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Simone Weil, pionnière de la décroissance

Philosophe, cégétiste, anticolonialiste, résistante, ouvrière… Simone Weil a traversé la vie comme une météorite. L’excellent livre « Simone Weil et l’expérience de la nécessité », de Geneviève Azam et Françoise Valon, détaille sa pensée : sa critique des idéologies utilitaristes du progrès, sa conception de la liberté...

  • Présentation du livre par Vincent d’Eaubonne :

La philosophe Simone Weil (1909-1943) est largement ignorée, dans l’ombre de son homonyme, la magistrate et femme d’État décédée en 2017. Sa critique radicale de la société la rend pourtant d’actualité, elle qui écrivait dès 1913 : « L’expansion capitaliste n’est plus loin du moment où elle se heurtera aux limites même de la surface terrestre. »

Élève d’Alain, enseignante en philosophie, cégétiste, anticolonialiste, manœuvre puis ouvrière spécialisée (d’où ses réflexions passionnantes sur l‘aliénation par le travail industriel, répétitif), combattante de la guerre d’Espagne au sein de la Confédération nationale du travail (CNT), syndicat d’inspiration révolutionnaire, relevant de l’anarcho-syndicalisme, résistante (arrêtée, puis relâchée comme « folle »)… Simone Weil a traversé la vie comme une météorite, alliant une pensée profondément matérialiste à un combat politique et une expérience mystique extrêmement critique envers l’Église.

« En ce qui concerne les choses humaines, ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas s’indigner, mais comprendre », écrivait cette passionnée d’humanité.

De santé fragile, elle mourra à 34 ans de tuberculose et de malnutrition en Angleterre, où elle avait rejoint la France libre.

Il faut redécouvrir son œuvre, principalement rédigée entre 1941 et 1943, grâce à l’excellent livre Simone Weil et l’expérience de la nécessité, de Geneviève Azam et Françoise Valon. En 120 pages, avec une présentation soignée et des textes choisis, elles mettent en lumière quelques pivots de sa pensée :

  • sa critique des idéologies utilitaristes du progrès, notamment de l’illimitisme – cette aberration qui ne reconnaît pas le périmètre des choses et des êtres, et nous emporte dans une accélération constante nous privant de l’expérience du monde ;
  • le déracinement des peuples et des êtres qui en découle ;
  • sa conception de la liberté, qui s’inscrit dans ce qu’elle appelle « l’expérience de la nécessité », dont le travail, libéré de l’asservissement productiviste, serait une des premières pièces. Sans cette « confrontation à la matière du monde », le concept de liberté ne serait que prétexte à justifier les privilèges des dominants.

Simone Weil peut se lire en camarade d’humanité, un peu comme Montaigne et tous celles et ceux qui, au fil des siècles, se sont posé la même question : « Comment vivre ? »


  • Simone Weil et l’expérience de la nécessité, de Geneviève Azam et Françoise Valon, Le Passager clandestin, coll. Précurseur.ses de la décroissance, 120 p., 10 euros.

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