Pour une eau pure, adoptez les vers de terre

12 novembre 2014 / Fabien Ginisty (L’Âge de Faire)

Une station d’épuration des eaux usées fonctionnant avec des vers de terre... Farfelu ? À quelques kilomètres de Montpellier, le village de Combaillaux, entre vigne et garrigue, doit sa renommée à une station d’épuration unique au monde : depuis dix ans, une partie des déchets liquides de la commune est traitée par lombrifiltration.


Surprenante initiative que cette station d’épuration des eaux usées fonctionnant avec des vers de terre. « On n’a rien inventé ! C’est ce qui existe déjà dans la nature ! » relativise le maire de Combaillaux, Daniel Floutard.

Un procédé tout naturel

Le procédé est relativement simple : l’eau usagée est filtrée par gravité, lors de son passage dans une cuve, appelée lombrifiltre. De l’extérieur, ce bassin rond de 12 mètres de diamètre n’a rien d’extraordinaire. C’est en jetant un œil à l’intérieur que l’on voit la différence avec un bassin classique.

Vu du haut, le lombrifiltre ressemble à une plate-bande autour d’un arbre de jardin public : des éclats de bois sur une épaisseur d’environ 1,30 mètre. Le tout arrosé par un asperseur tournant qui envoie par intermittence la « nourriture » et l’humidité dont les vers ont besoin.

De lombriciens, point de visibles : photophobes, ils font leur travail à l’intérieur du substrat organique, à moins de dix centimètres de la surface. On en compte alors 25 000 par mètre carré.

Un "concours de circonstances"

Si Combaillaux et ses 1 500 habitants sont les précurseurs mondiaux en matière de traitement des eaux usées, c’est « par un concours de circonstances », reconnaît le maire : « En 1996 a commencé à se poser la question de la remise en l’état de la station d’épuration. On s’est tourné vers le Conseil général qui nous a parlé de cette solution rustique et économique, et nous a orientés vers les chercheurs de Montpellier. »

À quelques kilomètres de Combaillaux se trouve en effet un laboratoire de l’Institut national de la recherche agronomique. En lien avec leurs collègues du Chili, les premiers à travailler sur la lombrifiltration, depuis les années 90, les chercheurs montpelliérains ont mis au point le procédé en laboratoire.

Ils veulent aller plus loin, et cherchent un site pour expérimenter une station d’épuration pilote, « grandeur nature »… Montage du projet, des dossiers de subventions auprès du département de l’Hérault et de l’Union européenne : en 2004, le premier lombrifiltre, conçu pour traiter les eaux à l’échelle d’un village, est mis en service.

Finies les boues

« On ne rajoute aucun produit. C’est seulement l’action combinée des vers qui "mangent" les déchets, et de l’oxygène, puis du soleil en fin de cycle, qui assainit l’eau. La totalité des polluants est soit transformée, soit dégradée sous forme de gaz », explique Daniel Floutard.

Les eaux usées ressortent ainsi de la station en « qualité eau de baignade », conformément à la législation encadrant toutes les stations d’épuration… Alors pourquoi s’encombrer de vers ?

« Avec les stations actuelles (par lit bactérien, Ndlr), beaucoup de polluants sont dégradés dans l’eau, c’est-à-dire dans un milieu sans oxygène. Ils vont alors se minéraliser, et on va les retrouver sous forme de boues, dont il faut ensuite se débarrasser, soit par incinération, soit par épandage, explique l’élu. Le principal intérêt du lombrifiltre, c’est qu’il n’y a pas de production de boues. Rien ne sort, à part de l’eau propre. »

L’intérêt environnemental est indéniable, mais pas seulement : Daniel Floutard met l’accent sur « le poste important » que représente la gestion des boues dans le budget d’une commune. Il insiste également sur le faible coût de mise en place et de fonctionnement d’une lombristation, nécessitant moins d’infrastructures qu’une station d’épuration conventionnelle : plus besoin de « relèvement », de « décanteur digesteur », de « clarificateur », de « raclage », de « lit de séchage des boues »

Jusqu’à 8 000 habitants

Aujourd’hui, la taille de la lombristation permet de traiter les déchets quotidiens de la moitié des habitants de Combaillaux, à savoir 750. Le traitement des eaux de l’autre moitié de la population est assuré de manière classique.

« Maintenant que l’on dispose d’un retour d’expérience de dix ans, on va pouvoir étayer un dossier auprès de l’Etat pour demander l’homologation du procédé (encore aujourd’hui considéré comme expérimental, Ndlr), indique le maire. Ccette homologation nous permettra d’agrandir la lombristation pour traiter 100 % des effluents ménagers de la commune ».

Selon l’élu, le dispositif, une fois homologué, devrait se diffuser rapidement. Depuis 2004 et le lancement de la lombristation à Combaillaux, Daniel Floutard a été sollicité par des communes « des quatre coins du monde », notamment des communes îliennes qui n’ont pas la possibilité de traiter l’eau douce sur place, alors que celle-ci est souvent importée du continent le plus proche.

D’après l’élu, de nombreuses collectivités françaises attendent l’homologation par les pouvoirs publics (en 2015 ?) afin de basculer vers un système de lombrifiltre. Le procédé, qui peut convenir selon lui « autant à des particuliers qu’à des villes de jusqu’à 8 000 habitants », serait donc promis à un bel avenir.

Pour l’heure, Daniel Floutard continue de sensibiliser, avec toujours autant de passion, élus et citoyens, petits et grands, au téléphone, ou en grandeur nature : « On doit être la seule station d’épuration à organiser des visites ! Venez nombreux ! »


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Source et photos : Article transmis amicalement à Reporterre par L’Âge de faire.

Lire aussi : Qu’est-ce qu’un lombricomposteur ?


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