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Danger de l’ammonitrate à Ottmarsheim : la coopérative et la préfecture restent dans le flou

Durée de lecture : 4 minutes

25 septembre 2018 / Moran Kerinec (Reporterre)

Quelques jours après les révélations de Reporterre sur les non-conformités du stockage d’ammonitrate de la Coopérative agricole de céréales d’Ottmarsheim, ses gérants ont convié des journalistes à visiter le site. L’opération de communication n’a pas convaincu les invités.

À la suite de nos révélations du 18 septembre, la Coopérative agricole de céréales (CAC) d’Ottmarsheim (Haut-Rhin) a tenté un exercice de transparence vendredi 21 septembre, en invitant quelques médias locaux sur le site de la coopérative. « J’ai souhaité faire le point sur une information qui a semé le doute et le trouble dans les esprits des riverains, des coopérants et des salariés », a expliqué aux journalistes présents Jean-Michel Habig, le président de la CAC. Reporterre n’avait pas été invité.

Mais cette visite n’a pas réussi à convaincre le journaliste du quotidien régional L’Alsace, présent sur place : « Les 2,5 tonnes d’ammonitrate annoncées quelques minutes plus tôt par la direction se réduisent étrangement à un tas minuscule, couvert de plumes de pigeons, au fond d’une seule cellule… comme si l’ammonitrate avait pris la clé des champs à notre approche », écrit Olivier Brégeard.

Concernant les non-conformités, le responsable de la sécurité du site a tenté de rassurer ses invités en signalant la mise en place récente à côté des cases d’ammonitrate d’un coffret contenant les lances à incendie, qui étaient auparavant rangées le long du silo à grains. Interrogé par le journaliste de L’Alsace sur les autres non-conformités mises en évidence par le lanceur d’alerte dans Reporterre, le directeur de la CAC, Jean-Marc Schacherer, s’agace et coupe court à la conversation, faute d’avoir « les documents sur lui » et invoquant « les limites de sa mémoire ». Pourtant, toutes les questions pendantes avaient été évoquées dans l’enquête de Reporterre publiée le 18 septembre dernier.

Autre point qui met en doute la sécurité du site, le photographe de L’Alsace, Jean-François Frey, a réussi, deux jours avant cette opération de transparence, à pénétrer sur le site d’Ottmarsheim sans être interpellé par qui que ce soit. « Le stock d’ammonitrate s’avère donc à la portée de n’importe qui, a fortiori de n’importe quel individu décidé à commettre un acte malveillant. »

Des réponses « perdues » par la préfecture

Dans une autre tentative de noyer le poisson, certains acteurs de l’affaire de la coopérative d’Ottmarsheim ont fait valoir, après les révélations de Reporterre, que l’ammonitrate 27 % — également nommé CAN 27 — stocké à la CAC d’Ottmarsheim ne présentait pas de caractère détonant, contrairement à l’ammonitrate 33 %. Reporterre était bien au fait de cet argument, mais n’en a pas fait état dans son article pour une raison simple : deux des fabricants de ce produit sensible, Boréalis et Seco Fertilisants, précisent dans leurs fiches de données de sécurité que l’ammonitrate 27 % comporte un « risque d’explosion si le produit est chauffé en ambiance confinée, en particulier s’il est contaminé par des matières incompatibles ». Un danger corroboré par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans un courrier du 24 juillet 2018 destiné au lanceur d’alerte qui a révélé cette affaire. Cette défense ayant déjà été battue en brèche bien avant la publication de notre 1er volet consacré à la Coopérative d’Ottmarsheim, il ne paraissait pas nécessaire de rappeler un fait logique et facilement démontrable.

Du côté de la préfecture du Haut-Rhin, la transparence est encore très incertaine. La préfecture prétend que les documents de l’inspection récente de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) à la Coopérative d’Ottmarsheim sont disponibles au public, comme les règlements l’exigent. Mais mardi 24 septembre, lors de la finalisation de cette article, elle n’avait toujours pas indiqué à Reporterre à quel bureau ils pouvaient être consultés, malgré nos demandes répétées depuis le 17 septembre.

Actualisation - 25 septembre, 14 h - La préfecture nous a envoyé un courriel indiquant comment les citoyens peuvent enfin consulter les rapports de la Dreal concernant la CAC d’Ottmarsheim : « Les rapports de l’inspection des installations classées sont consultables au bureau des enquêtes publiques et des installations classées (BEPIC) de la préfecture du Haut-Rhin, sur prise de rendez-vous préalable. Il vous suffit d’envoyer votre demande à l’adresse suivante : pref-bepic@haut-rhin.gouv.fr . Les modalités pratiques de consultation vous seront précisées par les agents du BEPIC lors de votre prise de rendez-vous. »

Pas davantage de réponses aux questions envoyées par Reporterre à la Dreal Grand Est le 20 août 2018. Des réponses auraient été transmises à la préfecture du Haut-Rhin le 29 août, pour que celle-ci nous les envoie, mais elles auraient été « perdues ». La Dreal a renvoyé les réponses à la préfecture le 13 septembre, mais cette dernière n’a toujours rien envoyé au quotidien de l’écologie.


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Lire aussi : Un lanceur d’alerte révèle un grave danger d’explosion d’un site industriel en Alsace

Source : Moran Kerinec pour Reporterre

Dessin : © Tommy/Reporterre

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