Éléphantes, cachalots, ourses... Ces mères au lien fort avec leur petit
Les mères éléphantes élèvent leurs petits de jour comme de nuit. - © Charlotte Guichon / Reporterre
Les mères éléphantes élèvent leurs petits de jour comme de nuit. - © Charlotte Guichon / Reporterre
Durée de lecture : 8 minutes
Des éléphantes très pédagogues avec leur enfant, des ourses qui adoptent des oursons, des cachalots qui s’entraident lors des naissances... À l’occasion de la fête des mères, florilège de ces animaux dont le lien mère-enfant est particulièrement développé.
[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.
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Les mères éléphantes élèvent leurs petits la nuit
Vous en avez assez que votre enfant vous appelle à des heures indues pour un cauchemar, une envie de faire pipi ou un verre d’eau ? Sachez que l’éléphante de Sumatra, elle, ne recule devant aucun toilettage ou aucune promenade nocturne de son tout-petit.
Des biologistes de l’Universitas Sumatera Utara, en Indonésie, ont analysé les comportements de cette femelle âgée de 47 ans, nommée Sari, et de Boni, son petit âgé de 2 ans, entre juin et juillet 2023 au sein du Parc national de Gunung Leuser (GLNP), une aire protégée impliquée dans des programmes de conservation des éléphants. Plage horaire des observations par vidéosurveillance : de 18 heures à 6 heures du matin.
Les résultats montrent que les principales activités nocturnes des deux animaux sont le toilettage, l’alimentation, le repos et le jeu. Toutes traduisent un lien mère-petit particulièrement fort : Sari protège régulièrement Boni, le suit dans ses déplacements, le touche avec sa trompe, l’aide à choisir sa nourriture et le rappelle par vocalisations lorsqu’il s’éloigne. Autant d’activités essentielles dans l’apprentissage social et comportemental des petits éléphants. Des tétées ont également été observées — les éléphanteaux peuvent être allaités jusqu’à l’âge de 3 ans ou davantage.
Sari n’est pas la seule à s’occuper de son bébé. Les chercheurs insistent sur le caractère matriarcal des groupes d’éléphantes de Sumatra. Les femelles adultes, même si elles ne sont pas les mères biologiques, participent à l’éducation et à la protection des jeunes.
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Les mères cachalots s’entraident pour mettre bas
Les humains accouchent rarement seuls... Il en est de même chez les cachalots ! C’est ce qu’a révélé une équipe internationale de scientifiques, dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue Science.
Leur découverte remonte à juillet 2023. Lors d’une mission de routine au large des côtes dominicaines, les chercheurs sont tombés sur un drôle d’attroupement : 11 femelles cachalots, appartenant à 2 familles différentes, réunies en surface. En voyant une petite nageoire émerger dans des volutes de sang, les scientifiques ont compris qu’ils étaient en train d’assister à l’accouchement d’une d’entre elles, Rounder, qu’ils avaient déjà observée à plusieurs reprises auparavant.
Documenter la mise-bas d’une baleine est déjà, en soi, exceptionnel — seule une poignée d’êtres humains ont eu cette chance. L’équipe de scientifiques a, en plus, découvert que les femelles cachalots s’entraident durant les naissances, même lorsqu’elles ne sont pas apparentées. Pendant les trente minutes de mise-bas de Rounder, les autres femelles cachalots se sont rassemblées « étroitement » autour d’elle, décrivent les chercheurs, en faisant preuve « d’une synchronisation accrue de leur orientation et d’une plus grande proximité ».
Leur soutien ne s’est pas arrêté là. Durant l’heure qui a suivi la naissance, toutes les femelles cachalots se sont relayées pour soulever le nouveau-né et le maintenir à la surface, dans un effort « coordonné » et « très actif ». Lorsque les petits cachalots viennent au monde, ils peinent en effet à remonter à la surface pour respirer, leur flottabilité étant, à ce moment-là de leur vie, « négative ». Le petit groupe s’est ensuite dispersé, chacune des femelles rejoignant son sous-groupe habituel.
Ces observations suggèrent, selon les chercheurs, que les cachalots peuvent bénéficier d’un « système coopératif » flexible pour les soins néonataux, auxquels peuvent contribuer les membres d’autres clans. Sages-femmes et doulas ne sont peut-être pas l’apanage de notre espèce !
