2025, l’organisme indépendant — chargé d’évaluer les politiques publiques climatiques — a publié le 12 mars son avis relatif au projet final de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3). S’il en « salue les avancées et l’ambition » — comme le déploiement d’infrastructures de transports bas-carbone, la rénovation thermique des bâtiments, la décarbonation de l’industrie et la baisse d’utilisation d’engrais azotés — il insiste surtout sur « l’importance d’une mise en œuvre effective et rapide ».

Avec près de trois ans de retard, cette nouvelle mouture du SNBC — censée être définitivement publiée par décret au printemps 2026 — engage de manière juridiquement contraignante la France à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % d’ici à 2030 par rapport à 1990. Objectif : entrer dans les clous des ambitions européennes récemment rehaussées. « Pour respecter ce budget carbone, les émissions brutes doivent baisser d’environ 4,5 % par an de 2025 à 2028, un rythme bien supérieur aux baisses observées en 2024 [-1,8 %] et 2025 [-0,8 %] », s’alarment les experts du HCC.

Cette stratégie est « essentielle pour la souveraineté et la sécurité de la France face aux conflits liés aux énergies fossiles », note Jean-François Soussana, président du HCC. Seulement, sa crédibilité est conditionnée à son application réelle. Or l’organisme indépendant craint que les leviers de cette mise en œuvre ne soient pas suffisamment solides, notamment en matière de financements dans un contexte de coupes budgétaires drastiques.

Technologie ou sobriété

Le gouvernement mise sur les puits de carbone naturels (bien que menacés), la réduction sectorielle des émissions (-6 % par an pour les transports et -8 % par an pour les bâtiments, dès 2026 et 2027), mais aussi sur la mobilisation de technologies, telles que le captage-stockage du CO2, pour parvenir à ses fins. « Si l’on veut arriver à la neutralité carbone, voire à des émissions négatives, on ne pourra pas se passer de ces puits technologiques », approuve Jean-François Soussana, qui recommande qu’une stratégie plus claire soit définie en la matière.

Ces technologies sont vivement critiquées, y compris par l’Académie des sciences en France, et leur potentiel surestimé. Souvent invoquées comme une solution miracle, ces technologies servent surtout à retarder l’action et éviter les sujets qui fâchent : la nécessaire lutte radicale et rapide contre l’industrie fossile et l’agriculture intensive, entre autres.

Membre du HCC, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte a par ailleurs regretté que le levier de la sobriété soit sous-estimé dans la rédaction actuelle de la SNBC 3. Un exemple ? Il s’agirait de préserver les forêts — d’importants puits de carbone — et non de les exploiter pour produire des « biocarburants » censés décarboner le secteur aérien et « d’envisager la croissance de l’aviation civile par le développement de nouvelles infrastructures aéroportuaires ».

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