A l’Accorderie, on échange du temps, pas de l’argent

Durée de lecture : 3 minutes

20 janvier 2014 / Olivier Bailly (Reporterre)

Il paraît que le temps, c’est de l’argent. L’Accorderie prend ce vieux credo capitaliste à rebrousse-poil. Ici, l’argent c’est le temps.


L’Accorderie est un système d’échange de services entre habitants d’un même quartier ou d’une même ville. Ses membres, les accordeurs, sont rémunérés en heures. Une heure vaut une heure quels que soient les services proposés : initiation à l’anglais, repassage ou même hébergement de courte durée. Deux règles prévalent : ne pas promouvoir son activité professionnelle et rester dans la légalité.

En 2008, après avoir découvert ce concept né à Québec en 2002, Alain Philippe, le président de la Fondation Macif, l’importe en France. Une fois les études de faisabilité réalisées la première accorderie française voit le jour à Paris, dans le 19è arrondissement, en décembre 2011.

Elle sera suivie par d’autres accorderies dans les 14è, 18è et 20è arrondissements. En région les villes de Die (Drôme) et de Chambéry (Savoie) en sont dotées. Bordeaux, Lille, Nantes sont sur les rangs pour 2014. Aujourd’hui plus de 1200 accordeurs participent à la vie de ses six structures.

On connaissait déjà les Systèmes d’Echanges Locaux (SEL), mais dans les accorderies, plus que la nature des échanges c’est le fait d’échanger qui prime. En mettant les services sur un même pied on favorise l’égalitarisme. « Alors que le SEL peut passer à côté de tout un public qui ne se sentirait pas à la hauteur, l’Accorderie ramène ce public au cœur de la communauté en lui prouvant qu’il a des choses à donner : je suis utile en promenant le chien de ma voisine comme mon voisin m’est utile en m’offrant une initiation au piano », souligne Cathy Rouy, secrétaire de la Fondation Macif.

Ce qui intéresse Yves, accordeur à Belleville, c’est que l’Accorderie est « certes l’occasion de faire des échanges, d’obtenir des services d’une façon non marchande, mais aussi de rencontrer des gens de son quartier, de faire des choses ensemble. »

Chaque accorderie est animée par un responsable salarié par une régie de quartier, un centre social, une association. La notion de bénévolat n’existe pas. Participer à la vie collective, à l’animation, à la promotion de son accorderie est un service rémunéré comme tel.

A leur arrivée les nouveaux inscrits reçoivent 15h de crédit. Ils peuvent gérer eux-mêmes leurs transactions grâce à un Intranet et se payer à l’aide de chèques remis à leur inscription. Tout concourt à leur autonomie. C’est le but ultime des accorderies. A terme il n’y aura plus de responsables salariés.

Pour l’heure ces derniers veillent à l’équilibre des échanges afin notamment que ceux qui offrent beaucoup ne soient pas submergés de demandes et qu’au contraire ceux qui demandent beaucoup deviennent plus actifs et apprennent à offrir leurs compétences.

Pas facile, quand on est resté longtemps sur le bord de la route, de conserver une bonne image de soi, de ne pas se sous-estimer. Aude Léveillé, responsable de l’Accorderie du 14è, se souvient encore de « cette femme qui avait oublié qu’elle possédait des savoirs et qui, quand elle l’a su, en a été transformée. »


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Source : Olivier Bailly pour Reporterre

Photo : Paris.fr

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