Nous sommes tous des Grecs européens

Durée de lecture : 3 minutes

6 juillet 2015 / Hervé Kempf




Quelle claque ! Alors que les sondages annonçaient un résultat très serré, alors que tous les médias néo-libéraux répandaient la peur, les Grecs ont choisi, sans crainte : "Oxi" ! Non ! Non au chantage de la peur. Non à l’humiliation. Non à l’absurdité. Non au diktat de la finance.

Et oui à l’Europe. Oui à un autre avenir. Oui à l’honneur.

Ils ont affirmé la légitimité du peuple face aux dirigeants qui ne défendent plus l’intérêt général, mais celui d’un ordre injuste. Qui est légitime ? Le peuple grec ou Jean-Claude Juncker, président de la Commission européene et ex-premier ministre du premier paradis fiscal du monde, le Luxembourg ? Qui est légitime ? Le peuple grec ou Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne et ex-vice-président pour l’Europe de la Banque Goldman Sachs, qui a aidé le gouvernement grec, il y a dix ans, à maquiller ses comptes ? Qui est légitime ? Le peuple grec ou Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et ex-avocate d’affaires, qui se permet d’enjoindre les dirigeants grecs à se comporter en "adultes" alors qu’elle-même ne paye pas d’impôt.

La « troïka », cet attelage de la Commission, de la BCE et de la FMI, n’est pas seulement composé de personnages douteux, elle mène une politique absurde. Obliger la Grèce à rembourser une dette énorme enfoncera le pays dans une crise plus grande encore, lui rendant impossible de générer l’activité économique permettant de la rembourser. C’est à l’asphyxie totale que mène cette aveugle troïka qui ne sert pas les intérêts des Européens, mais ceux des financiers dont ils sont les porte-parole, à moins qu’ils en soient les valets.

Et c’est à l’asphyxie de l’Europe que mène l’intransigeance de l’Allemagne, si oublieuse qu’elle-même n’a pu se redresser, en des temps obscurs, que parce que sa dette a été annulée, oublieuse aussi que sa présente prospérité doit énormément aux achats que lui font ses voisins, endettés.

Aujourd’hui, nous sommes tous Grecs. Comme, en 2005, tous les Européens étaient français, néerlandais, irlandais, les trois peuples qui avaient rejeté le traité de constitution que les dirigeants néo-libéraux leur proposaient, et qu’ils leur ont finalement imposé, trahissant ce qui fait l’essentiel de l’honneur européen, la démocratie, l’idée qu’ensemble, les citoyens choisissent leur destin, et qu’aucun maître ne peut leur imposer.

Il ne faut pas qu’en 2015, les financiers n’imposent de nouveau leur loi. Il faut que la liberté qui se lève à Athènes, comme elle s’est levée récemment à Barcelone et à Madrid, retentissent dans les rues et sur les places de toute l’Europe, pour imaginer un autre avenir, un avenir où les jeunes trouveront un emploi digne, où l’on ne résoudra pas les problèmes économiques en saccageant la nature, où la justice sera une idée plus forte que les profits.

Concrètement, des solutions existent, comme celles que des économistes, Geneviève Azam et Gabriel Colletis, ont exposées ici. Quant à la dette, il ne faut pas s’en obséder, comme le rappelait Thomas Piketty. Et commencer à en faire l’audit sérieux, pour séparer celle qui a un sens et celle qui relève de la spéculation illégitime.

En Grèce, à nouveau, le drapeau de la raison et de la liberté se relève. Puissent cet espoir et ce courage irriguer la France et l’Europe.





Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo :
. place Syngtama le 3 juillet (Youtube)

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