Paris : les candidats au banc d’essai écologique

Durée de lecture : 12 minutes

17 mars 2014 / Barnabé Binctin et Philippe Desfilhes (Reporterre)

Reporterre a rencontré les quatre principaux candidats à la mairie de Paris, afin de passer au crible leurs mesures sur l’environnement. Qui a le programme le plus écolo ? Jugez par vous-mêmes.


Sur les quatre principaux candidats engagés dans la lutte électorale à la Mairie de Paris, deux ont accepté de nous recevoir personnellement : Danielle Simonnet (Parti de Gauche) et Christophe Najdovski (Europe Ecologie-Les Verts). UMP et PS, eux, ont délégué leur conseiller : Yann Wehrling a répondu à nos questions pour Nathalie Kosciusko-Morizet, Serge Orru représentait Anne Hidalgo.

C’est dans cet ordre, alphabétiquement inversé, que Reporterre leur donne la parole.

1 - QUELLE MESURE PHARE POUR L’ECOLOGIE A PARIS ?

- Paris sans publicité - Danielle Simonnet propose le « Paris sans pub », pour lutter contre le matraquage des quatre mille messages publicitaires auxquels sont exposés quotidiennement les Parisiens. « Il faut assumer un objectif de rupture radicale qui marque les esprits. Dans la logique productiviste, la publicité est un outil fondamental pour inculquer cette idée que le bonheur est lié à la consommation. C’est une bataille culturelle : face à la ville qui aliène, nous proposons une ville qui émancipe ». S’appuyant sur l’exemple de la ville de Sao Paulo qui bannit les affichages dans les rues, Danielle Simonnet propose plusieurs mesures intermédiaires pour y parvenir : municipaliser les mobiliers urbains pour s’affranchir de JC Decaux, dont elle dénonce la « mainmise sur la ville », revoir le règlement local de publicité (RLP) qu’elle n’a pas voté car « il manquait d’ambitions », interdire la publicité dans les journaux municipaux, limiter le mécénat dans la culture et les musées parisiens sur lesquels « l’emprise des sponsors qui augmentent aboutit à la privatisation de l’espace publique ».

- La Seine devient le "Central Park" de Paris - Christophe Najdovski a lui pour projet-phare de « redonner à la Seine un grand rôle dans Paris ». Si le projet de tramway en bord de Seine est un engagement fort, le candidat d’Europe Ecologie-les Verts a pour l’axe fluvial une ambition qui dépasse le seul transport des voyageurs : « Des marchés flottants seront installés au pied de l’Hôtel de ville et les circuits courts et les produits de saison, si possible écologiques, seront privilégiés de façon à retrouver un lien avec le fleuve nourricier à travers ces halles flottantes », explique-t-il. Les commerces du cœur de la capitale pourraient ainsi être approvisionnés par le tramway – utilisé la nuit pour transporter les marchandises – et par la Seine, grâce à un espace de logistique urbain multimodal (un « ELU ») qui serait installé au niveau du quai Henri IV. Par ailleurs, Christophe Najdovski propose d’aménager les berges basses du fleuve en un parc urbain végétalisé – le fameux « Central Park » – ainsi qu’un pont-jardin entre le Pont d’Austerlitz et le Pont de Sully. « Ce pont sera un lien entre le jardin des plantes et le futur Central Park et cela désenclavera les quartiers de cette partie de la capitale ».

- Reconquérir la Petite ceinture - Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, l’enjeu réside d’abord dans « la reconquête de la Petite Ceinture », cette ancienne ligne de chemin de fer qui entoure Paris, ouverte au milieu du XIXe siècle et laissée à l’abandon depuis plus de vingt ans après sa fermeture aux derniers transports de marchandise. Longue de trente-deux km, elle a vocation à devenir une « voie express » pour les cyclistes : « Le vélo est aujourd’hui le mode de circulation souhaité par les Parisiens. L’enjeu majeur est donc de pouvoir offrir à ses usagers qui vont travailler une facilité pour traverser Paris du nord au sud et d’est en ouest », justifie Yann Wehrling. Ce projet ferait de la Petite Ceinture la première boucle intégralement cycliste de Paris, entraînant l’aménagement de trois tunnels pour les vélos, de quinze km de pistes cyclables sur la voie publique et de trois mille nouveaux stationnements sécurisés pour les vélos. Nathalie Kosciusko-Morizet accompagne cette mesure d’un projet de végétalisation, qui vise à valoriser un réservoir de biodiversité riche de quatre cents espèces végétales et cent espèces animales.

