Philippine : un pays durablement meurtri

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14 novembre 2013 / Sophie Boisseau du Rocher (Grip)



Le pays archipel commence à se réveiller du typhon qui l’a ravagé, alors que l’aide peine à parvenir aux habitants et que des pillages ont lieu dans les zones ravagées. Les Philippines seront durablement affaiblies par la catastrophe, qui révèle ses faiblesses.


Les Philippines auront connu ces dernières semaines deux catastrophes naturelles de grande ampleur : d’une part le tremblement de terre du 15 octobre sur l’île Bohol et d’autre part, le passage du typhon Haiyan dans la province de Leyte le 7 novembre. Au-delà des retombées dramatiques pour des milliers de vies humaines, quelles pourraient être les conséquences de ces catastrophes pour le pays ?

Conséquences financières d’abord, avec un impact désastreux des dommages liés à la tempête estimé à environ quatorze milliards de dollars dont deux seulement seront couverts par les assurances. L’économie locale, fortement dépendante du secteur agricole (canne à sucre et riz), mettra des mois à s’en remettre avec des répercussions directes sur les exportations et le chômage local (un million d’agriculteurs ont été touchés). Les infrastructures, fortement endommagées par la puissance du vent et des vagues, manqueront également pour aider à la reprise. Aucun doute que les prévisions de croissance – 6,5 % pour 2013 – seront affectées.

Conséquences socio-politiques ensuite. Le spectacle des pillages, des entrepôts attaqués et des forces de sécurité débordées ne vont pas redorer le blason d’un secteur public déficient. On retiendra surtout de ces images de dévastation l’incurie d’une administration centrale à imposer des codes de construction fiables et le détournement des sommes allouées à des travaux de renforcement des bâtiments par des politiciens corrompus : même les centres d’évacuation n’ont pas résisté !

L’autorité même du président Aquino, qui admet « ne pas avoir bien préparé les populations » est atteinte. Plusieurs jours après le passage du typhon, les Forces armées (15 000 soldats ont été dépêchés) n’ont toujours pas accès à certaines zones ; sur le coup, la dépendance de l’armée envers les conseillers et forces américains est cruciale et illustre ses déficiences structurelles. L’arrivée du porte-avions George Washington, et ses vingt hélicoptères, devrait considérablement aider les secours sur place.

Répercussions internationales enfin, car la réaction à un tel drame révèle aussi la capacité de réaction et d’influence des partenaires extérieurs. Alliés de longue date de Manille, les États-Unis ont été les premiers à réagir massivement et serviront de pilier central à partir duquel l’aide internationale va s’organiser. En revanche, la Chine, qui entretient un différend territorial en mer de Chine du Sud avec les Philippines, s’interroge encore sur le montant et la forme de son aide. 100 000 dollars ont bien été avancés afin de venir en première aide aux victimes, mais Pékin n’a pas affiché la grandeur d’une puissance « responsable ».

Certes, les Philippines sont le premier archipel après le grand océan Pacifique et prennent de plein fouet le déchaînement des éléments. Mais aujourd’hui, c’est un sentiment d’immense tristesse et de découragement qui domine autant envers les hommes qu’envers le ciel.





Source : Grip.

Photo : Europe 1

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