Une lettre de l’Office national des forêts

11 juin 2018

En mai, nous avons publié une enquête montrant que l’Office national des forêts exportait du bois Saône-et-Loire vers le Danemark et vers la centrale de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Son directeur général, M. Christian Dubreuil, nous écrit à ce propos. Voici sa lettre.


« En ma qualité de directeur général de l’Office national des forêts, je ne peux laisser sans réponse l’article “L’ONF encourage la biomasse industrielle au détriment des forêts et du climat” paru le 9 mai 2018 sur le site internet de Reporterre.

Cet article laisse entendre que l’action de l’Office national des forêts aurait un impact négatif sur les forêts dont il a la gestion et va à l’encontre de la lutte contre le changement climatique. Ces affirmations sont fausses et voici les éléments d’éclairage que je me dois de vous apporter :

  • Le bois énergie produit par les forêts publiques est systématiquement lié à la gestion forestière : pas de culture dédiée, pas de coupes au-delà des possibilités de renouvellement de la forêt.
  • Le bois énergie produit par ONF Énergie et livré aux clients provient de forêts dans un rayon moyen inférieur à 70 km au niveau national : il s’agit donc de ressource locale. Les exports ou transports interrégionaux qui privilégient les modes de transport à bas coût carbone (fluvial, maritime) restent l’exception (- de 10 % des volumes) mais permettent notamment d’écouler des stocks qui se trouveraient abondants.
  • Lorsque le directeur d’ONF Énergie, Christophe Chapoulet, a été interviewé en amont de votre article, il a mis en avant les actions R&D menées par la filière bois énergie pour prévenir et étudier les impacts du bois énergie et garantir le caractère durable de la filière (sols, minéraux, matériels, etc.). Nous déplorons qu’aucun cas n’en ait été fait dans l’article publié et dont la tonalité est uniquement à charge.
  • Deux remarques additionnelles : la politique énergétique de la France prévoit 30 % d’énergies renouvelables (et non 60 %) à horizon 2030. Enfin, le graphe sur les émissions de CO2 occulte le fait que le bois est une énergie renouvelable produite au niveau local contrairement aux deux autres qui sont non renouvelables et importées à longue distance, ce qui biaise considérablement l’information donnée au lecteur.

Christian Dubreuil. »


Commentaire de Reporterre

M. Dubreuil ne conteste pas les faits révélés par notre enquête, qui s’appuyait sur des notes internes à l’ONF : cet établissement a bien choisi d’exporter du bois vers des centrales à biomasse — dont le bilan écologique est notoirement négatif — au Danemark et à Gardanne (Bouches-du-Rhône). Et cela bien au-delà des 70 km évoqués par le directeur général.

Notre enquête — qui donne largement la parole à Christophe Chapoulet, directeur d’ONF Énergie — pose par ailleurs la question du coût écologique du transport choisi. Le directeur de l’ONF n’y répond pas, se contentant d’une affirmation non étayée.

Quant à la gestion globale de l’ONF, elle n’était pas l’objet de cet article. Elle est au demeurant de plus en plus critiquée sur le plan écologique et social par des organisations écologiques et par les salariés même de l’ONF, qui ont récemment manifesté dans plusieurs villes de France.

  • Hervé Kempf, pour Reporterre.




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