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Onze vaccins, vraiment ? Nature & Progrès fait le point

16 novembre 2017 / Nature & Progrès



  • Présentation de la revue par son éditeur :
  • Éditorial

Tandis que l’actualité égraine chaque jour son lot de nouvelles toujours plus alarmantes sur les questions environnementales, difficile de ne pas adhérer aux idées de Bruno Latour, sociologue et philosophe (1), repris en septembre par Jean Pierre Turquoi dans Reporterre, et pour qui « il n’y aura pas de sortie du tunnel ».

L’entomologiste Caspar Hallmann vient de publier une étude (2) débutée en 1989, rassemblant de nombreuses mesures montrant qu’en Allemagne, outre le déclin des abeilles, la diminution de la biomasse des insectes ailés s’avère bien plus sévère que ce que les chercheurs suspectaient, constat sûrement semblable en France. En moins de trente ans, 76 % de ces insectes ont disparu ! Déjà, en 1979, un colloque de la société d’entomologistes établissait le constat de la raréfaction de l’ensemble des insectes, mais avec parfois des pullulations affectant des plantes ou des arbres. Le recours aux pesticides de synthèse, en particulier les néonicotinoïdes, les travaux agricoles et ruraux (remembrement, fauchage systémique, enrobage des semences, démoustication…), le déclin de la biodiversité (plantes, oiseaux…) en sont hélas les causes les plus probables. Qui a oublié, il y a plusieurs années, les pare-brise constellés d’insectes percutés lors des déplacements en voiture ? Plus besoin de s’échiner à les nettoyer maintenant !

De son côté, l’Unaf (3) repart à la charge en découvrant l’autorisation donnée en catimini par notre agence nationale de sécurité sanitaire (4) à deux nouveaux néonicotinoïdes à base de sulfoxaflor (5), une molécule dénoncée par les apiculteurs et même l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments pour laquelle ce produit « présente un risque élevé pour les abeilles ». « C’est toujours le même double discours politique. On autorise un produit à la légère et après on tergiverse avant de le retirer au bout de 15 ans », s’insurge l’Unaf. La catastrophe est silencieuse, préparons-nous à dire adieu aux papillons, aux insectes pollinisateurs et à tous les autres, ce qui aura pour grave conséquence de mettre en péril la sécurité alimentaire de l’Humanité.

Pendant ce temps, le feuilleton du glyphosate (herbicide) se poursuit. Les « Monsanto papers » nous confirment que le géant de l’industrie chimique finance des études en achetant des scientifiques présentant « […] une apparence d’indépendance parce qu’ils n’ont pas de lien apparent avec Monsanto, mais qui en fait ont été rémunérés pour apposer leur signature ». Selon Stéphane Horel, journaliste indépendante : « La plupart de ces études où il y a un doute sur l’identité des auteurs concluent absolument toutes à l’innocuité du glyphosate. » Grave problème éthique dans la communauté scientifique qui brouille les cartes pour influencer l’opinion politique et publique, et pousse à nous interroger sur l’intégrité et l’indépendance des expertises officielles sur le glyphosate et tant d’autres produits ! Que de falsifications, de manipulations pour continuer la commercialisation de tous ces toxiques. Et comment avoir encore confiance en la science ?

Quelquefois, des petites lueurs d’espoir. Au procès des faucheurs volontaires à Foix, en 2016 et 2017 — ils avaient détérioré des bidons d’herbicide à base de glyphosate dans des magasins — le tribunal ne les a pas condamnés. Mieux, il a suivi l’avocat des faucheurs, Maitre Tumerelle, en demandant à la Cour européenne de statuer sur la conformité de la réglementation européenne d’évaluation des pesticides au regard du principe de précaution. Décision historique, pavé dans la mare des produits chimiques de synthèse qui met en question leur évaluation et pointe les carences des réglementations française et européenne !

Faut-il se mettre la tête dans le sable, devenir ermite ? Nous pouvons partager avec Bruno Latour que « le monde est peuplé de fous », que si la planète est déréglée, c’est la faute de l’homme. Cette question anime les débats au sein de notre société. Il est de plus en plus urgent, en espérant qu’il ne soit pas trop tard, de revenir sur l’idée de progrès telle que les adhérents de Nature & Progrès l’incarnent dans leur métier et leur vie quotidienne. Gageons que nous parviendrons à nous faire entendre.

1) Face à Gaïa, Bruno Latour- Edition la Découverte, 2015.
2) Publiée le 18 octobre dans la revue scientifique Plos One.
3) Unaf : Union Nationale des apiculteurs de France.
4) Anses : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
5) le Closer et le Transform, de Dow AgroSciences.

Eliane Anglaret
Présidente de la fédération





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