Un ex-pétrolier à la tribune et du Coca au menu : la COP29 est lancée
La COP29 a débuté à Bakou en Azerbaïdjan. - © Emmanuel Clévenot/ Reporterre
La COP29 a débuté à Bakou en Azerbaïdjan. - © Emmanuel Clévenot/ Reporterre
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Notre journaliste Emmanuel Clévenot est arrivé à la COP29. Au menu du 1ᵉʳ jour : l’allocution de Mukhtar Babaïev, qui travaillait dans une compagnie pétrolière avant de devenir ministre de l’Écologie azerbaïdjanais.
Reporterre est arrivé à la COP29 en Azerbaïdjan, en train ! Le sommet mondial pour le climat s’y tient du 11 au 22 novembre. Pour y aller sans exploser son empreinte carbone, notre journaliste Emmanuel Clévenot a entrepris un voyage ferroviaire de neuf jours, traversant huit pays. Dans ce carnet de voyage, il nous raconte ses aventures et ses rencontres.
Bakou (Azerbaïdjan), reportage
Partir avec onze jours d’avance et être malgré tout en retard au grand rendez-vous, voilà ce qui a bien failli m’arriver. Le 11 novembre, la pointe du nez rougie par la fraîcheur matinale, je guette l’arrivée du bus 70 qui m’amènera à la COP. Devant moi défile une ribambelle de vieux autocars aux pots d’échappement fumants. Le mien n’est jamais passé. « Peut-être cherchez-vous votre chemin ? » Sur mon écran s’affiche la traduction des quelques mots russes prononcés par Khadija. S’agrippant à mon bras, la nounou aux épaules affaissées par le poids des années m’entraîne dans une navette. Celle-ci est électrique et arbore de grands autocollants COP29.
Débarqué au beau milieu d’un échangeur monumental, aujourd’hui barré à la circulation, je dégaine mon appareil pour immortaliser cet entrelacs désert de béton et de ferraille. « No photo », me hurle aussitôt l’un des soldats postés en lisière. Tant pis, elle aurait été jolie et pleine de contradictions. Les écriteaux « In solidarity for a green world » (« en solidarité avec un monde vert ») engloutis dans le smog, dont les particules fines et les molécules d’ozone irritent mes pupilles encore à moitié endormies.
Un homme au bonnet tibétain et à l’allure opiniâtre me dépasse et m’épie de la tête aux pieds, avant de me lancer un « Good cop or bad cop ? » rieur. Puis il disparaît dans l’entrée réservée aux ouvriers. Le stade olympique est là, majestueux. La quinzaine peut commencer.
Viande et tournée de Coca
À 11 heures, la foule se rue sur la plénière « Nizami », nom d’un illustre poète persan. Mukhtar Babaïev, le président de la COP29, s’apprête à ouvrir officiellement les hostilités. J’ai beau jouer des épaules, le pool média ne veut pas de moi et les portes de l’hémicycle se ferment sous mon nez. Alors, à défaut d’observer la star du jour, carriériste dans une compagnie pétrolière avant de se muer en ministre de l’Écologie azerbaïdjanais, je pars l’écouter au Media center, un gigantesque open space. « Nous sommes sur le chemin de la ruine, s’émeut à la tribune Mukhtar Babaïev. Et il ne s’agit pas de problèmes futurs. Le changement climatique est déjà là. » À quoi bon s’embêter à écrire une allocution, lorsqu’il suffit de répéter celle des éditions précédentes.
À la cantine, un Monténégrin s’assoit à ma table. « La bouffe est si chère », peste Antonio Jovanovski, en pointant du doigt les quelques fusilis se battant en duel dans son assiette. Chargé du programme Climat à l’Unicef, l’agence onusienne luttant pour les conditions des enfants, il semble désabusé à peine les négociations commencées : « Ces grands raouts ne servent plus à rien. Ont-ils déjà servi d’ailleurs ? Et les prochains ne seront guère plus utiles. »
Autour de nous, des hommes et des femmes sur leur trente-et-un engloutissent des plats plastifiés et carnés. N’en déplaise à la quinzaine de militants inoffensifs, croisés une demi-heure plus tôt avec une banderole « vegan », la viande est reine à Bakou. Et avec elle, les canettes de Coca-Cola et autres sodas.
Réguler le marché des crédits carbone
En 2023, à Dubaï, la création du fonds « pertes et dommages » avait été entérinée à peine les négociations commencées. « Nous avons écrit une page d’histoire », s’était aussitôt félicité le président de la COP28 Sultan Al-Jaber. Objectif : s’offrir l’affection de l’hémicycle d’entrée de jeu. Imitant la stratégie de son successeur, Mukhtar Babaïev a frappé du marteau scellant les grandes décisions à peine la COP29 commencée. Il choisit de doter la législation internationale de véritables règles pour le marché des crédits carbone. Jusqu’alors, celui-ci échappait à toute régulation internationale. Ce premier accord doit mettre un terme aux fraudes, aux abus et à l’écoblanchiment dont il faisait l’objet.
À la nuit tombée, je m’extirpe de ce grand labyrinthe, privé de lumière naturelle. Ici, quinze jours durant, 51 000 âmes batailleront dans l’espoir qu’un vent nouveau souffle demain sur ces grand-messes, devenues aux yeux de beaucoup de grossiers carnavals. Dehors, un néon rouge dans le creux de la main, des dizaines de bénévoles guident les participants vers la sortie. Et la façade du stadium s’illumine, brillant de mille feux. Demain, des dizaines de chefs d’État sont attendus pour le grand sommet des leaders pour l’action climatique.