Pour protéger la santé, des ONG lancent une campagne contre les perturbateurs endocriniens

Durée de lecture : 4 minutes

2 octobre 2013 / Agir pour l’Environnement

Alors que les preuves scientifiques s’accumulent pour désigner la participation des perturbateurs endocriniens à « l’épidémie mondiale de maladies chroniques », et qu’à Bruxelles se négocie leur définition réglementaire, une campagne de mobilisation citoyenne intitulée « Perturbateurs endocriniens : Environnement perturbé, santé menacée ! » est lancée.


Alors que s’est achevée il y a quelques jours la consultation publique sur la
Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) et qu’à Bruxelles se négocie la future définition réglementaire des perturbateurs endocriniens, Agir pour l’environnement et ses 12 partenaires [1] lancent une campagne de mobilisation citoyenne intitulée « Perturbateurs endocriniens : Environnement perturbé, santé menacée ! ».

Mis en évidence en 1991, les perturbateurs endocriniens (PE) recouvrent plusieurs centaines de substances chimiques d’usage courant [2] susceptibles d’interférer à des doses infimes avec la régulation hormonale des êtres vivants. L’exposition humaine aux PE est précoce (dans l’utérus) et quotidienne du fait de leur grande
hétérogénéité : on retrouve, en effet, des PE parmi les ingrédients des produits de consommation et comme contaminants de l’eau, de l’air ou de nos aliments.

La perturbation endocrinienne remet en cause toute approche classique en toxicologie et en évaluation des risques chimiques : la dose compte moins que le moment de l’exposition et elle peut être potentialisée par effet cocktail, les effets sont latents et éventuellement transgénérationnels.

Les preuves scientifiques s’accumulent pour désigner la participation des PE à « l’épidémie mondiale de maladies chroniques » : cancers hormono-dépendants, troubles métaboliques (diabète-obésité), troubles neurocomportementaux et neurodéveloppementaux, atteintes à la reproduction et la fertilité.

Par la pollution environnementale, la toxicité à faible dose des PE s’exerce aussi sur la faune sauvage, en particulier aquatique, avec des effets graves sur la capacité de reproduction de nombreuses espèces, à l’instar de la féminisation des poissons d’eau douce.

Il est donc grand temps de mettre cette problématique au coeur du débat public afin de pousser les décideurs français et européens à prendre des mesures fortes pour ramener à zéro notre exposition aux PE.

Avec cette campagne, les citoyens ont jusqu’au 30 juin 2014 pour renvoyer les cartes pétitions afin d’interpeller le Commissaire européen à la santé et aux consommateurs, Toni Borg, le Ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, ainsi que les groupes de distribution de leur choix [3].

Nous demandons ainsi au Commissaire européen à la santé et aux consommateurs de :

- Mettre en place une définition des perturbateurs endocriniens qui ne laisse de côté aucun PE suspecté.

- Engager dès maintenant la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens avérés et suspectés au sein de l’Union Européenne, en les interdisant en priorité dans les usages susceptibles d’affecter les populations vulnérables (dispositifs médicaux, cosmétiques, jouets, contact et denrées alimentaires) et dans les usages dispersifs (pesticides, biocides, ...).

- Sensibiliser et former davantage le public et les professionnels sur les risques des perturbateurs endocriniens.

- Interdire à terme tous les PE.

- Assurer l’intégration horizontale des PE dans l’ensemble des politiques publiques et notamment les grands plans de santé publique et de protection des consommateurs, en parallèle et en appui des plans d’action pour l’environnement.

- Développer la recherche dans le domaine de la santé environnementale, notamment sur les spécificités de la perturbation endocrinienne et sur l’effet cocktail.

Au ministre du Redressement productif de :

- Mettre en place des instruments économiques pour pénaliser l’usage continu des PE, favoriser la substitution (par des techniques et/ou des substances non nocives) et financer des plateformes d’échange de compétences et d’informations au service des entreprises.

- Faire des défis de la santé environnementale un moteur de l’innovation et du savoir-faire industriel et économique français.

- Promouvoir des filières d’excellence « Zéro PE » à l’exportation, par exemple dans le domaine alimentaire et des cosmétiques.

- Mettre en place une information et un étiquetage clair, compréhensible et accessible sur les produits afin de renforcer les capacités des consommateurs à faire des choix éclairés.

Aux groupes de distribution alimentaires de :

- Retirer les PE suspectés et avérés des produits référencés, à commencer par les bisphenols, les phtalates, les parabènes et les perfluorés, les pesticides PE, et proposer une offre sans PE aux consommateurs.

- Promouvoir une information et un étiquetage clair, compréhensible et accessible des consommateurs afin de renforcer leurs capacités à faire des choix éclairés.

Ces mesures permettront dans un premier temps de réduire notre exposition aux perturbateurs endocriniens puis de ramener cette exposition à zéro afin de protéger aussi bien notre environnement que notre santé.


Notes

1- Générations Futures, Réseau Environnement Santé, WECF, Appel de la jeunesse, Biocoop, Confédération paysanne, Cniid, Bioconsom’acteurs, Attac, Ecologie sans frontière, Adéquations, IDAE.

2- Lien

3- Parmi les 6 groupes leaders en France :(Carrefour/Leclerc/Intermarché/Casino/Auchan/SystèmeU)



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Source et dessin : Agir pour l’environnement

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