- L’avenue Foch transformée - Anne Hidalgo mise, elle, sur son projet de transformation de l’avenue Foch en coulée verte, projet sur lequel s’est déjà penché Reporterre. Il s’agit d’y réduire le trafic routier en libérant la chaussée principale pour y faire parc urbain et 150 000 m2 de constructions immobilières. « L’axe serait piéton et végétalisé. Il ne doit pas y avoir de construction sur l’avenue elle-même comme il en était question dans les projets initiaux, mais sur le bord des boulevards. Ce seront des logements sociaux et étudiants, nous voulons créer un véritable Campus Paris-Dauphine », explique Serge Orru. Ce projet s’insère dans une volonté de réaménager le sud-ouest parisien avec la prolongation du tramway T3a du Pont du Garigliano à la porte d’Auteuil, pour l’instant repoussée en raison de l’opposition des riverains lors du débat public. « Le projet de transformation de l’avenue Foch est intelligent et réaliste. Il permettra demain aux parisiens de profiter de l’Arc de Triomphe au bois de Boulogne d’une promenade que le monde entier nous enviera », insiste le conseiller de la candidate PS.

2 - LES AUTRES IDEES DES CANDIDATS

- Un troisième bois - Face au manque d’espaces verts – « 4m2 par habitant en moyenne dans Paris intra-muros » – Danielle Simonnet porte le projet d’un « troisième bois à Paris » qui s’insèrerait dans l’aménagement de Chapelle Internationale, entre le 18e arrondissement et Saint-Denis, afin de rappeler que le « droit à l’espace vert n’est pas réservé aux quartiers chics de Paris ». Le projet prévoit également l’implantation d’une ferme maraîchère.

- La gratuité des transports - Sur les transports, Danielle Simonnet associe d’abord la problématique à l’enjeu du logement : « Il faut réduire la distance domicile-travail ». Pour cela, il faut lutter contre « la spéculation immobilière [qui] chasse les travailleurs du centre-ville et entraîne une gentrification qui grignotte Paris ». Pour lutter contre la pollution, elle appelle à la gratuité des transports en commun. Il s’agit également de développer les différents services publics de transport (tramway, navettes interquartiers), notamment en municipalisant le système de vélo en libre-partage Vélib’, qui ne doit pas « servir à enrichir un groupe qui étend son matraquage publicitaire [NDLR : JC Decaux] ». Danielle Simonnet souhaite, enfin, la création d’une régie publique des énergies renouvelables.

- La Petite ceinture en coulée verte - Christophe Najdovski, rappelant que l’UNESCO préconise 10m2 d’espace vert par habitant, veut s’attaquer à deux chantiers principaux pour re-végétaliser la ville. En premier lieu, faire de la petite ceinture une coulée verte. Il s’agit de faire de ces cinquante hectares disponibles une trame verte plutôt qu’un projet bétonné de piste cyclable : « Il faut les ouvrir aux Parisiens avec des aménagements légers pour garder le caractère magique du lieu et en faire un espace de promenade et d’activités culturels et sportives qu’il faudra définir avec les habitants ».

- Agriculture urbaine - Deuxième piste : les toits de Paris. Avec un potentiel estimé à cent hectares sur les toitures, le candidat d’EELV propose d’y faire de l’agriculture urbaine et « pourquoi pas, une forêt ».

- Tramway le long de la Seine - Côté transport, Najdovski projette un tramway sur les quais hauts de la rive droite de la Seine, qui doit permettre de déplacer 200 000 voyageurs par jour. Il propose d’étendre le Vélib’ au Grand Paris : « une manière d’effacer la barrière du périphérique et de construire la Métropole ». A l’image de la sortie du diesel pour les bus municipaux, Christophe Najdovski estime qu’un plan de transport propre et d’amélioration de la qualité de l’air ne peut se faire que dans le cadre d’une « politique volontariste de la réduction de la circulation automobile à l’échelle de la métropole ».

- Végétaliser la ville - Nathalie Kosciusko-Morizet insiste également sur la nécessité de reverdir Paris, « une des villes les moins végétalisée d’Europe, dit Yann Wehrling. L’objectif, c’est de faire respirer cette ville, et non la densifier comme le fait Hidalgo depuis des années. Il faut végétaliser les rues, les façades, partout où c’est possible, avec les habitants ».

- Réduire la pollution de l’air - Le programme de lutte contre la pollution s’appuie en premier lieu sur la mise en place d’une ZAPA (Zone d’action prioritaire pour la qualité de l’air), visant à interdire l’accès de Paris aux poids lourds et cars de tourisme. « C’est la priorité, car ces véhicules représentent 30 % de la pollution de Paris ». En parallèle, l’UMP veut développer un système de vignette permettant aux seuls véhicules « propres » de rentrer dans le centre de Paris et de bénéficier d’un accès privilégié dans les parkings. C’est la deuxième priorité du programme de « NKM » : promouvoir l’électrique. « De tous les véhicules urbains, les électriques sont les plus écologiques en terme d’émissions polluantes », explique Yann Wehrling. Pour ce faire, il est prévu la pose de mille bornes de recharge rapide dans Paris et l’abondement d’une prime de 7000 Euros pour les véhicules professionnels en tout-électrique.

