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ReportageCanicule

Canicule dans les quartiers huppés : « À Neuilly, ce n’est pas difficile »

À Neuilly-sur-Seine, le 23 juin 2026, lors de la canicule.

Alors que les quartiers populaires sont surexposés aux canicules, les villes aisées vivent ces épisodes différemment. Espaces verts, clim’... À Neuilly-sur-Seine, de l’avis même des habitants, la population est davantage « préservée ».

Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), reportage

À l’ombre des nombreux platanes bordant la calme et cossue avenue du Roule, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Iris promène ses deux chiens. Certes, alors que la nuit de la veille était la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1947, l’air est suffocant en cette fin de matinée du 23 juin : le thermostat affiche déjà 33 °C, le département étant placé en vigilance rouge canicule par Météo-France. Mais la trentenaire estime « ne pas avoir le droit de se plaindre ».

« Pour moi, ce n’est pas difficile : j’ai la clim’ et un ventilo dans mon logement, mes chiens dorment aussi dans une pièce climatisée, et je bosse de chez moi. J’ai bien conscience qu’en parallèle, des gens galèrent ou sont même dehors en train de crever », dit l’entrepreneuse, soulignant que l’épisode caniculaire se déployant depuis le 17 juin en France ne se vit pas pareil à Neuilly que dans des villes moins riches : « Ici, la plupart des gens ont les moyens de se payer des solutions pour mieux supporter la chaleur, et les immeubles sont globalement mieux isolés. C’est beaucoup moins le cas dans les quartiers pauvres — il faudrait que l’État leur donne des moyens. »

Non loin de l’arche de la Défense, le 23 juin 2026. © Mathieu Génon / Reporterre

Dans une étude publiée le 18 juin, la Fondation pour le logement des défavorisés montre en effet que les quartiers populaires sont « surexposés » aux canicules ainsi qu’à la précarité énergétique, la structure parlant même d’« urgence sanitaire ». Neuilly, commune française de plus de 10 000 habitants comportant la plus grande proportion de ménages aisés — en 2023, 49 % de sa population avait des revenus dépassant le double du niveau de vie médian, soit 4 290 euros par mois pour une personne seule —, ne rentre évidemment pas dans cette catégorie.

« C’est sûr qu’ici, on est plus préservés »

« C’est sûr qu’ici, on est plus préservés : les logements sont plus grands, il y a plus d’espaces verts et le bois de Boulogne juste à côté apporte aussi de la fraîcheur. Reste que le réchauffement climatique fait peur », note Mathieu, agent immobilier de 29 ans tout de lin vêtu rencontré non loin de l’arche de la Défense.

En fin de matinée, le thermomètre affiche déjà 33 °C. © Mathieu Génon / Reporterre

Près de 14 000 arbres sont en effet plantés dans cette cité s’autodécrivant comme une « ville dans un jardin » et disposant d’environ 25 hectares d’espaces verts pour ses quelque 60 000 habitants — lesquels, en outre, ont la primauté de l’usage de la piscine municipale : un arrêté pris par le maire divers droite Jean-Christophe Fromantin, le 20 juin, réserve désormais l’accès à cette infrastructure aux résidents et abonnés (!), contrôles de police à l’appui, et ce jusqu’au 30 août.

« Ce n’est pas la première fois que nous vivons ça ! »

« Ma ville est une des plus belles, on a tout ! » lance la fantasque Sonia, 78 ans, rencontrée non loin d’un joli parc ombragé alors qu’elle venait de faire des courses. Pour cette retraitée d’origine brésilienne, qui ne cesse de dire « Dios mío ! » (« Mon Dieu ! »), les températures actuelles relèvent du « rêve ». « Je suis au rez-de-chaussée et j’ai un petit jardin, c’est super. En soi, la canicule ne me fait pas peur, car je peux m’abriter, ajoute-t-elle avant toutefois d’affirmer : Mais je sais que pour les gens qui vivent au dernier étage des immeubles, c’est vraiment horrible. »

Sonia : «  En soi, la canicule ne me fait pas peur, car je peux m’abriter.  » © Mathieu Génon / Reporterre

Nicole, 81 ans, a elle-même très chaud dans son logement. « Je n’ai pas de clim’ chez moi, juste un petit ventilo que je mets toute la nuit », indique cette ancienne professeure pour qui il est aberrant que « le gouvernement n’ait pas anticipé » ces épisodes caniculaires touchant en premier lieu « les milieux populaires ».

« Mais bon, je pense qu’il va falloir s’y faire : il y a déjà eu des vagues de chaleur terribles dans le passé, c’est cyclique. Ok il y a le réchauffement climatique mais je ne sais pas si nous, humains, nous avons la main sur la nature pour empêcher ce mouvement plus ou moins irrémédiable », ajoute-t-elle. Le changement climatique est pourtant largement d’origine anthropique et la vague de chaleur de juin est d’une « sévérité exceptionnelle » selon Météo-France.

Nicole juge aberrant que «  le gouvernement n’ait pas anticipé  » ces épisodes caniculaires. © Mathieu Génon / Reporterre

« Pour faire de l’audience, les médias instaurent une terreur nationale à propos du coût du pétrole ou de la canicule. D’accord, les Français ont chaud et il va y avoir malheureusement des morts [au moins 40 personnes sont mortes par noyade depuis le 18 juin]. Il faut en parler, mais autrement : il ne faut pas stresser les gens avec ça, d’autant que ce n’est pas la première fois que nous vivons ça ! » peste un retraité rencontré à la terrasse d’un bistrot et qui, tout en soulignant ne pas être expert du sujet, « doute un peu que le réchauffement climatique soit créé par les humains ».

Jean [*], jardinier pour la ville de Neuilly, est lui « effrayé » par l’épisode caniculaire en cours. « C’est super difficile de travailler. Je prends des médicaments pour la tension, et par moments je sens des palpitations donc je dois m’arrêter quelques minutes », explique-t-il, saluant tout de même le fait de bénéficier d’horaires aménagés et de recevoir des bouteilles d’eau de la part de la commune. À la fin de sa journée, le quinquagénaire lâchera le lourd tuyau lui servant à arroser les plantes et rentrera dans son petit appartement d’une autre ville des Hauts-de-Seine. Là-bas, la chaleur y est « étouffante ».

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