Une nouvelle Zad lutte à Marseille contre la destruction d’un jardin public

24 janvier 2015 / Pierre Isnard-Dupuy (Reporterre)



Pour défendre un square public contre sa privatisation et sa « bétonnisation », un collectif de riverains marseillais et des élus se mobilisent autour d’une toute nouvelle ZAD.

- Marseille, reportage

« Je m’appelle Michel. On s’appelle tous Michel », chante avec quelques accords de guitare "Michel 55" pour motiver la dizaine de militants qui se réchauffe autour d’un feu de platane. Ce vendredi 23 janvier, l’hiver s’installe avec un mistral glacial et « la ZAD de Marseille se réveille de sa première nuit d’occupation du parc Michel Lévy ».

C’est ce qu’affirment les tout nouveaux zadistes par textos et sur internet pour mobiliser. Le parc se trouve rue Pierre Laurent, à proximité de la place Castellane, dans le 6e arrondissement de la grande métropole. Avec ses 20 000 habitants au km², sa densité de population est comparable à celle de Paris, alors que pour l’ensemble de Marseille, on compte 3 500 habitants au km². Hormis la maigre verdure autour Notre-Dame-de-la-Garde et le square Michel Lévy, il n’offre aucun espace vert à ses 42 000 habitants.

Le square est décrit par ses anciens usagers comme un lieu de mixité générationnelle et sociale. "Michèle 96" se mobilise avec sa mère et sa fille de huit ans. Enfant, elle fréquentait déjà le parc. En souriant, elle raconte que ce lieu déjà « bien trop petit » réunissait « les minots qui cassaient les pieds aux papés et les papés qui cassaient les pieds aux minots ». D’un côté il y avait le boulodrome et de l’autre côté les jeux pour enfants avec un circuit sur lequel « beaucoup d’enfants du quartiers ont appris à faire du vélo » témoigne Muriel Wolff une autre riveraine, coordinatrice du collectif Michel Lévy.

Pour elle le square représente « un lieu de vie, un poumon vert ». A l’heure de la sortie des écoles il se remplissait de parents et enfants venus partager le goûter. Le centre d’animation Tempo, hébergé en son sein, proposait des activités aux enfants. Son bâtiment est aujourd’hui voué à la destruction, suspecté de contenir de l’amiante. Ce qui n’a pas empêché qu’on « laisse les gamins y venir pendant trente ans » commente Michèle 96.


- Le square... avant -

La vie au square s’est arrêtée le 3 juin 2013, quand les services municipaux ont cadenassé ses grilles. Il devait définitivement fermer ses portes pour laisser place à un immeuble de 49 logements sociaux et 300 places de parking en souterrain. La mairie du 4e secteur (6e et 8e arrondissement) veut céder le terrain au bailleur Unicil. En contrepartie, une fois les travaux réalisés, un tiers de sa surface sera rétrocédé pour un usage public.

Le collectif Michel Lévy et les élus d’opposition de la mairie de secteur se sont mobilisés, engageant des recours en justice. Mais ces recours sont épuisés, et les travaux ont commencé au début de cette semaine. Les responsables du chantier ont annoncé au riverains et aux opposants le désamiantage du bâtiment du Tempo. Mercredi 21 janvier, le bâtiment n’a toujours pas été traité, mais les ouvrier ont abattu une partie des arbres, cyprès et platanes, une pelleteuse saccage les aménagements.

Dans la précipitation, le collectif Michel Lévy a organisé un rassemblement jeudi 22 janvier en début de soirée. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. Dans son écharpe d’élu bleu et blanche, couleurs de Marseille, Hervé Menchon conseiller d’opposition du 4e secteur (EELV) y a fait part de sa « très grande colère parce qu’ici c’est la qualité de vie des marseillais que l’on enterre aujourd’hui. Un parc c’est un équipement public, comme une école ».