- Cantines bio - Anne Hidalgo veut, elle, développer les filières bio et les circuits courts. Mettant en perspective les 49% de surface agricole que représente aujourd’hui encore l’Ile-de-France avec les vingt millions de repas qui sont servis chaque année dans les écoles, Serge Orru annonce vouloir que « plus de 50% de la nourriture servie dans les cantines soit d’origine biologique d’ici 2020 ». Le projet s’accompagne de réflexion sur l’approvisionnement de ces cantines par des transports moins polluants ainsi que sur la valorisation des déchets bio et la pratique du compost : « Cette action en direction des cantines s’inscrit dans le cadre de l’économie circulaire que nous voulons développer et qui est la colonne vertébrale de notre action en faveur de l’environnement » nous est-il expliqué.

- Tout électrique - Sur les transports, « la diminution de 25% des gaz à effet de serre en 2020 sera atteinte » assure Serge Orru. Pour cela, le PS mise également sur l’électrique, à l’image du projet de libre-service de scooters électriques, Scootlib’. « Anne Hidalgo veut faire de Paris la capitale du véhicule électrique, avec un site de recharge tous les 500m, une recharge gratuite la nuit et la possibilité pour les voitures électriques de circuler dans les couloirs de bus. En trois ans, le sort du diesel sera réglé dans le parc automobile de la mairie de Paris ».

3 - "POURQUOI VOTER POUR VOUS PLUTOT QUE POUR UN AUTRE ?"

Reporterre a posé cette question en conclusion à chacun des candidats. Voici leur réponse.

- Danielle Simonnet

« Aujourd’hui, la vocation de Paris n’est pas d’être un centre commercial. Or, l’écologie à Paris est trop souvent vendue aux intérêts privés. Il faut reprendre le pouvoir avec une politique ambitieuse de municipalisation. Mais aucun des autres candidats n’affirme de rupture avec l’austérité. De fait, leurs engagements écolo sont hypocrites car un vrai programme en la matière nécessite de l’humain d’abord, donc de l’investissement public. Il ne s’agit pas de faire des petites économies à droite et à gauche pour faire quelques mesures environnementalistes. On ne fait pas une vraie transition écologique avec deux jardins partagés et trois Vélib’. Il faut assumer une stratégie de rupture, car l’écologie politique, ce n’est pas de faire des petites fleurs sur les toits ! »

- Christophe Najdovski

« On ne fait pas d’écologie à Paris si on ne s’attaque pas à la question de la voiture. Nous sommes les seuls à vouloir remettre en cause l’autoroute urbaine qui traverse aujourd’hui Paris, et qui est en grande partie responsable de la pollution contre lequel rien n’a été fait. Il faut porter une vision de partage radical de l’espace publique, en requalifiant la voie express en boulevard urbain destiné au tramway, par exemple. Hidalgo et Kosciusko-Morizet continuent de fonctionner avec les schémas du XXe siècle : ni l’une ni l’autre ne veulent remettre en question la place de la voiture en ville. Au contraire, la voiture électrique est un leurre ».

- Nathalie Kosciusko-Morizet

Yann Wehrling défend sa candidate : « Il faut surtout comparer son programme à celui d’Hidalgo, car les autres ne sont pas en situation de pouvoir devenir maire. Or Nathalie Kosciusko-Morizet, en tant que ministre de l’écologie puis du numérique, a fait preuve d’ingéniosité sur ces questions en sortant des vieilles mesures habituelles. Elle a fait la preuve de sa conviction que l’écologie représente la modernité politique. Hidalgo a fait la démonstration inverse par sa responsabilité aux affaires. Depuis 13 ans, elle n’a jamais montré d’intérêt pour ces questions. La première communication de la ville de Paris sur la pollution date de 2011… Je juge aux actes : NKM, c’est le Grenelle, Hidalgo, c’est la pollution ».

Anne Hidalgo

Du côté d’Anne Hidalgo, enfin, on joue sur la confiance des résultats obtenus : « Du tramway au Vélib’ en passant par les berges de la Seine et Paris-Plage ou la rénovation de la Place de la République, tout ce qui a été favorable aux parisiens en matière d’environnement a été gaussé par la droite. Mais ces projets ont été fait en concertation et s’avèrent bénéfiques. Ce travail va se prolonger. Le projet de l’avenue Foch et le développement de l’électrique dans le transport s’inscrivent dans cette ligne. Napoléon III avec Hausmann a mis trente ans à changer Paris », dit Serge Orru.


Compléments d’info :

- Le programme environnement de Danielle Simonnet.

- Le programme de Christophe Najdovski

- Le programme de Nathalie Kosciusko-Morizet

- Le programme environnement d’Anne Hidalgo

- Et l’analyse des programmes par le Réseau Action Climat.


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Photos :
. les quatre principaux candidats : Huffington Post
. Publicité : 1jour1actu
. « Central Park » : leparisien.fr
. Petite ceinture : NKM Paris.fr
. Avenue Foch : Hamonic et Masson
. Nathalie Kosciusko-Morizet : leparisien.fr.

Lire aussi : A Paris, les associations environnementales mettent la pression sur les candidats.


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