À Rouen, la ZAD urbaine s’installe dans le paysage

Durée de lecture : 3 minutes

6 novembre 2014 / Emmanuel Daniel

La ZAD de Rouen tient le coup et se renforce. Après une nuit d’occupation, les occupants s’installent. Le mouvement prend de l’ampleur, sous le regard tantôt amical, tantôt sceptique des passants.


- Rouen, témoignage

Les occupants de la place du Palais de justice à Rouen se sont réveillés mercredi 5 novembre le cœur léger. La veille au soir, une cinquantaine de personnes occupaient cet espace public afin d’exprimer leur colère suite à une marche en souvenir de Rémi Fraisse, tué par une grenade offensive lancée par des gendarmes dans la forêt de Sivens. Ils se sont également mis d’accord, au cours de la nuit, pour dire que si le point de départ du mouvement était les violences policières, l’action ne se limitait pas à ce motif. Ils sont nombreux à mettre en avant la pratique de l’autogestion, du partage et de la coopération que permettent des zones de résistance créative comme les ZAD (zones à défendre) et qu’ils tentent de recréer ici.

Jusqu’à midi, le campement tourne au ralenti. Ce n’est qu’un peu avant 13 h, horaire prévue de l’assemblée quotidienne, que la place renoue avec l’effervescence qui l’animait le soir précédent. Une quarantaine de personnes sont présentes et s’abritent sous une bâche pour discuter au sec des nombreux points à l’ordre du jour : besoins en termes de logement et de nourriture, utilisation de l’argent de la caisse commune, communication auprès des Rouennais, d’autres sympathisants partout ailleurs et aussi des médias.

La cohabitation entre des manifestant(e)s de cultures politiques parfois très différentes garantit la diversité de l’assemblée et suscite également des discussions riches et animées. Il y a aussi parfois des malentendus, voire de l’incompréhension. Comme si tous ne parlaient pas la même langue.

Pendant l’assemblée et durant les heures qui ont suivi, des ressources de toutes sortes abondent, issues de la récupération, de dons, des stocks personnels des occupants ou d’achats collectifs. Des toilettes-sèches et de nouveaux canapés sont installés ainsi que du matériel pour le feu. Des commerçants et des employés des environs apportent leur soutien matériel et/ou symbolique aux occupants. 


Parmi les personnes qui longent ou traversent le campement, les réactions s’enchaînent et ne se ressemblent pas. J’ai été frappé par l’indifférence ou la peur de badauds qui passaient à côté de la place sans y jeter un regard, comme si rien d’inhabituel n’était en cours.

Néanmoins, plusieurs dizaines de riverains ou sympathisants, des têtes blondes aux cheveux grisonnants, sont venus passer entre plusieurs minutes et plusieurs heures pour donner un coup de main ou simplement tenter de comprendre. Parmi ceux qui s’aventurent sur la place, les réactions sont globalement bonnes.

Mais dès que l’on va chercher les gens sur le trottoir, la cote de sympathie diminue : « Vous êtes en pleine utopie. Ça ne marchera pas votre truc », nous lancent deux retraitées. Quant à la police, à part quelques patrouilles discrètes à pieds et en voiture, ils ont été étonnamment discret. Alors que la journée tire vers la fin, je quitte un campement toujours débordant d’activités et des occupants confiants dans leurs forces, prêts à affronter une nouvelle nuit dans le froid.


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Source et photos : Emmanuel Daniel pour Reporterre.

Emmanuel a choisi de suivre ce mouvement, non en tant que journaliste ayant un regard distancié sur l’événement, mais en tant que personne qui y est engagée.

Lire aussi : Le récit de l’occupation mardi soir.


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