« Aller à la COP29, c’est légitimer les crimes de l’Azerbaïdjan sur les Arméniens »
Hommage à ceux tués lors des récentes guerres entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, au cimetière militaire de Yerablur à Erevan, en Arménie, le 28 janvier 2024. - © Anthony Pizzoferrato / Middle East Images / Middle East Images via AFP
Hommage à ceux tués lors des récentes guerres entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, au cimetière militaire de Yerablur à Erevan, en Arménie, le 28 janvier 2024. - © Anthony Pizzoferrato / Middle East Images / Middle East Images via AFP
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La COP29 débutera le 11 novembre en Azerbaïdjan, qui a envahi le Haut-Karabakh et torture les Arméniens, dénonce Anahit Akopian, du Comité de défense de la cause arménienne, qui appelle à un sursaut mondial.
Il y a un peu plus d’un an, l’indéboulonnable président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, scellait sa victoire face à l’Arménie. Au lendemain d’un blocus de dix mois, son armée avait envahi les territoires du Haut-Karabakh. Presque exclusivement d’origine arménienne et de confession chrétienne, les 120 000 habitants de cette petite enclave ont ainsi été poussés à l’exode.
Du 11 au 22 novembre, la capitale de ce pays du Caucase accueillera la 29e COP du climat. Dans cet entretien avec Reporterre, Anahit Akopian, présidente du Comité de défense de la cause arménienne, appelle à annuler d’urgence la tenue de ce rendez-vous. À ses yeux, se rendre à Bakou légitime les « atrocités » commises sur son peuple.
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La Franco-Arménienne dénonce en outre la torture subie par des prisonniers, à quelques kilomètres de la COP : « Comment peut-on accepter de participer à cette grande opération de greenwashing en sachant cela ? »
Reporterre — Le mécanisme des Nations unies pour choisir le pays hôte a été établi en décembre 2023. Autrement dit, moins de trois mois après que l’Azerbaïdjan ait envahi le Haut-Karabakh.
Anahita Akopian — L’Organisation des Nations unies (ONU) se discrédite elle-même. Elle met des bâtons dans ses propres roues. D’un côté, la Cour internationale de justice condamne l’Azerbaïdjan. De l’autre, un de ses organes lui offre une vitrine exceptionnelle. Cette dissonance est hallucinante. Dans tous les classements internationaux, comme ceux d’Amnesty International, l’Azerbaïdjan figure parmi les pires pays — à côté de la Corée du Nord — en matière de droits humains. Comment peut-on se plaindre que le droit international ne soit pas respecté, si l’on ouvre grands les bras à ces dictatures ?
Cette offensive de l’armée azerbaïdjanaise était-elle inédite ?
Non. En 2020, une première attaque a eu lieu dans le Haut-Karabakh. Des crimes terribles ont été commis sur les Arméniens. Emmanuel Macron lui-même a dénoncé l’envoi d’anciens mercenaires de l’État islamique, pour aider l’armée d’Ilham Aliyev [le président de l’Azerbaïdjan] au Haut-Karabakh. Les mêmes techniques de décapitation et de torture filmées que Daesh ont ainsi été utilisées. Il y avait là une réelle détermination à instaurer la terreur auprès de la population.
Deux ans plus tard, s’en est suivi le fameux blocus du corridor de Latchine [l’unique accès reliant le Haut-Karabakh au reste de l’Arménie]. L’armée azerbaïdjanaise a littéralement affamé les 120 000 personnes vivant là-bas, dix mois durant. Plus d’approvisionnement en nourriture, en médicaments, en gaz. Au début, les habitants ont tenu bon. À la fin, c’était devenu horrible. Une famine terrible. Le nombre de fausses couches augmentait en flèche. Des personnes mouraient d’anémie ou faute d’avoir de l’essence pour aller à l’hôpital.
Peu de temps après la levée du blocus, le 19 septembre 2023, une nouvelle offensive éclair a été menée par l’Azerbaïdjan. En vingt-quatre heures, les habitants ont capitulé, épuisés. Et presque tous ont fui, abandonnant les terres que leur peuple occupait depuis trois millénaires. Le crime parfait !
Où en est la situation aujourd’hui ?
