« Les inondations sont bénéfiques pour la biodiversité et contre la sécheresse »

21 février 2014 / Entretien avec Karl Matthias Wantzen

Les inondations récurrentes ne sont pas le seul fait de la nature. L’homme a oublié comment fonctionne un fleuve, qui a besoin de zones inondables pour se réguler. En construisant sur ces zones et en voulant contenir les cours d’eau, l’homme augmente les risques et va au-devant de dégâts énormes. Explications du chercheur Karl Matthias Wantzen.

« Le fleuve est composé de deux parties : celle où l’eau coule et celle où l’eau déborde. La zone d’inondation est très importante. »

Karl Matthias Wantzen est professeur d’écologie à l’université François Rabelais de Tours. Ce scientifique est né sur les bords du Rhin, en Allemagne. Spécialiste des milieux aquatiques, il travaille notamment sur la restauration des cours d’eau. Il rappelle que l’inondation est un phénomène naturel et important pour le fonctionnement des rivières.

Reporterre - Pourquoi les crues deviennent-elles si dévastatrices ?

Karl Matthias Wantzen - L’homme a toujours cherché à s’implanter sur les bords de rivières. Il y trouve ce qu’il faut : du bois, des poissons, de l’eau potable, un moyen de transport, la navigation. Mais la densité d’occupation des bords de fleuve a augmenté à partir de la révolution industrielle. Or un fleuve est un système très dynamique.

Beaucoup pensent que ce n’est qu’un cours d’eau, mais il est composé de deux parties : celle où l’eau coule et celle où l’eau déborde. Cette dernière est très importante : elle permet de purifier l’eau, de la stocker dans des nappes phréatiques. On y trouve une grande biodiversité.

Sur ces zones ont été construites des villes, des manufactures. Pour protéger les constructions, des digues ont enserré les fleuves, les empêchant de s’autoréguler. Conséquence : les inondations font des dégâts énormes.

A quoi les zones inondables servent-elles ?

Aujourd’hui, on a totalement oublié l’utilité des crues. Le changement climatique provoque de grandes phases de pluie mais aussi de grandes périodes de sécheresse. C’est aux abords des rivières et des fleuves que le surplus d’eau s’infiltre et rejoint les nappes phréatiques, créant ainsi des réserves pour les périodes de sécheresse.

Les zones inondables sont de véritables espaces tampons. Mais on l’a totalement oublié. Les terres agricoles sont drainées et l’eau est déversée directement dans la rivière. Comme elle ne passe pas dans la zone tampon, elle n’est pas purifiée. Elle transporte donc beaucoup de nutriments qui se perdent plutôt que de fertiliser la terre.

C’est de cette charge de nutriments que vient la couleur café au lait des rivières en crue. C’est aussi en raison de cet excès de nutriments que les estuaires sont envahis d’algues vertes.

Comment éviter les dégâts causés par les crues ?

Il faut restaurer les rivières et les zones humides afin de permettre une meilleure infiltration des eaux de pluie dans les nappes phréatiques. On peut apprendre beaucoup grâce aux traditions des habitants des bords des fleuves : les bâtiments sur pilotis ou les pratiques des pêcheurs professionnels. Ces derniers ont presque disparu des grands fleuves à cause de la pollution et des changements d’habitudes alimentaires de la population.

Pourquoi l’homme persiste-t-il à urbaniser les zones inondables ?

On dirait que parfois, la mémoire des hommes est très courte. Ceux qui vivent une crue centenaire se sentent tranquille à l’idée que la prochaine se produira dans cent ans. Ils ne seront probablement plus là !

Pourtant, en Allemagne, deux crues centenaires ont eu lieu en douze ans. Et malgré les promesses, les élus ont fait très peu de choses pour réduire les dégâts. Les gens reconstruisent. Ils continuent à s’installer sur les zones inondables, parce que c’est très joli. Un vieux dicton entendu en Allemagne dit : « Qui choisit le fleuve comme voisin ne doit pas être étonné quand le fleuve lui rend visite de temps en temps, comme le font les voisins. »

- Propos recueillis par Flora Chauveau



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Lire aussi : Les inondations dans le Var ne sont pas une catastrophe naturelle

Source : Flora Chauveau pour Reporterre

Photo :
- Portrait : Karl Matthias Wantzen
- Inondation : France 3 Aquitaine

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