Notre Dame des Landes : retour sur six mois de résistance

Durée de lecture : 6 minutes

30 juillet 2013 / Marcel Thébault

« Notre réussite, c’est cette union de tous : occupants illégaux, mais légitimes, citoyens, associations et paysans »


Intervention au plateau des Glières le 19 Mai 2013 de Marcel Thébault, paysan, au nom des opposants au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes (44)

Nous sommes heureux d’être là dans un lieu chargé d’histoire, où des hommes se sont engagés et battus pour refuser l’inacceptable et pour construire un autre avenir.

Lors de la grève de la faim, nous nous sommes installés place de la résistance à Nantes, puis quand nous l’avons quittée, nous y avons laissé une couronne de fleurs où était écrit « résister se conjugue au présent ».

Marcel Thébault, lors de la grève de la faim d’avril 2012

Oui, nous nous opposons à un projet de déplacement d’aéroport qui conquerrait 1 650 hectares de terres dont les deux tiers sont de la surface agricole.

En trois mots, ce déplacement n’a rien à voir avec l’aéronautique : l’aéroport actuel fonctionne très bien et n’est pas près d’être saturé, et la DUP est une escroquerie.

Ce plateau de terres humides en tête de deux bassins versants est stratégique sur le plan environnemental. Ce projet serait un gouffre financier, les études ont été bidouillées et le financement public atteint 48%, investis à fonds perdus ; seule la multinationale Vinci est certaine de gagner de l’argent.

Nous ne nous battons pas pour défendre notre jardin et notre tranquillité, mais, nous voulons conserver des terres agricoles avec leur bocage et un potentiel d’emploi agricole par des circuits courts en périphérie de ville.

Nous nous battons pour un avenir meilleur qui ne soit pas une course au bétonnage et laisse une place à la nature.

Les agressions d’octobre-novembre 2012 ont marqué l’actualité.

Les gardes mobiles sont venus vider la zone, raser les maisons et les cabanes alors que le projet n’est pas démarré.

Les jeunes expulsés ont su résister de manière diversifiée, originale, utilisant la course, la ruse, mais aussi l’art et la musique contre la force brutale.

Les associations de lutte, comme elles l’avaient toujours dit, ont participé à la résistance, fournissant un local pour le repos et les repas et ont assuré l’accueil et l’acheminement des soutiens.

La manifestation de réoccupation du 17 novembre a réuni 38 000 citoyens venus pour apporter des matériaux et reconstruire dans les bois.

L’erreur fatale du Préfet fut l’attaque du vendredi suivant pour détruire ce que cette foule avait construit, car la foule est revenue le week end ; Nantes et Saint Nazaire ont été bloquées et le dimanche, cinquante tracteurs sont venus protéger les constructions dans les bois.

Notre réussite, c’est cette union de tous : occupants illégaux, mais légitimes, citoyens, associations et paysans. C’est ce qui a contraint Jean Marc Ayrault à mettre en place des commissions pour calmer le jeu avec quelque chose qui sans le dire fut un moratoire.

Fin janvier, le COPAIN, comité d’organisations paysannes a enlevé ses tracteurs de la châtaigneraie pour occuper le ferme de Bellevue. Ceci afin d’éviter la destruction programmée pour cette ferme qui était devenue libre.

Avec cette nouvelle action forte, les paysans se posent comme un acteur de cette lutte : soutien aux jeunes occupants, sauvegarde des fermes et de leur foncier, c’est à dire, préparation d’un avenir sans aéroport.

Des paysans sont partis en retraite, mais les autres sont restés et ont été expropriés en 2012 ; cinq fermes soit dixpersonnes sont toujours là et comptent bien y rester. Ils sont protégés par l’accord politique dit « de la grève de la faim ».

L’opération Séme ta ZAD a mis en place une vingtaine de projets pour cultiver les terres de Vinci et s’inscrire dans la durée. Cette résistance concrète crée du lien entre tous les opposants et reçoit leur soutien.

La chaîne humaine du 11 mai a montré notre capacité à rester mobilisés, à motiver de nouveaux militants et à innover dans l’action. Que les porteurs du projet ne s’y trompent pas, même le temps ne nous usera pas.

Notre richesse est la diversité de notre lutte : d’un côté les associations, syndicats et partis politiques regroupés en une coordination de quarante membres, de l’autre, les nouveaux habitants installés depuis 2009 en collectifs d’occupation.

Derrière cela deux stratégies se côtoient :

Celle des jeunes met en avant un fonctionnement horizontal, un engagement par l’action directe sur le terrain en surveillant toute action qui irait dans le sens du projet.
Parallèlement à cela, ces jeunes expérimentent un mode de vie basé sur la mise en commun des savoirs et des besoins et qui refuse la société de consommation.

La stratégie des associations est citoyenne, elle se bat par de l’argumentation, de l’expertise et vise des mobilisations ouvertes à tous. Elle est très soucieuse de l’opinion publique. Elle se déploie sur 3 piliers qui sont la mobilisation citoyenne, parce que notre refus est massif et populaire, le politique, car la décision d’arrêt sera une décision politique, et enfin le juridique car du point de vue de la loi sur l’eau, ce projet est illégal. Cette diversité de nos modes d’action est une de nos garanties de succès.
.
Et aujourd’hui

Nous avons su résister de façon efficace cet automne-hiver parce que toutes les composantes de l’opposition se sont soutenues et aidées face aux forces du désordre.
Les porteurs de projet n’ont pas pu vider la zone, ils se sont jetés dans une impasse politique et le soutien citoyen, votre soutien, a été formidable.

Une quinzaine de maisons ont été vidées puis détruites, de même que de nombreuses cabanes, mais aujourd’hui, il y a encore plus d’habitations dans les bois. Des réinstallations sont en cours dans les hameaux détruits.

Parallèlement, il reste toujours des paysans, ils ont été expropriés, mais cultivent toujours leur ferme en attendant la chute du projet. Le mouvement paysan est l’âme de la lutte.

Aujourd’hui, avec le rapport des commissions, les porteurs de projet se donnent deux mois pour répondre, mais ils oublient la condamnation catégorique du dossier loi sur l’eau par les scientifiques et le suivi soupçonneux du dossier par la commission européenne.

Nous avons marqué beaucoup de points, mais le projet n’est pas mort. Nous poursuivons la lutte. Vous nous avez déjà apporté votre soutien, nous vous en remercions, mais nous en aurons encore besoin !

Nous pouvons vous donner deux rendez-vous :

- si reprise des hostilités, nous vous appelons à agir chez vous : c’est de toute la France que les porteurs du projet doivent entendre notre indignation et notre résistance.

- nous vous attendons les 3 et 4 août pour des rencontres-débats et soirées festives.




Source : Reporterre

Première mise en ligne sur Reporterre le 23 mai 2013.

Photo : Ouest France

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