On achève bien les rivières, ou l’histoire désolante d’une destruction ordinaire

3 avril 2014 / Alain-Claude Galtié

En Saône-et-Loire, à Saint-Gengoux-le-National, on envisage d’implanter un supermarché en pleine zone inondable, au risque de détruire définitivement un cours d’eau historique, négligé depuis des années dans l’indifférence.


Le ruisseau historique de la cité médiévale de Saint-Gengoux-le-National, le Nolange, mouillait autrefois les fossés des remparts, alimentait un lavoir, des ateliers de tanneurs et quatre moulins. Il a été réduit à un fossé de drainage, puis enterré dans un égout sur plus d’un kilomètre. Les paysages et l’urbanisme médiéval encore remarquables en sont définitivement amputés.

Aujourd’hui, un vieux projet de supermarché menace d’anéantir le ruisseau, avec les cuves d’une station d’hydrocarbures exactement dans son lit et dans la nappe phréatique d’accompagnement ; en zone inondable, par conséquent, alors que deux crues centrales s’y sont déjà produites !

Le cas observé à Saint-Gengoux-le-National correspond à celui de la « rivière perdue » ou "inexistante", décrit par le film Rivières perdues de Caroline Bâcle. Comme l’analyse le Guide méthodologique réalisé par l’agence de l’eau Loire-Bretagne, « elle n’existe plus dans l’inconscient collectif, si ce n’est ponctuellement et de façon négative par exemple lors de débordements des réseaux ».

A Saint-Gengoux-le-National, le fil de l’eau, sa continuité écologique et le rôle structurant du ruisseau pour la cité médiévale, ont été perdus de vue par la plupart. Plus surprenant, le phénomène semble avoir contaminé jusqu’aux services de l’Etat.

Malgré la directive-cadre sur l’eau adoptée par l’Union Européenne en octobre 2000, la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA) de 2006, différentes circulaires du ministère de l’Ecologie, le début de la mise en place de la trame Verte et Bleue, aucun des organismes chargés de l’application de ces législations ne s’est manifesté pour défendre le ruisseau et la continuité écologique.

La sauvegarde du ruisseau de Nolange et sa réhabilitation pourraient amorcer une restauration de l’ensemble médiéval et de ses paysages ; ce qui ne manquerait pas de relancer l’économie locale en plein marasme. Cela serait cohérent avec l’appartenance de la cité de Saint-Gengoux au Pays d’Art et d’Histoire « Entre Cluny et Tournus », mais cela ne mobilise guère les énergies !

A ce jour, plusieurs années d’information et d’interpellation des décideurs et des organismes officiels ont été sans effet. Alors que se multiplient les incitations à la restauration des cours d’eau saccagés, les défenseurs de l’environnement, du patrimoine et, généralement, du bien commun en particulier l’ASR (Association Solidarité Rurale) et la CAPEN (Confédération des Associations pour la Protection de la Nature et de l’Environnement de Saône et Loire), se battent seuls depuis des années sans réussir à trouver un interlocuteur.




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Source : Courriel à Reporterre de Alain-Claude Galtié

Photo : Renaissances rurales blog

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