Ce n’est pas au Medef qu’il faut proposer un pacte de responsabilité… mais à la planète

19 février 2014 / Noël Mamère



Plutôt l’écologie que le patronat… c’est le chemin que ne prend pas le gouvernement. Et c’est la première chronique de Noël Mamère, invité par Reporterre.


Le 22 février, les écologistes, rassemblés au-delà de leurs querelles de chapelle, se retrouveront à Nantes pour une grande manifestation. Les travaux du projet d’aéroport de Notre Dame des Landes ont reçu le feu vert du préfet de Loire-Atlantique. Il a signé, en décembre, deux décrets mettant le projet en conformité avec les lois sur l’eau et la protection des espèces.

A trois semaines des élections municipales, ce rassemblement est un moment politique important. Le gouvernement Ayrault s’obstine et ne comprend toujours pas le message des opposants qu’ils soient paysans et riverains, jeunes et occupants de la « Zone à Défendre » ou élus locaux. Le message de ce nouveau Larzac est pourtant aussi fort que l’ancien. Si les écologistes réussissent à sauver les terres agricoles et l’écosystème de Notre-Dame-des-landes, un rapport de force nouveau s’installera, tant au niveau français qu’européen. Il représentera un signe fort contre ces monstruosités écologiques que sont les « éléphants blancs » du XXIe siècle : les Grands Projets Inutiles et Imposés.

Il faut en finir avec les "éléphants blancs"

- L’aéroport vide de Ciudad Real -

Pourquoi construire un aéroport de plus quand on sait que nombre de ceux déjà construits ne servent à rien ou presque ? Les exemples de la France et de l’Espagne sont probants. En France, les aéroports d’Angers, de Lorraine, de Tours, (pour ne choisir que ceux dont la configuration ressemblerait à NDDL ) ont un taux de fréquentation, soit ridicule (10 % à Angers), soit impliquant un déficit structurel. Ils sont concurrencés par des lignes TGV, qui permettent de rallier Paris en deux ou trois heures maximum. A l’instar de l’aéroport de Tours, leur survie va dépendre des subventions des collectivités locales aux compagnies low-cost, telle Ryan Air, qui reçoit 45 euros du contribuable par passager.

En Espagne, qui compte proportionnellement le plus grand nombre d’aéroports commerciaux de toute l’Europe (48 publics et 2 privés), une dizaine d’entre eux sont vides aujourd’hui. L’aéroport de Castellon (communauté de Valence) a coûté quelque 150 millions d’euros et ne dispose toujours pas des licences lui permettant d’accueillir des vols. Construit au milieu d’une plaine désertique, à 200 kilomètre de Madrid, l’aéroport international de Ciudad real a été mis en service en 2008. Prévu pour accueillir 4 millions de passagers par an, il en a vu passer... 100 000 en quatre ans ! Ces aéroports fantômes avaient été conçus dans la période de la bulle spéculative immobilière. Quand elle a explosé, ils se sont effondrés eux aussi.

En Turquie, le premier ministre Erdogan tente de passer en force pour exiger la construction du « plus grand aéroport du monde », à Istanbul. Pour un coût estimé à 22 milliards d’euros, ce projet de troisième aéroport est situé au beau milieu d’une forêt, sur deux sources d’eau qui contribuent à alimenter la capitale économique de la Turquie.

La coopération plutôt que la métropolisation

La question de Notre-Dame-des-landes ne se réduit pas à la protection nécessaire de la biodiversité, ni à la défense des terres agricoles. Elle pose des problèmes d’aménagement du territoire et de mode de développement. Le néolibéralisme met les villes en compétition pour qu’elles deviennent des métropoles capables d’attirer l’investissement. Au lieu de construire de la coopération et un patrimoine commun, les élus se vivent en concurrence sur un marché international des transports lui-même vicié par le low-cost, mirage éphémère qui accroit la dépendance des villes à quelques compagnies privées, peu soucieuses du bien public. Veut-on renforcer l’emprise de ces compagnies, à la recherche de la moindre part de marché, qui économisent dans tous les domaines y compris ceux de la sécurité ? Veut-on un monde accro au C02 ?

Ce n’est pas au Medef qu’il faut proposer un pacte de responsabilité, mais à la planète : Comment arrêter le gaspillage des dépenses publiques pour des projets inutiles, coûteux et destructeurs de l’environnement et de la biodiversité ? Comment imaginer un monde où les territoires, les entreprises, les usagers coopèrent, pour en finir avec l’économie carbonée et rester ouverts au reste du monde ? On est loin du projet de Vinci et des barons socialistes de Loire-Atlantique ! Raison de plus pour le combattre avec l’énergie des causes justes.




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Source : Noël Mamère pour Reporterre.

Photos :
. dessin de Mandryka
- Aéroport de Ciudad Real : Wikipedia.


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