Sauver les oiseaux devant son ordinateur

Durée de lecture : 4 minutes

26 janvier 2015 / Mahaut Herrmann (Reporterre)



Deux fois par an, un comptage des oiseaux « ordinaires » est organisé. Tout le monde peut y participer. Un moyen très utile pour connaître l’état de la biodiversité du pays.

Un Troglodyte mignon, deux Mésanges nonnettes, une Sittelle torchepot , et même un Martin-pêcheur… Ce sont quatre des vingt-quatre espèces que Nathalie a observé dans son jardin de l’ouest lyonnais ce week-end. Comme elle, des milliers d’observateurs ont participé samedi 24 janvier et dimanche 25, en France, en Grande-Bretagne et en Espagne, à la protection de la biodiversité devant leur ordinateur… ou presque. Comment ? En prenant part à un des deux week-ends annuels de comptage des oiseaux de jardins.

En France, les deux comptages ont lieu en janvier et en mai, et alimentent un observatoire commun du Muséum d’histoire naturelle et de la LPO-Agir pour la biodiversité. Il s’agit d’observer deux périodes critiques du cycle de vie des oiseaux : la reproduction, et la survie à la mauvaise saison.

La biodiversité "ordinaire" décline

« Il y a là un paradoxe », souligne Cyrille Frey, chargé d’études à la LPO-Rhône. « Les espèces les plus menacées se portent légèrement mieux parce qu’on a fait beaucoup d’efforts en leur faveur, et c’est la biodiversité ordinaire qui se met à disparaître le plus vite, signe que toute la vie est en danger autour de nous. Même le Moineau domestique est en difficulté dans certaines régions, et dans plusieurs pays d’Europe. Or, la nature ordinaire, cela commence pour beaucoup de Français par leur jardin. C’est là qu’ils peuvent être à la fois témoins du déclin de la biodiversité, et acteurs de sa protection. »

CE comptage participatif n’est pas réservé aux ornithologues chevronnés. Le Muséum et la LPO mettent en place des outils conviviaux sur le site Oiseaux des jardins. « Il n’y a pas besoin d’être un spécialiste », explique Cyrille Frey. « On s’intéresse à des espèces témoins faciles à identifier. »

Vous avez vu un oiseau et vous ne savez pas l’identifier ? Le site internet propose des fiches illustrées d’identification des oiseaux ciblés, une pour le temps fort de janvier et une pour celui de mai. Pour saisir ses observations, c’est tout aussi simple : il suffit de cliquer sur les planches illustrées représentant les oiseaux observés.

Pas besoin d’avoir un jardin privé pour participer. Un parc public ou un balcon sont aussi des lieux concernés par l’enquête. « C’est une occasion pour les citoyens de se mobiliser pour découvrir la biodiversité qui les entoure et dont ils n’ont pas toujours conscience. »

Une fois les données envoyées, que se passe-t-il ? Les observations recueillies servent à la mise en place d’un indicateur. « Il ne s’agit pas d’un dénombrement absolu des oiseaux communs de France », insiste Cyrille Frey. « Nous voulons voir comment cette photo de la réalité va évoluer dans le temps. En fonction des espèces dont on va observer le déclin, nous allons pouvoir déduire les dysfonctionnements des écosystèmes. » D’où l’importance d’un suivi dans la durée. « Le Moineau domestique manque de plus en plus de cavités dans nos bâtiments rénovés. Le Chardonneret élégant, lui, a besoin de graminées sauvages dont il se nourrit et qui lui font défaut. Grâce à ces comptages, nous pouvons proposer des actions adaptées comme la préservation des « herbes folles » ou la pose de nichoirs », ajoute Cyrille Frey.

- Fauvette à tête noire -

La mobilisation française est toutefois de faible ampleur par rapport à ce qui se passe en Angletererre. « Au niveau national, les bénévoles des différentes structures participantes ont permis, en 2014, un recensement sur trois mille jardins », indique Romain Chazal, bénévole à la LPO-Rhône. À titre de comparaison, la Royal Society for the Protection of Birds, équivalent britannique de la LPO, indiquait dimanche soir que plus de 100 000 jardins avaient déjà envoyé les résultats de leurs comptages, et que plus de trois millions d’oiseaux avaient été comptés.

Il faut dire que la RSPB revendique plus d’un million d’adhérents, contre moins de cinquante mille pour la LPO France. Mais le Royaume-Uni fait figure d’exception dans l’Europe ornithologique.

Dimanche soir, cinquante-deux jardins avaient transmis des données à la LPO Rhône. Ils étaient 31 en 2013 et 48 en 2014. Salariés et bénévoles de la LPO, dans le Rhône et dans toute la France, donnent rendez-vous en mai pour le deuxième week-end de comptage de 2015. Ils espèrent augmenter encore le nombre de jardins participants.

En attendant, ils rappellent que le site Oiseaux des jardins est ouvert en permanence et que, même s’ils ont manqué les deux week-ends ciblés, les observateurs peuvent transmettre leurs données tout au long de l’année.





Lire aussi : Plus d’une espèce d’oiseaux nicheurs sur quatre menacée en Île-de-France

Source : Mahaut Herrmann pour Reporterre

Photos :
. chapô : mésange bleue (Dominique Le Moullec)
. fauvette à tête noire (Dominique Le Moullet)

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