Un téléphérique entre la Tour Eiffel et le Trocadéro : Reporterre révèle le projet secret d’Anne Hidalgo

Durée de lecture : 4 minutes

1er avril 2014 / Philippe Desfilhes (Reporterre)

Un projet jusque-là tenu secret va être très prochainement dévoilé par la nouvelle maire de Paris. Un téléphérique devrait relier la Tour Eiffel à l’esplanade du Trocadéro, probablement d’ici le printemps 2015. Enjeu : préparer la future Exposition Universelle.


Actualisation le 2 avril - Il s’avère que notre enquête était un poisson d’avril…


Un téléphérique devrait relier le pied de la Tour Eiffel et l’esplanade du Trocadéro, probablement dès le printemps 2015, et véhiculer par dessus la Seine entre ces deux hauts lieux du tourisme parisien jusqu’à 7 millions de personnes par an. Reporterre l’a appris de la bouche de Serge Orru, rencontré dans le cadre de l’enquête sur les mesures sur l’environnement des quatre principaux candidats à la Mairie de Paris (Paris, les candidats au banc d’essai écologique paru le 17 mars 2014).

Une confidence que le conseiller en écologie urbaine d’Anne Hidalgo nous avait demandé de garder secrète jusqu’au lendemain du second tour de l’élection qui a porté sa candidate à l’Hôtel de ville. Le projet nous a été confirmé lundi 31 mars et sera annoncé officiellement tout prochainement.

« Anne Hidalgo mettra en œuvre une politique avant-gardiste en matière de transports avec des innovations technologiques pour accélérer le développement du tramway et plusieurs projets de téléphériques, celui entre les gares de Lyon et d’Austerlitz dont nous avons parlé publiquement et celui-ci, entre la Tour Eiffel et le Palais de Chaillot, que nous souhaitions dévoiler après l’élection, comme une sorte de ‘cadeau’ aux Parisiens qui ont élu Anne », explique Serge Orru.

Le « téléphérique de la Tour Eiffel » est aussi un clin d’oeil aux expositions universelles de 1889 et de 1937 à l’origine de la construction de la Tour Eiffel puis du Palais de Chaillot : il s’agit de renforcer la candidature de Paris à l’exposition universelle de 2025. « Notre projet repose justement sur la volonté d’utiliser les monuments existants et les prochaines infrastructures du Grand Paris », poursuit le conseiller d’Anne Hidalgo.

Des études d’avant-projets ont été commandées aux principaux fabricants de téléphériques urbains. Poma, le leader mondial français du marché du transport par câble, et dont l’histoire est étroitement associée aux sports d’hiver, a trouvé avec les téléphériques urbains un formidable relais de croissance : il participe à cet appel d’offre – l’entreprise iséroise a déjà réalisé le funiculaire de Montmartre et tient beaucoup à remporter ce contrat prestigieux.

« L’installation devrait être très proche dans sa conception et sa réalisation de l’Emirates Air Line qui surplombe la Tamise et a été inaugurée à Londres pour les Jeux Olympiques de 2012, le site parisien ne posant pas de difficultés techniques particulières », indique à Reporterre Christian Bouvier, vice-président du directoire et directeur commercial de Poma.

- Le téléphérique de Londres -

Deux pylônes de respectivement trente et soixante mètres de hauteur, installés devant la tour Eiffel et dans les jardins du Trocadéro, « élèveront » le câble au-dessus de la Seine. La « gare » d’arrivée sera intégrée au pavillon qui domine l’aile ouest du Palais de Chaillot dite aile de Passy.

« La ligne est courte pour ce type d’installation ; le fait qu’il n’y ait pas d’habitation à survoler, ce qui est un frein à l’utilisation des périphériques en milieu urbain, a grandement facilité l’acceptation du projet », explique Cécile Clément-Verny du Cerema, ex-Certu (un organisme dépendant du gouvernement et consacré aux transports et à l’urbanisme).

Comme à Londres, le choix a été fait d’équiper le téléphérique d’« œufs » rappelant ceux des stations de ski. « Ces œufs de huit personnes privilégient le confort et l’intimité des familles plutôt que la capacité intrinsèque de la ligne. Le débit de mille cinq cents personnes par heure permettra de transporter annuellement sept millions de personnes, soit peu ou prou le nombre de visiteurs de la tour Eiffel », indique Christian Bouvier.

Quant aux tarifs, ils devraient avoisiner ceux de Londres, où un aller simple coûte 4,3 £ (5,20 €) pour un adulte et 2,20 £ (2,7 €) pour un enfant. Ces tarifs et le fait que l’installation, dont le coût prévisionnel est de trente cinq millions d’euros, fera l’objet d’un partenariat public privé entre la Mairie de Paris, le groupe Eiffage et la Société de la Tour Eiffel, richissime Société d’Investissements Immobiliers Cotée (SIIC), expliquent peut-être pourquoi Anne Hidalgo préférait réserver au lendemain de son élection l’annonce de la construction de ce téléphérique.


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Source : Philippe Desfilhes pour Reporterre

Photos :
. chapô : photo-montage d’Olivier Mary pour Reporterre.
. Téléphérique Londres : Philippe Desfilhes.

Lire aussi : Le coup faussement écolo d’Anne Hidalgo sur l’avenue Foch.


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