Depuis, l’Azerbaïdjan continue d’effacer la présence des Arméniens dans le Haut-Karabakh. Les autorités font comme si ces personnes n’avaient jamais existé. Les églises sont détruites, le Parlement a été rasé, les cimetières profanés, les noms des rues modifiés.
« Ce peuple est déshumanisé au quotidien, de façon à justifier l’inimaginable »
Il ne s’agit pas là d’un conflit territorial. La haine à l’égard des Arméniens est sponsorisée par l’État. Il y a un « parc des trophées » pour enfants, à Bakou, où des poupées de cire mettent en scène des Arméniens en train de mourir, les traits défigurés et le nez crochu. Ce peuple est déshumanisé au quotidien, de façon à justifier l’inimaginable. Autrement, comment serait-il possible pour les soldats azerbaïdjanais de se filmer en train de décapiter un vieillard de 80 ans avec un couteau de cuisine ?
La délégation arménienne avait, elle aussi, déposé une candidature pour accueillir ce grand raout. Objectif : empêcher Bakou de s’emparer des projecteurs. Pourquoi l’a-t-elle finalement retiré ?
La position de l’Arménie est terriblement faible. Les calculs sont très simples. Ce pays compte moins de 3 millions d’habitants, face aux 10 millions d’Azerbaïdjanais et aux 85 millions de Turcs. Quant à son produit intérieur brut (PIB), il est aussi ridiculement inférieur à celui de ses voisins. Alors, dans une démarche de pacification, les autorités arméniennes cèdent le plus possible pour éviter d’être victime d’une autre offensive. Seulement, Aliyev n’a aucune envie de paix. Si aucune puissance internationale ne s’interpose, rien ne l’empêchera de poursuivre l’invasion de l’Arménie.
Grand nombre d’ONG se sont interrogées sur leur participation à la COP. À vos yeux, faut-il s’y rendre ?
Y aller, c’est légitimer l’Azerbaïdjan et les atrocités orchestrées par Aliyev. À chaque fois que ce dictateur a dit qu’il allait faire, il a fait. Aujourd’hui encore, il dit qu’il veut attaquer l’entièreté de l’Arménie. Alors, il le fera. Une fois la COP terminée, les projecteurs ne seront plus braqués sur l’Azerbaïdjan et leur armée attaquera notre pays. Il ne faudra pas être surpris.
« Le président sait qu’il peut tout dire. Il continue de violer les droits humains »
Par ailleurs, n’oublions pas que des Arméniens sont en ce moment même torturés dans des prisons situées à quelques kilomètres de la COP, à Bakou. Comment peut-on accepter de jouer le jeu de l’Azerbaïdjan et de participer à cette grande opération de greenwashing en sachant cela ? L’écologie et les droits humains sont intimement liés. L’un ne peut fonctionner si l’autre n’est pas respecté.
Pourquoi s’agit-il d’une opération de « greenwashing » ?
Aliyev ne s’en cache pas. Il a récemment déclaré qu’il continuera d’investir dans le « gaz donné par Dieu », « God-given gas ». Mukhtar Babayev, le président de la COP, est un ancien pétrolier et n’a cessé de défendre les intérêts des hydrocarbures à la précédente COP. L’écologie est juste une manière d’accueillir du beau monde chez soi et de mener une opération de greenwashing, pour s’assurer une certaine tranquillité ensuite.
Le choix de Dubaï comme ville hôte de la COP28 a été beaucoup critiqué, tant ce lieu est l’emblème de l’excès et du pétrole. Toutefois, il y avait peut-être une certaine logique : celle de pousser un mauvais élève vers le mieux. Pour l’Azerbaïdjan, l’équation est tout autre. Aliyev jouit d’un sentiment d’impunité. Il sait qu’il peut tout dire. Il continue de violer les droits humains. D’ailleurs, l’Azerbaïdjan a poussé l’ironie à son paroxysme en appelant cette COP29 « la COP de la paix ».
Qu’attendez-vous de la délégation française ?
Il faut a minima qu’elle demande la libération des otages et qu’elle obtienne la garantie que l’Azerbaïdjan ne commettra plus aucune attaque. Des dictateurs bien plus puissants que Aliyev sont déjà tombés. Je garde espoir qu’on lui fasse un jour face, et qu’il arrête enfin de se croire tout permis.