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ReportageMonde

« Carrefour complice » : des militants écolos dénoncent les accords du groupe avec Israël

Une cinquantaine de personnes ont appelé au boycott de Carrefour, dans l'un de ses supermarchés du sud de Paris, le 17 février 2024.

Une cinquantaine de militants ont manifesté dans un Carrefour du sud de Paris, le 17 février, à l’appel d’Alternatiba Paris, Urgence Palestine et des Soulèvements de la Terre. Ils ont dénoncé ses accords commerciaux avec Israël.

Paris, reportage

Dans la matinée du 17 février, la vitrine de l’imposant centre commercial Carrefour étincelle sous le soleil du sud de Paris. Il est presque midi lorsque Gaïa [*] s’engouffre dans l’allée obscure de la galerie marchande. Activiste chez Alternatiba Paris, la jeune femme est venue soutenir l’action d’appel au boycott contre la marque Carrefour, aux côtés de militants d’Urgence Palestine et des Soulèvements de la Terre.

Dans les rayons, impossible de distinguer les activistes des nombreux clients. Les allées de produits suremballés sont parsemées de caddies. Discrètement, les activistes remplissent une vingtaine de chariots avec des cagettes d’avocats en provenance d’Israël et des paquets de la marque Carrefour. Ces produits ont été choisis en amont par les militants, pour incriminer directement l’enseigne Carrefour pour ses accords commerciaux avec l’État israélien. Le moment venu, les militants sortent des rayons par dizaines, la tonalité d’un porte-voix retentit, et l’action démarre.

« Arrêtez d’acheter, posez vos courses, sortez de ce magasin », exhorte YanMar [*], activiste porte-parole d’Urgence Palestine. « Carrefour est complice du génocide commis par Israël [au moins 30 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023]. Là où vous faites vos courses, il y a de l’argent directement versé dans les poches de l’armée israélienne », renchérit au micro Sasha Arfeuille, porte-parole d’Alternatiba Paris.

De la peinture rouge a été déposée sur certaines parties du magasin. © Alternatiba Paris

Une dizaine d’activistes de tous âges brandissent des drapeaux palestiniens et déroulent des banderoles : « Israël criminel, Carrefour complice. » Une dizaine d’autres attachent les caddies entre eux, scotchent des affiches et déversent des flaques de peinture rouge aux pieds des chariots.

« Grâce à votre argent, Carrefour s’implante sur les terres volées aux Palestiniens », explique YanMar. Elle mentionne un rapport publié par sept associations et syndicats, dénonçant la signature en 2022 d’un accord commercial de la marque avec deux entreprises israéliennes pour étendre la présence de franchises Carrefour au sein de ces territoires. « En plus de ça, ils nourrissent gratuitement l’armée israélienne, et en font de la pub », renchérit YanMar au microphone. Le 10 octobre dernier, la branche israélienne du groupe avait effectivement fait part de sa fierté de ravitailler gratuitement les militaires du Tsahal. « Cette oppression, cette colonisation, amène aussi à des écocides, à l’empoisonnement des terres, l’empoisonnement des eaux sur le long terme », souligne Sasha Arfeuille.

Au micro, il rappelle aussi l’implication de la grande marque de distribution dans la précarisation du monde agricole français. Malgré des bénéfices en hausse de 26 % en 2022, le géant de l’industrie agroalimentaire fait continuellement pression sur ses fournisseurs, obligeant les agriculteurs à baisser leurs prix et à vendre à perte. « On essaye de mettre en lumière le fait que Carrefour oppresse en Palestine par sa participation à la colonisation, à son soutien à la politique d’Israël, mais aussi en France, avec une politique agro-industrielle qui tue nos agriculteurs et nos agricultrices », ajoute Sasha Arfeuille.

« On ne va pas faire nos courses ici »

Dans les allées du magasin, l’attroupement attire les clients curieux. Certains s’arrêtent pour filmer et écouter, d’autres contournent le petit groupe d’un pas pressé. Un client se joint à eux pour entonner des slogans. Alors que les militants quittent le magasin, une femme interpelle Sasha. « Je lui ai expliqué les agissements de Carrefour. Elle a dit OK, bon ben les enfants, on ne va pas faire nos courses ici” », se réjouit l’activiste.

Sur le parking, le groupe se disperse rapidement. Les porte-parole d’Alternatiba et d’Urgence Palestine sont impatients de voir les retombées de leur action sur les réseaux sociaux. Organisée depuis un mois, cette action d’appel au boycott s’inscrit dans une mobilisation relayée dans différentes antennes régionales d’Alternatiba.

« Chez Alternatiba Paris, on constitue un mouvement pour la justice climatique, mais aussi pour la justice sociale. Si on peut mettre en lien les luttes, faisons-le », argumente Sasha Arfeuille. « Urgence Palestine croit très fort au boycott. C’est une arme puissante », renchérit YanMar.

Les associations espèrent que ces actions auront un impact conséquent pour médiatiser davantage la situation palestinienne, alors qu’une invasion terrestre menace actuellement Rafah, où plus de 1,4 million de Palestiniens sont actuellement réfugiés. « Tant que la situation ne change pas, il faut que le boycott de la marque aille jusqu’au bout », ajoute YanMar, avant de s’engouffrer dans une bouche de métro. Dans les prochaines semaines, les militants surveilleront avec assiduité les chiffres de fréquentation des magasins de la marque.

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