Chronique du jardin sans pétrole - En France, la tomate est fille de la Révolution

Durée de lecture : 3 minutes

4 avril 2015 / Christine Laurent (Reporterre)



Nous voici encore coincés à Paris ce week-end. Cette fois c’est moi qui suis grippée ! Dans nos corps fragilisés par la pollution de l’air, les virus attaquent le nez et la gorge avec plus de facilité. Comme dans le jardin quand les racines poussent dans un sol affaibli par les pesticides.

Je prends des nouvelles des semis. Les graines des choux, de rhubarbe et de salade sortent tant bien que mal sur le balcon filant de notre amie Manolita, peinant un peu au soleil du nord.

En revanche, les semis tomates noires de Crimée derrière les baies vitrées des Etoiles de Renaudie à Ivry-sur-Seine sont magnifiques (voir précédente chronique). A ma satisfaction, s’ajoute le plaisir de mon amie Nelly : « C’est magique de voir toutes ces graines se mettre à pousser ».

Magique et mystérieux. Dans la nature, les graines peuvent rester des années en dormance dans le sol jusqu’à ce que la température, l’humidité, la composition ou la structure de la terre leur soit favorable. Sans le long travail d’acclimatation et de sélection des semences par les hommes, les tomates ne pousseraient pas sous nos latitudes.

Leur centre d’origine se situe en Amérique du Sud, sur le versant ouest du continent, dans un territoire allant du sud de la Colombie au nord du Chili, des contreforts des Andes à la côte du Pacifique. Sa forme sauvage cultivée est une tomate cerise Lycopersicon esculentum, var. cerasiforme, que les Aztèques ont été les premiers à domestiquer.

Quelques-uns de ces plants ont traversé l’Atlantique à bord de galions espagnols et ont conquis les jardins du sud de l’Europe. En France, la culture de la tomate a encore attendu 200 ans, car appartenant à la famille de Solanacées dans laquelle se trouve la terrible Mandragore, elle inspirait la peur et les gens n’en voulaient pas.

Les révolutionnaires méditerranéens « montés » à Paris auraient contribué à sa consommation, lesquels la réclamaient aux aubergistes ! Depuis la Révolution française, période durant laquelle on ne connaissait qu’une variété surnommée « pomme d’amour », elle s’est largement diversifiée. Plus de 120 variétés sont disponibles aujourd’hui pour les jardiniers amateurs.

Reste que dans l’Essonne, à l’air libre et avec une attention hebdomadaire, c’est une gageure que de parvenir à déguster des tomates. Il y a deux ans, nous en avons eu quelques-unes, mais l’an dernier, le mildiou (un genre de champignon) a tout détruit. Cette année nous allons tenter une combinaison de plantes à partir de tomates, concombres, œillets d’Inde et choux. Et mettre à profit la lecture d’un nouveau livre de Claude Aubert, spécialiste pratiquant des associations de plantes qui vient de publier chez Terre vivante un livre pratique J’associe mes cultures et ça marche !

Son livre s’appuie sur les recherches scientifiques menées par le mouvement biodynamique et expérimentées depuis plus de soixante ans. Les associations de plantes présentent quatre avantages, explique Aubert. Elles permettent de réduire les attaques de ravageurs et de maladies, de produire davantage, de mieux contrôler les herbes indésirables et ont un effet esthétique indéniable.

J’ajoute qu’elles cultivent chez le jardiner la fibre expérimentale car une fois à l’aise avec « les 25 mariages clés en main » que l’auteur présente de façon très didactique, le jardinier pourra à son tour tester d’autres associations pour d’autres bonnes raisons, comme celle de gagner de la place !





Lire aussi : Chronique du jardin sans pétrole - Du grand bonheur de nommer les fleurs

Source : Christine Laurent pour Reporterre

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