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Grands Projets inutiles

A Montpellier, une Maison des résistances contre un projet routier

Au bout d’un chemin caillouteux, une bâtisse apparaît entre les chênes verts. Déployée sur la façade, une banderole indique « Mer »  : car c’est ici, sur la commune de Combaillaux, au nord de Montpellier, que des militants ont décidé de créer une « Maison de l’écologie et des résistances », sur le modèle de celles créées par Extinction rebellion, notamment près de Paris. « Nous voulons ouvrir un lieu d’accueil et de rencontre pour les luttes écologistes et sociales », dit Océane (le prénom a été modifié). L’endroit n’a pas été choisi par hasard : la maison – tout comme la garrigue alentours – est menacée par un projet routier dont Montpellier est friande. Le « Lien », pour « liaison intercantonale d’évitement nord », prévoit 8 km de goudron, plusieurs échangeurs (dont un à trois niveaux), un tunnel et un viaduc, à travers l’un des derniers poumons verts de l’agglomération languedocienne.

Le projet routier pourrait détruire plus de 40 ha d’espaces boisés et de garrigues.

« On considère que l’ensemble de la zone concernée par le projet est une Zad », ajoute Océane, membre du collectif SOS Oulala, mobilisé contre le Lien. La menace est d’autant plus pressante que le Conseil départemental, porteur du projet, compte commencer les travaux « d’ici la fin de l’année ». Face à l’arrivée imminente des bulldozers, quatre associations locales – Extinction rebellion, Action non violente – COP21, Greenpeace et SOS Oulala – ont lancé l’occupation du terrain et de la maison, depuis le 6 octobre dernier.

Deux personnes vivent désormais en permanence sur place, mais les activistes se relaient chaque jour pour assurer une présence et animer l’espace. « Nous voulons créer un lieu ouvert à tous et toutes, avec des événements, des rencontres, d’expérimentation », précise Océane. Le lieu est ainsi aménagé en conséquences : outre des chambres et un coin cuisine bien approvisionné, les opposants au Lien ont planté les premiers plants d’un potager permacole et réfléchi à la construction d’un barnum. Dans le salon, des artistes sont venus peindre des pies grièches et des lézards ocellés, menacés par les travaux routiers, « pour qu’on se rappelle pour quoi on lutte », glisse un habitant.

Des artistes ont représenté les espèces animales et végétales menacées par le projet routier.

Lundi 19 octobre matin, le Conseil départemental de l’Hérault n’avait pas réagi à cette occupation. Mais début octobre dans le Midi Libre, le département défendait bec et ongles son projet, présenté comme une « route durable ». Pour les opposants, pas question de lâcher non plus. Deux recours sont toujours en cours d’instruction devant le Conseil d’État. « Après la bataille juridique, nous passons à une nouvelle étape, dit Océane. On prend le relais avec un mode de lutte plus direct, et on espère être rejoints par le plus de personnes possibles. » Selon les associations, le Lien détruirait 42,5 ha d’espaces forestiers, près de 5 ha de zones humides et mettrait en danger 109 espèces protégées.

Tracé du « Lien » présenté par le Conseil départemental de l’Hérault.

-  Source : Reportage par Lorène Lavocat, pour Reporterre.

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