Même constat pour Marie-Françoise Palloix conseillère d’opposition du 4e secteur (Front de Gauche) : « Pour planter du béton, il n’y a pas de problèmes. Ça pousse comme du chien-dent. Vous aviez ici des arbres centenaires qui offraient beaucoup de verdure. Ici, c’est un quartier déjà sinistré en matière d’équipements publics ». L’ensemble des intervenants dénoncent un bien public livré au profit privé. Muriel Wolff pointait l’instrumentalisation mise en œuvre par la mairie : « Il y avait des problèmes d’insécurité dans le parc liés à des bandes qui venaient la nuit faire du trafic de drogue ou brûler les jeux pour enfants. Plutôt que de régler les problèmes, on abat les arbres. Quant on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage ! »

En fin de rassemblement l’occupation sous forme de ZAD a été décidée. Gérald annonce l’objectif : « Il y a encore sept arbres centenaires à sauver ». Patrick rappelle qu’il y a encore sur pied « un micocoulier classé arbre remarquable ». Ils sont une poignée à installer leur tente. Au petit matin et durant toute la journée, David Escalier interpelle les passants de la rue Pierre Laurent du haut du micocoulier qu’il occupe : « Bonjour, vous savez ce qu’on fait là ? » Il détaille les raisons de l’occupation et demande à ses interlocuteurs de soutenir, de participer. A l’arrivée des ouvriers du chantier, les bûcherons repartent. Les autres s’occupent des aménagements nécessaires au chantier au abord de la rue comme l’édification d’une palissade.

La ZAD Michel Lévy est soutenu par le collectif Laisse Béton qui rassemble douze associations contre le bétonnage de Marseille, ainsi que les Amis de la Terre et Greenpeace Marseille. Son assemblée générale s’est réuni à 17 h vendredi. Une cinquantaine de personnes sont à nouveau présentes. Enfants avec leurs parents, personnes âgées du quartier, militants de tout âge venus du centre-ville, ils se rassemblent debout autour du feu. Des discussions, ressort la nécessité de mobiliser davantage tout en gardant le lien privilégié avec les riverains et de continuer à leur proposer l’usage du lieu. Un repas partagé de quartier s’organise pour le dimanche 25 janvier. Des tracts seront distribués dans les manifestations du week-end.

Déficit d’espaces verts

En 2009 la ville de Marseille était donnée bonne dernière sur les vingt plus grandes villes française dans le palmarès de la superficie des espaces verts dressé par L’Express. 7,6 m² par habitant contre 68 m² pour Strasbourg, en tête. Et depuis la ville n’a cessé d’encourager la « bétonnisation » de son territoire. Par une politique agressive, sans prendre en compte de l’avis des habitants, de l’opposition et des collectifs et associations, elle favorise les promoteurs et fait couper des arbres.

En juin 2013 les platanes et érables de la place de Lenche (2e arrondissement) ont été abattus par surprise, alors qu’ils ombrageaient l’une des places les plus courues du quartier du Panier, qui fait le prestige touristique de Marseille. En 2008, la ville a accordé un permis de construire à la société Q Park pour la construction d’un parking de 600 places. Il amputerait d’un tiers de sa surface et de ses grand arbres le parc Longchamp (4e arrondissement). La mobilisation du collectif SOS Longchamp est parvenue à faire ajourner le projet. Dans son livre noir, intitulé La peste bétonnière à Marseille, paru en juin 2013, le collectif Laisse Béton a recensé près de 30 projets prédateurs de verdure.

Ni la mairie de Marseille, ni la mairie du 6e arrondissement n’ont répondu aux appels de Reporterre.




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Lire aussi : Requiem pour un jardin partagé à Paris

Source : Pierre Isnard-Dupuy pour Reporterre

Photos :
. chapô, square avant et « j’ai 100 ans » : Collectif Laisse Béton
. Zad Michel, pelleteuse et « vandalisme municipal » : Pierre Isnard-Dupuy.

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