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Une adoption rarissime d’ourson polaire
Attention, histoire de famille mignonne à en faire fondre la banquise. Une observation rare d’adoption chez l’ours polaire a été documentée en novembre 2025 près de Churchill, dans le nord du Manitoba (Canada). Une ourse polaire a en effet été observée avec deux oursons âgés d’environ 10 et 11 mois, dont l’un ne serait pas son petit biologique.
À l’origine de cette découverte, un petit détail troublant : l’un des oursons portait une étiquette d’identification, l’autre non. En outre, l’ourse avait été observée quelques semaines plus tôt avec un seul petit. Grâce aux colliers GPS et aux observations de Polar Bears International, les chercheurs ont pu confirmer que la femelle a bien gardé les deux oursons pendant plusieurs semaines.
13 cas d’adoption ont été recensés en 45 ans d’observation
« Les ourses polaires sont d’excellentes mères, elles sont naturellement prédisposées à prendre soin des petits », a commenté Evan Richardson, chercheur au ministère de l’Environnement du Canada. Cette dévotion pour pouponner des nounours qui ne sont pas les leurs est toutefois à relativiser : les scientifiques indiquent que seulement treize cas d’adoption ont été recensés en quarante-cinq ans d’observation dans la région de la baie d’Hudson.
Ce modèle familial pourrait-il se répandre au fur et à mesure que les changements climatiques s’aggravent — la sous-population d’ours polaires locale est en déclin, passant d’environ 1 200 individus dans les années 1980 à environ 800 aujourd’hui, principalement en raison de la réduction de la banquise liée au réchauffement climatique ? Mystère. En tout cas, des analyses génétiques sont en cours afin d’identifier la mère biologique de l’ourson adopté.
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Les léopards de mer restent attachées à leurs bébés par-delà la mort
Le terme « léopard de mer » convoque plus facilement des images de prédateur féroce que de maman poule. Dans une étude publiée en 2025 dans la revue Polar Biology, une équipe de scientifiques montre pourtant que les femelles de cette espèce continuent de veiller sur le corps de leurs enfants après leur mort — des comportements dits « épimélétiques » qui pourraient signifier que leur attachement à leur progéniture est bien plus profond que ce que l’on pensait.
Les scientifiques ont mené leurs recherches pendant trois ans, au sein de deux sites situés en Patagonie chilienne, à la frontière de l’Antarctique. Ils y ont observé à plusieurs reprises deux femelles léopard de mer en train de veiller sur le cadavre de leurs enfants morts prématurément, possiblement après qu’ils sont tombés dans l’eau glacée. Les jeunes mères continuaient de stationner près d’eux, reposaient leur tête sur les leurs, partaient nager en emportant leurs dépouilles, et faisaient preuve de « territorialité » lorsque d’autres animaux s’approchaient trop. L’une d’entre elles a continué à agir de la sorte pendant plus de vingt jours.
Outre les léopards de mer, ce type de réaction au décès d’un nouveau-né a déjà été observé chez des mères éléphantes, girafes, dingos, pécaris à collier, géladas (des primates vivant en Éthiopie et en Érythrée)…
En 2018, au Botswana, une femelle hippopotame a tenté pendant onze heures de maintenir en surface le cadavre d’un jeune de 6 mois, allant jusqu’à « attaquer et chasser » les crocodiles qui s’en approchaient trop. La même année, une orque a été observée transportant pendant dix-sept jours le cadavre de son bébé le long des côtes nord-américaines. Signe, selon la chercheuse Emmanuelle Pouydebat, que « le chagrin en réponse à un deuil n’est pas une spécificité humaine ». L’amour parental ne l’est peut-être pas plus.
Si vous pensez après avoir lu cette chronique que cela démontre que les femelles, et par extrapolation les femmes, sont naturellement faites pour être (de bonnes) mères… détrompez-vous ! Nous vous concoctons pour juin une chronique spéciale « fête des pères » animale. Au menu, des crapauds qui transportent des têtards sur leur dos, des nandous mâles qui couvent un mélange d’œufs de plusieurs femelles et une ou deux belles histoires de primates. À bientôt !