Relance de la mobilisation pour les écologistes de Greenpeace emprisonnés en Russie

Durée de lecture : 5 minutes

30 octobre 2013 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Un mois et demi après leur arrestation, les « 30 de l’Arctique » sont toujours détenus en Russie. La mobilisation pour obtenir leur libération s’accentue, et Reporterre s’y associe. Le verdict est attendu pour le 24 novembre. Retour sur les faits.


18 septembre 2013, mer de Pechora. Deux militants de Greenpeace tentent d’escalader la plateforme pétrolière de Prirazlomnaya, appartenant au géant russe Gazprom. Il s’agit de se hisser le plus haut possible pour déplier une banderole et immortaliser le moment par une photographie qui fera le tour du monde.

L’association écologiste veut dénoncer les forages pétroliers et alerter sur les risques écologistes de l’extraction du pétrole en Arctique. Greenpeace est habituée de ces méthodes non-violentes de communication, qui font « partie de son ADN » selon Isabelle Philippe, porte-parole du mouvement. Le procédé est le même que lors de l’intrusion dans la centrale nucléaire du Tricastin en France en juillet, ou lors du Grand Prix de Belgique, le 25 août dernier, déjà pour dénoncer l’exploration de pétrole en Arctique par la compagnie Shell.

Mais cette fois, la réaction des autorités est violente. Les gardes-côtes russes dégainent les canons à eau du haut de la rambarde. Sur la vidéo disponible sur le site de Greenpeace, on voit des armes à feu être pointées et on peut entendre plusieurs tirs de sommation. Les deux militants rejoignent le Zodiac et rebroussent chemin vers l’Arctic Sunrise.

Le lendemain, le 19 septembre, un commando héliporté des forces de sécurité russe –le FSB – arraisonne le navire, alors en dehors des eaux territoriales de l’Etat russe. Le bateau est remorqué jusqu’à Mourmansk, et les membres de l’équipage sont retenus à bord, détenus dans le réfectoire pendant quatre jours, le temps de rejoindre les côtes.

Greenpeace avait-il envisagé un tel scénario ? « C’est la méthode qui est inattendue. On n’imaginait pas être abordé dans un tel contexte, par voie d’hélicoptère, en dehors des eaux territoriales » explique Anne Valette, chargée de la campagne Save the Arctic lancée en juin 2011 par l’association. La situation est d’autant plus surprenante qu’une action similaire avait eu lieu l’année dernière, n’entraînant alors aucune conséquence particulière.

Accusés de piraterie, puis d’hooliganisme

Le 26 septembre, les membres de l’équipage sont auditionnés un à un par un tribunal russe. Soit vingt-huit militants de Greenpeace et deux journalistes indépendants, un photographe et un cameraman. Accusés de piraterie, ils sont placés en détention provisoire pour deux mois et encourent jusqu’à quinze ans de prison.

Piraterie ? Un mobile d’accusation « rocambolesque » selon Anne Valette. Lavsemaine dernière, les autorités russes ont ramené le chef d’accusation au hooliganisme, passible de sept ans de prison en Russie. Les militants de Greenpeace font ainsi face aux mêmes accusations que les Pussy Riots.

Pour le Parlement européen, ces accusations restent « disproportionnées ». Dans le même temps, les Pays-Bas – où se trouve le siège social de Greenpeace International – lance une requête en procédure d’arbitrage auprès du Tribunal international du droit de la mer visant à faire appliquer la Convention des Nations Unies en la matière.

Les prisonniers semblent actuellement détenus dans différents centres de rétention autour de Mourmansk. Peu d’informations filtrent. Pour Anne Valette, « la situation est tellement imprévisible qu’il est impossible de faire des pronostics sur la suite ».

La mobilisation se poursuit

Tout au long des dernières semaines, le mouvement de soutien s’est organisé en France et en Europe, se rendant visible grâce à différentes actions. Le 27 septembre, une manifestation de protestation se tenait devant l’Ambassade de Russie en France. Le 1er octobre en Suisse, lors d’un match de football de Ligue des champions opposant Bâle à Schalke, quatre militants de Greenpeace déployaient une grande banderole hostile à Gazprom – sponsor officiel du club allemand et de la compétition en question – sur laquelle était inscrit « Don’t foul the Arctic » (N’abîmez pas l’Arctique).

Le 5 octobre, une journée d’appel à mobilisation internationale a vu des manifestations se tenir dans quarante-sept pays, de la Belgique à la Chine, en passant par la Suède et la Nouvelle-Zélande.

Samedi 26 octobre, c’est le symbole de la Tour Eiffel à Paris qu’a occupé le mouvement. Pendant près d’une heure, un militant suspendu dans une tente depuis le deuxième étage du monument a fait le tour des chaînes d’information françaises avec sa banderole « Free the Arctic 30 ».

Ce jeudi 31, une nouvelle journée de mobilisation est prévue sur la place de la République, à Paris, à 15 heures. Il s’agira d’enfermer des représentants d’associations de droits de l’Homme ou de protection de l’environnement dans des « cages » semblables aux cellules dans lesquelles les militants emprisonnés comparaissent au tribunal.

Cette action coïncide avec le voyage du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault en Russie pour deux jours. Il doit rencontrer jeudi Dimitri Medvedev, chef du gouvernement, puis vendredi Vladimir Poutine, président de Russie.

« Nous demandons explicitement au gouvernement de mettre le sujet de la libération des « 30 de l’Arctique » à l’agenda de ce voyage », dit Anne Valette. Le mot d’ordre reste le même : « nos militants ne sont pas des criminels, dit Axel Renaudin, directeur de la communication chez Greenpeace France, ils manifestaient pacifiquement. Il faut de la solidarité dans cette mobilisation car l’enjeu est global : le climat est encore plus en danger si on met ses défenseurs en prison... »


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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre.

Photos :
- Militant emprisonné : Greenpeace
- Artic Sunrise : Maritime connector

Lire aussi : « Liberté pour les militants de Greenpeace », demandent ensemble Noël Mamère et Jean-Luc Mélenchon


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