Cachez cet « agro » que je ne saurais voir

Durée de lecture : 2 minutes

3 octobre 2013 / Camille Martin (Reporterre)

La décision de changer le terme de « biocarburant » en « agrocarburant » a été invalidée dans le circuit parlementaire. Finalement, il faut officiellement redire « biocarburant ». Bon. On aura beau se le répéter mille fois, « biocarburant, biocarburant, biocarburant »..., on aura toujours du mal à y croire.


En mai dernier, l’Assemblée nationale avait adopté à l’unanimité un amendement porté par le député Philippe Plisson, rapporteur au nom de la commission du Développement durable de la loi d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine du développement durable : cet amendement sur , concernant la dénomination des carburants d’origine agricole remplaçait dans les textes officiels le terme "biocarburants" par celui d’"agrocarburants".

Les défenseurs de ce changement sémantique soutenaient que l’appellation "biocarburants" peut prêter à confusion puisqu’elle fait fi, non seulement des intrants et des produits phytosanitaires utilisés pour la culture des plantes destinées à la production de carburants, mais aussi de la captation par cette culture de terres arables au détriment de la production de denrées agricoles.

Si, si, c’est "bio"...

Et bien il faut croire que ce ne sont pas là des critères suffisants pour disqualifier l’utilisation du terme "bio" à propos de ces carburants. Ils sont "bio" et le resteront ! Enfin, dans la législation française.

En effet, le changement de "bio" en "agro" voté à l’Assemblée, a été supprimé par la commission du développement durable du Sénat le 17 mai, la rapporteure Odette Herviaux n’y étant pas favorable.

Et lors du vote par le Sénat, le 3 juin dernier, sur cet amendement (article 27 A), Ronan Dantec a échoué à rétablir le terme « agrocarburant » dans la législation française.

« Ce n’est pas en changeant le mot que l’on réglera les problèmes mais en agissant, comme nous le faisons, ainsi qu’en témoignera notre réunion européenne du 18 juin sur le plafonnement du biodiesel dans le carburant conventionnel », avait alors plaidé Delphine Batho.

La commission mixte paritaire, qui opère la conciliation entre l’Assemblée nationale et le Sénat quand leurs avis divergent, a ensuite maintenu la suppression de l’amendement 27 A, ce qu’a confirmé l’Assemblée nationale le 2 juillet.

Le gouvernement français très favorable aux "agro"... euh, pardon... "biocarburants"

Certes, il ne s’agit là que de mots, mais ces mots cachent des réalités lourdes de conséquences. Et à voir l’attitude du gouvernement français à l’égard de ce type de carburants, on comprend qu’il tienne à leur appliquer un vernis écologique en les appelant "bio".

La France, deuxième producteur d’agrocarburants en Europe, plaide dans le débat européen pour conserver un volume élevé des agrocarburants (jusqu’à 7 % du volume total des carburants) et pour que la règle adoptée à l’égard des agrocarburants importés reste du plus grand flou.

La sauvegarde des intérêts agro-industriels et du secrétaire général de la FNSEA, Xavier Beulin, également président de Sofiprotéol, premier producteur d’agrocarburants, méritent qu’on ne laisse pas les mots introduire la critique.



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Source : Camille pour Reporterre.

Photo : Actu Environnement

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