A Fessenheim et sur le Rhin, une manifestation pour que Fukushima n’ait plus jamais lieu

Durée de lecture : 4 minutes

10 mars 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)



Pour marquer l’anniversaire des trois ans de la catastrophe de Fukushima, une manifestation était organisée ce dimanche en Alsace autour de la centrale de Fessenheim. Récit en photos.


10 000 personnes selon le réseau Sortir du nucléaire, 3 500 selon la police. La vérité étant probablement au milieu, pour André Hatz, porte-parole de l’association Stop Fessenheim, l’essentiel était ailleurs : « Je pensais que nous serions moins nombreux qu’en 2012, car l’effet Fukushima de sensibilisation au nucléaire me semblait s’être dissipé… En réalité, avec 5 000 personnes devant la centrale de Fessenheim, on était deux fois plus nombreux ! »

Ce dimanche 9 mars, plusieurs associations appelaient à une manifestation contre le nucléaire en Alsace. Celle-ci s’est déployée sur les huit ponts qui traversent le Rhin entre Strasbourg et Bâle, afin de rappeler que « la radioactivité ne connaît pas de frontières », selon Rémi Verdet de l’association Stop transport – Halte au nucléaire.

Ce dernier organisait la mobilisation sur le pont de l’Europe, à Strasbourg – « un lieu emblématique, au carrefour de l’Europe et de ses institutions, où le nuage de Tchernobyl se serait justement arrêté ». 700 personnes s’y sont donné rendez-vous pour un "die-in" (manifestation qui vise à s’allonger à même le sol pour simuler la mort) où sirène et fumigènes évoquent les risques de l’accident nucléaire et ses nuages radioactifs.

De 14 h à 14 h 30, simultanément sur tous les ponts distants de 130 km d’une extrémité à l’autre, les occupants bloquent la circulation et revendiquent leur opposition au nucléaire. Sur le pont de Marckolsheim, à 30 kilomètres de la centrale de Fessenheim, plus de six cents personnes se constituent en chaîne humaine, avant un lâcher de ballons dans le ciel bleu alsacien.

Partout, on observe une minute de silence en l’honneur des victimes du nucléaire, de Tchernobyl à Fukushima. Avant d’enclencher le deuxième acte de la manifestation : entamer la grande convergence vers la centrale de Fessenheim. Covoiturage et vélos s’organisent pour s’y rendre, autour de 15 h 30.

Là, le défilé qui part de la maison des Energies près de la centrale hydro-électrique met une petite demi-heure à rejoindre les portes de la centrale nucléaire de Fessenheim, vieille de trente-six ans. L’ambiance, musicale et festive, est bon enfant. Les manifestants ne cèdent pas à la provocation d’une banderole affichée par les salariés de la centrale, faisant valoir que celle-ci est sûre et représente une source d’énergie propre… « J’ai vu des gens souriants, mais déterminés. On ne demande plus, on exige la fermeture de cette centrale. De l’autre côté du Rhin, Angela Merkel a déjà fait fermer huit centrales nucléaires. En France, le pouvoir politique doit se réapproprier le pouvoir de décider d’une fermeture, ce ne peut pas être la seule responsabilité de l’exploitant ou de l’ASN », témoigne André Hatz.

En tête du cortège, Naoto Matsumura, le « dernier habitant de Fukushima », prend la parole pour témoigner : l’accident peut arriver partout, a fortiori en France, pays le plus nucléarisé du monde. Quel lien entre Fukushima et Fessenheim ? « Il y a le risque atomique, bien entendu, et il y a la sismicité. Il y a aussi le rapport à l’eau : à Fukushima, situé pourtant 8 mètres au-dessus du niveau de la mer, les eaux contaminées sont un problème majeur. A Fessenheim, nous sommes 9 mètres en-dessous du niveau du canal d’Alsace qui longe la centrale… », explique André Hatz.

Des cars sont venus de Paris, de Lyon, de la Drôme pour l’occasion. La manifestation rassemble allemands, suisses et quelques japonais. Le message principal dépasse les enjeux locaux : « Fessenheim a valeur de symbole, c’est le premier verrou à faire sauter. Mais cela ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt, sa fermeture doit être suivie d’autres fermetures. La réussite de cette mobilisation est un signal fort à l’égard des autorités du nucléaire en France », justifie Charlotte Mijeon, chargée de mission au réseau Sortir du Nucléaire.

Un peu partout, les cortèges des différentes manifestations de la journée se terminent par un goûter-apéritif, parfois concocté par les militants de la Confédération Paysanne, venus en soutien de la mobilisation.


Complément d’infos :

- Film par Christo Miche du défilé des manifestant-e-s anti nucléaire à Fessenheim

- le discours de Naoto Matsumura

- le discours de Janick Magne

- moult photos (Creative Commons)





Source : Reporterre.

Photos :
. L’homme à la torche et le « die in » : Alexandre Papadopoulos
. chapô, ballons et marche sur le pont : André Hartz
. finale : Gilbert Toulza.

Voir aussi : Denis Baupin : « Le nucléaire est aujourd’hui ce qu’était le minitel à l’heure d’Internet ».


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