Je fais un don
OBJECTIF :
120 000 €
55368
COLLECTÉS
46 %

Une nouvelle ZAD s’oppose à un incinérateur en Charente-Maritime

7 janvier 2015 / Clément Barraud (Reporterre)

Depuis le 31 décembre, une quinzaine de zadistes occupe le site du projet d’hyper-incinérateur d’Echillais, près de Rochefort. Ils sont soutenus par des habitants des communes concernées, qui contestent le plan de la compagnie Vinci.

  • Rochefort (Charente-Maritime), reportage

À l’origine de cette nouvelle Zone à défendre (Zad), quatre jeunes du département qui suivent depuis plusieurs mois ce dossier contesté par une large part de la population locale. Dans la petite commune d’Echillais, située à quelques kilomètres de Rochefort, Vinci doit construire un incinérateur de 41 mètres de haut juste en face du pont du Martrou, qui passe au-dessus de la Charente. Porté par le Syndicat Intercommunautaire du Littoral (SIL), qui regroupe 97 communes de Charente-Maritime, il suscite la colère d’habitants et d’élus du territoire.

Ces dernières semaines, la perspective du début imminent des travaux a précipité la création de la ZAD. « En 24 heures, après avoir discuté avec les membres de l’association Pays Rochefortais Alert’ (PRA) qui luttent contre l’incinérateur au niveau local, on a décidé de s’installer sur le site », résume Sophie, qui a fait partie du groupe initial, avec trois autres personnes de la région. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, accompagnés d’autres amis, ils se rendent sur le site retenu pour le projet, juste à côté de l’actuel incinérateur.


- Construction, avec en arrière-plan la cheminée de l’incinérateur actuel. -

Le 31, un huissier est venu constater l’occupation illégale du site [1], avant une visite de la sous-préfète. Les forces de l’ordre, elles, se font plutôt discrètes. « Des gendarmes sont venus plusieurs fois, mais les relations sont bonnes pour l’instant, assure Camille (pseudonyme). Tout se passe dans le calme. La nuit du nouvel an, le responsable de l’incinérateur actuel est même venu nous souhaiter la bonne année ! »

Elan de générosité

Dans le froid, les premières tentes ont été montées sur le bitume, au beau milieu des 22 000 m² de terrain. « Les premières nuits, il faisait jusqu’à – 7 degrés », raconte Camille. Il est le seul à avoir déjà mis les pieds sur une ZAD, à Notre-Dame-des-Landes. Très vite, deux barricades et un point de restauration sont installés. Un grand élan de générosité s’est alors mis en place.

« Les membres de PRA nous ont donné des couvertures, de la nourriture, du matériel pour construire les premières cabanes… Tout le monde est très solidaire », se réjouit Damien, 22 ans. En fin de semaine, quelque cinquante personnes se sont rendues sur la zone pour soutenir les occupants.

Sur place, l’occupation s’organise dans la bonne humeur. « Nous sommes totalement pacifiques, explique Camille. L’idée est de montrer notre désaccord avec ce projet, sans violence et sans gêner le fonctionnement de l’incinérateur actuel. » De fait, dimanche, un point d’information et un dortoir ont été construits par les zadistes et des habitants des communes environnantes.

« On est agréablement surpris par le soutien des gens du coin, lance Anthony, cuisinier. Dans l’ensemble, on ne connait pas les autres ZAD, donc on a improvisé au début, on ne savait pas trop si ça allait prendre mais on sent que c’est bien parti pour durer. Les gens arrivent de plus en plus, et tout le monde est motivé ! »

Une mobilisation rare dans un département qui n’a pas l’habitude de voir ce type de soulèvement. « On ne peut pas dire qu’il y ait ici une forte envie de contester l’ordre établi… », estime Jean-Joël Gaurier, membre de PRA et de France Nature Environnement. La surprise n’en est que plus grande de voir une ZAD éclore à quelques encablures des bassins à huîtres.

À l’entrée du site, près de la première barricade, des petits personnages en cire attirent l’œil des passants. « Le petit peuple de la terre d’ici dit non au Vincinérateur », peut-on lire sur un écriteau. Cette création est l’œuvre de Frédéric, artiste et membre d’une compagnie de théâtre. « Je suis originaire d’ici, c’est inacceptable de laisser une telle chose se faire, il n’y a que Vinci qui a un intérêt à ce que ce projet se fasse… »

Santé publique

Lancé en 2007, le projet de centre de valorisation multi-filières vise à remplacer les incinérateurs d’Echillais et de Saint-Pierre d’Oléron. Prévu pour brûler jusqu’à 75 000 tonnes de déchets par an, cet hyper-incinérateur coûterait officiellement 85 millions d’euros, probablement autour de 100 millions selon PRA.

Le futur centre aurait également des conséquences sur l’environnement, à cause des rejets de dioxine dans l’air. « C’est une question de santé publique, confirme Guy Joumas, membre de PRA. Nous ne voulons pas de quelque chose qui est dépassé. La ZAD est nécessaire pour se faire entendre, et ces jeunes connaissent très bien le dossier… »

Comme pour les autres « projets inutiles et imposés », l’absence de concertation est pointée du doigt par les opposants. Selon Roland Lopez, élu d’opposition à Echillais et également membre du SIL, « il y a un déni de démocratie dans cette affaire. La population n’a pas été avertie, l’enquête publique a été complètement bafouée. »

L’association PRA, créée en 2013, milite pour une autre gestion des déchets, à la source. Même Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie et ancienne présidente de la Région Poitou-Charentes, a exprimé à plusieurs reprises son hostilité envers ce type d’infrastructures et demandé une « remise à plat » du projet.

Pourtant, une autorisation d’exploitation a été délivrée par arrêté préfectoral, le 15 octobre dernier, ouvrant la voie à un possible début des travaux. Sur place, cette éventualité n’effraie personne, à l’image de Camille : « D’autres zadistes de Sivens et Notre-Dame-des-Landes vont venir en renfort, on va rester ici ! »



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


[1Sept personnes, dont deux zadistes, sont convoquées mercredi 7 janvier devant le tribunal administratif de Poitiers pour expliquer les raisons de l’occupation du site.


Lire aussi : En Charente-Maritime, Vinci veut construire un hyper-incinérateur... hyper inutile

Source et photos : Clément Barraud pour Reporterre

. Manifestation : PRA


DOSSIER    Grands projets inutiles

15 juin 2018
À Montreuil, les enfants goûtent aux joies de la récup’
Alternative
1er juin 2018
Les fermes-usines se multiplient en France, favorisées par la réglementation
Info
16 juin 2018
Radio Bambou : Au procès de l’araignée, le ver de terre prend sa défense
Chronique


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Dans les mêmes dossiers       Grands projets inutiles





Du même auteur       Clément Barraud (Reporterre)