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Jardin sans pétrole

Au jardin sans pétrole, la bête à bon Dieu a volé jusqu’aux cieux

Profitant du redoux, les voraces coccinelles asiatiques sont de sortie. Voilà des années qu’elles ont pris la place des coccinelles indigènes, aux États-Unis comme en Europe, parmi lesquelles leurs sœurs à sept points.

Pas de chance ce matin, nous avons raté le train ! L’attente est longue sur le quai de la gare d’Austerlitz mais, avec le changement d’heure, nous avons une belle journée devant nous.

Au jardin, le temps s’est radouci et le soleil exacerbe les couleurs chatoyantes de l’automne. Je regrette d’être venue sans un carnet pour noter les plantes qu’il serait heureux de déplacer dans les prochaines semaines, comme cette jolie sauge grahamii blanche offerte par une amie, dont la touffe buissonnante va rapidement gêner les artichauts. J’ai aussi repéré des corolles naissantes d’onagre, une plante bisannuelle semée l’année dernière et qui en toute logique poussera au printemps prochain. Il y a partout des coccinelles dont nous assistons au vol groupé comme un escadron en patrouille.

La sauge grahamii blanche.

Rien à voir avec la coccinelle à sept points de mon enfance ! Ces coccinelles sont les adultes des larves lâchées dans les jardins et les champs pour dévorer les pucerons. Elles représentent l’espèce Harmonia axyridis, originaire d’Asie orientale et centrale et particulièrement vorace. Comme elle se reproduit facilement – c’est à dire à bas coût – en laboratoire, elle a été désignée comme l’agent n°1 de la lutte intégrée contre les pucerons. Les États-uniens ont été les premiers à l’envoyer au combat dans les serres mais aussi en plein champ dès les années soixante. À la fin des années quatre-vingt, elle s’était naturalisée et aujourd’hui, selon différentes études américaines, elle est la coccinelle dominante, souvent au dépend des espèces indigènes dont elle n’hésite pas à dévorer les larves quand elle n’a plus de pucerons à se mettre sous la dent !

La bestiole prend le large

Ces premières alertes n’ont pas fait reculer les Européens, qui ont commencé les lâcher de larves à la fin des années quatre-vingt. L’Institut national de recherche agronomique mène alors des essais dans les vergers du sud de la France et en Île-de-France contre le puceron du rosier et dans le nord de la France contre celui du houblon. En 1995, la production industrielle de la souche « bon voilier » est confiée à la société Biotop. Ni bio ni top ! Car la bestiole prend le large… Elle a, depuis, été remplacée dans les jardineries par une espèce sédentaire qui ne sait pas voler…

Dans le jardin, la jolie bête à bon Dieu a bel et bien volé jusqu’au cieux.

-  Pour apprendre à reconnaître les coccinelles et pour en savoir plus sur la coccinelle à sept points

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