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Danielle Simonnet emprunte la conférence gesticulée pour renouveler la parole politique

11 novembre 2016 / Barnabé Binctin et Lorène Lavocat (Reporterre)



Il y a une intrigue, du militantisme et des slogans, de l’humour… Pour réinventer la réunion politique et faire passer ses idées, Danièle Simonnet, élue du Parti de gauche, monte sur les planches dimanche 13 novembre pour une « conférence gesticulée » intitulée « Uber, les salauds et mes ovaires ».

Robe et rouge à lèvres assortis aux couleurs du parti, Danielle Simonnet déboule avec énergie sur la scène du théâtre Clavel, à Paris. « Quand j’étais petite, j’avais le vœu récurrent que les enfants d’Afrique arrêtent de mourir de faim. » Depuis, la coordinatrice du Parti de gauche a grandi, et les expériences ont laissé des traces : « Ce n’est pas avec un vœu au conseil de Paris que l’on atteint un tel objectif. » Les vœux laissent place aux aveux, le ton est donné.

Mais n’allez pas la croire désabusée, « Danette la mitraillette » — surnom que lui donnaient ses camarades de l’Unef (Union nationale des étudiants de France). Pendant une heure et demie, elle nous embarque à 100 à l’heure dans sa vie de femme politique. Avec la fin de quelques illusions et la triste réalité politicienne, certes, mais aussi et surtout des combats à défendre, inlassablement. L’un de ceux qui ont accaparé la seule élue du Parti de gauche au conseil de Paris ces derniers mois, c’est celui des taxis.

« C’est tout moi, m’occuper des luttes dont tout le monde se fout », ironise-t-elle. Pourtant, elle en est convaincue, l’« ubérisation » de la société rime avec paupérisation. Un concentré de maux, le parfait contre-modèle : optimisation fiscale et travailleurs sans droits, c’est l’effondrement de tout un système de protection qui nous guette. « On organise un suicide social collectif. »

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« C’est tout moi, m’occuper des luttes dont tout le monde se fout ! »

À travers le récit de ses manifestations aux côtés des chauffeurs de taxi, épinglées sur une carte de Paris devant nos yeux, c’est une histoire des premiers mois politiques de 2016 qui est racontée : loi Travail, Nuit debout, Brexit… En fil rouge, des verres en plastique écrasés puis jetés, comme métaphore des sacrifiés de ce nouveau dumping social. Une occasion toute trouvée pour confirmer la conversion verte opérée par les proches de Jean-Luc Mélenchon : « Des gobelets en plastique ? Mais je suis écolo, moi ! lâche-t-elle au bout de cinq minutes sur scène. Vous savez qu’on consomme 5 millions de gobelets de plastique par an, et que, si on les additionnait tous, cela ferait 25 fois la hauteur de la tour Eiffel ! »

Mais le message qui passe le mieux, finalement, c’est celui de son combat de femme politique, qui est aussi mère de famille. Quand elle tacle ses confrères élus qui, tel M. Jourdain, font du machisme sans le savoir. Quand elle fait répéter à toute la salle qu’elle a quand même des « ovaires ba-lè-zes ! » Ou quand elle pousse la chansonnette pour parodier France Gall et son « Résiste / Prouve que tu existes ».

Le monde de l’oligarchie n’est jamais si grand

Qu’est-ce donc que ce spectacle ? Un « one-woman-show », nous dit-on. Il y a une intrigue comme au théâtre, du militantisme et des slogans comme en meeting, et de l’humour digne d’un sketch où se rencontreraient le bouillonnement de Guy Bedos et la vulgarité de Jean-Marie Bigard. Le tout nourri d’anecdotes personnelles : c’est le principe de la conférence gesticulée, l’exercice tel qu’il est présenté par l’élue parisienne. « Il s’agit d’une forme scénique mélangeant du savoir froid sur un sujet, les histoires de vie des “conférenciers gesticulants” par rapport à ce sujet, de l’humour et de l’autodérision, et un atterrissage politique », peut-on lire en guise de définition sur le site du Pavé, une Scoop à l’origine du concept.

Un outil d’éducation populaire, qui remplit plutôt bien sa mission didactique : on y apprend que Grégoire Kopp, le directeur de la communication d’Uber, sort tout droit de l’équipe du secrétaire d’État… aux Transports, Alain Vidalies, dont il était directeur du cabinet. Le monde de l’oligarchie n’est jamais si grand, nous rappelle Danielle Simonnet, qui s’en prend aussi à Hillary Clinton et à ses relations avec le cimentier Lafarge, aujourd’hui accusé de financer Daech en Syrie.

Les spectateurs pardonnent volontiers les quelques trous de mémoire et le recours aux fiches, le ton parfois un peu surjoué et les excès de sentimentalisme. On peut certes regretter ces moments d’esclandre trop caricaturaux, presque attendus, où la démagogie prend le pas sur le fil de l’argumentation. L’essentiel est ailleurs : on sort convaincu de la justesse du combat mené, et plus encore de la nécessité de renouveler la parole politique. A l’heure où vont désormais s’enchaîner les débats télé et les primaires politiques, le contraste était saisissant sur les planches, où le caméléon Danielle Simmonet a réussi une belle performance politique.


Écoutez la réaction de Jean-Luc Mélenchon à la sortie du spectacle :

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Jean-Luc Mélenchon.

  • Prochaine date : Uber, les salauds et mes ovaires, dimanche 13 novembre 2016, à 20 h 30 au Théatre Clavel, 3 rue Clavel, 75019 Paris.



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Lire aussi : Ils ne croient plus à la politique des partis et des urnes

Source : Barnabé Binctin et Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Télé de Gauche Paris



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