Le loriot, ce mystérieux « merle d’or » au sale caractère
Le loriot d'Europe est un oiseau migrateur. - © Adobe Stock
Le loriot d'Europe est un oiseau migrateur. - © Adobe Stock
Durée de lecture : 6 minutes
Difficile à observer, détenteur de la « palme de l’agressivité » envers ses voisins... À la découverte du loriot, cet oiseau migrateur qui reste à peine quatre mois dans nos forêts.
Cet article est publié en partenariat avec la Revue Salamandre.
Le printemps des oiseaux est déjà installé depuis plusieurs mois. Mais qui l’a déclaré ouvert ? Était-ce le souffle lugubre du grand-duc dès novembre dernier ? La note envoûtante de la grive draine fêtant le passage du solstice d’hiver ? Ou les ricanements du pic vert, en écho aux strophes enrouées du pinson des arbres, fin janvier ? Peut-être les hordes de cigognes blanches, vers le 20 février, pas discrètes pour un sou et souvent saluées par la presse locale. Que dire du retour des milans, presque inaperçu ? Certainement l’hirondelle et le coucou, accompagnés de dictons…
À l’arrière du peloton, de sa voix singulière, le loriot se signale parmi les derniers arrivés entre la fin avril et début mai. En même temps que lui, les bosquets, la rivière et le bocage accueillent enfin la tourterelle des bois, l’hypolaïs et le guêpier. Bondrées et pies-grièches écorcheurs sont maintenant attendues. Ensuite, fin du bal, place aux prémices estivales.
Tout file très vite pour les loriots. Le chant entre deux poursuites furtives, courant mai, le silence ou presque ensuite. Quelques chuintements au cœur de l’été. Et pfuit, disparus. Seuls les observateurs les plus attentifs auront compris ce qui s’est joué dans la frondaison des arbres les plus vénérables.
Mais alors, comment profiter un minimum de la lumière du merle d’or ? Il faut privilégier les bords de cours d’eau, les allées de peupliers ou les grandes haies. Ses vols brefs entre les cimes sont en effet plus faciles à détecter dans ces habitats linéaires qu’en forêt… Et pourquoi ne pas profiter du plumage du loriot en imitant son ramage ? Siffler avec la bouche la pirouette sonore de cet oiseau est un exercice assez amusant lors d’une balade. Une distraction à pratiquer avec modération bien sûr, car l’oiseau de passage a d’autres priorités…
Parvenir à le voir reste tout de même un défi, on vous en dit donc plus sur cet oiseau aussi magnifique que méconnu.
La palme de l’agressivité
Oriolus oriolus mesure entre 22 et 25 cm de longueur et pèse entre 65 et 78 g, soit des dimensions comparables à celles de la grive musicienne et de l’étourneau sansonnet. La femelle est d’un jaune plus verdâtre et plus ou moins striée sur le ventre et la poitrine, des caractéristiques que l’on retrouve chez les jeunes. Il arrive parfois que des femelles âgées ressemblent aux mâles.
Passereau clairement arboricole, le loriot recherche des boisements humides et frais situés dans un environnement chaud et ensoleillé. Il apprécie les forêts de feuillus avec sous-bois, les parcs, les bocages épais, les allées de grands arbres et les forêts bordant les rivières et les plans d’eau.
C’est sa voix qui trahit le plus souvent sa présence. Retranscrite en « didlio » ou « didlia-didlio », elle est incomparable dans nos régions. Sauf quand l’étourneau farceur joue à l’imiter parfaitement. Moins enchanteurs, les cris « ki-zieeeh » grinçants et aux accents de geai des chênes sont émis entre deux ritournelles exotiques ou de façon isolée pendant l’été.
Dans un article paru dans la revue belge Aves, l’auteur Jules Fouarge étudie le comportement d’une dizaine d’espèces cohabitant dans les grands arbres d’une campagne du sud de la France. Parmi les choucas, moineaux et autres pies-grièches, l’auteur décerne au loriot d’Europe la palme de l’agressivité à l’égard de ses voisins. Documentant, photos à l’appui, des attaques sur pie, épervier, rollier ou milan, il corrobore le caractère « guère sociable » que l’ornithologue suisse Paul Géroudet attribuait au loriot, effectivement territorial aussi envers ses congénères.
Tendance positive
Bonne nouvelle, dans la plupart des pays d’Europe, le loriot n’est pas considéré comme menacé. Bénéficiant notamment du changement climatique et de l’expansion des feuillus en altitude, les effectifs du passereau noir et or ont augmenté de 30 % entre 1993 et 2007 en Suisse, avant de se stabiliser.
En France, la tendance est positive également : +43 % entre 1989 et 2013 et globalement stable depuis. A contrario, l’espèce a disparu du Royaume-Uni où elle a toujours été rare, la dernière reproduction datant de 2009.
Au Burkina Faso, un reboisement bénéfique
Reboiser pour relancer un cercle vertueux face à la désertification. Voici résumé l’objectif poursuivi par les ONG newTree et Tiipaalga au Burkina Faso. Depuis vingt ans, ces deux organisations, aidées par les familles paysannes et les coopératives de femmes locales, ont participé au reboisement de 400 terrains pour un total de 3 hectares de zones mises en défens.
Sur ces terres, le surpâturage et la déforestation, qui participent au mouvement de désertification de cette région du Sahel, sont interdits afin de permettre un reboisement naturel. Et avec lui, la création d’un cercle vertueux. Les insectes reviennent, les terres gagnent en fertilité, offrant aux populations locales l’opportunité d’y produire fruits, graines, miel ou plantes médicinales.
Également engagée dans le projet, la Station ornithologique suisse s’attelle à étudier précisément dans quelle mesure les oiseaux locaux et les migrateurs venus d’Europe bénéficient, eux aussi, de ce reboisement. « Nos études ont démontré que l’exclusion de pâturage avait un effet positif sur la plupart des espèces d’oiseaux. Surtout pendant la saison sèche, quand le contraste avec les zones pâturées est encore plus grand », révèle Gabriel Marcacci, collaborateur scientifique à la Station.
Et de lister les espèces qui en profitent le plus : rougequeue à front blanc, le pouillot fitis, le rossignol philomèle et l’hypolaïs obscure. « Mais aussi, plus occasionnellement, d’autres espèces de passage comme le pipit des arbres, le gobemouche noir ou le loriot d’Europe. À noter que nous avons aussi recensé des espèces migratrices intra-africaines comme le coucou didric. »
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La Salamandre, Hors-série n°293 Loriot. |
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