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ReportageClimat

Dans les Alpes, le coût d’entretien des routes explose à cause du changement climatique

Les coûteux travaux de réparation des routes, comme ici la RD 900, sont amenés à se multiplier à cause du changement climatique.

L’intensification des intempéries causé par le dérèglement climatique entraîne des dégâts toujours plus importants sur les routes de montagne. Dans les Alpes, de nombreuses collectivités font face à des coûts qui explosent.

Vallée de l’Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence), reportage

Au bord de la route départementale 900, un tas de boue et de pierre git comme une vague fossilisée, surplombant la chaussée. Sa hauteur donne une idée de l’épaisseur des laves torrentielles qui ont déferlé sur le bitume, le 28 août. Ce jour-là, de violents orages ont frappé la vallée de l’Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence.

Quatre coulées de boue ont interrompu la circulation sur deux routes départementales. Une cinquantaine d’habitants ont été évacués, des dizaines de personnels mobilisés, et la totalité des cols de la vallée fermés à la circulation « à titre préventif ».

« D’une ampleur exceptionnelle » pour le sous-préfet, Pierre-Henri Vray, cet épisode est pourtant devenu tristement banal dans les Alpes-de-Haute-Provence. Rendus plus intenses par le dérèglement climatique, les orages sont souvent synonymes de catastrophe sur les routes. Avec, à la clé, des frais colossaux pour les collectivités.

Des dégâts à répétition

Le 2 septembre, alors que la présidente du Département, Éliane Barreille, vient constater l’ampleur des dégâts causés par les orages du 28 août, les élus locaux sont encore sous le choc. « Une voiture aurait pu être emportée », estime Hélène Garcier, maire de Faucon-de-Barcelonnette, où le torrent a submergé un pont sur la RD 900, et failli inonder des maisons.

L’élue n’en est pas à sa première frayeur. En octobre 2024, le même pont avait subi des dégâts identiques. Quelques mois plus tard, en juillet 2025, la RD 900 avait été coupée à deux reprises en deux jours par des coulées de boue, à quelques kilomètres de là.

« Les laves torrentielles, c’est imprévisible, commente un technicien de l’intercommunalité. On savait qu’il allait beaucoup pleuvoir, mais les précipitations ont été beaucoup plus localisées que prévu. Sur deux torrents à quelques kilomètres d’écart, l’un peut déborder alors que l’autre ne va rien donner. »

Loin d’être une anomalie, ces incidents illustrent l’effet du dérèglement climatique en montagne. Selon le centre de ressources pour l’adaptation au changement climatique, la durée de vie des infrastructures routières y a déjà baissé de 30 à 50 %, à cause des conditions climatiques. Le coût de ces dommages, lui, devrait être multiplié par six d’ici à 2050.

La RD 900 a plusieurs fois été touchées par les conséquences de grosses précipitations ces dernières années. © Lyse Mauvais / Reporterre

Pour le Département, les conséquences budgétaires sont significatives. En décembre 2023, d’autres intempéries ont ravagé l’Ubaye et la vallée voisine du Haut-Verdon, causant des dégâts estimés à 15 millions d’euros. La RD 908, qui relie ces deux vallées en passant par le col d’Allos, avait alors fermé pendant dix-huit mois. Les villages d’Allos (800 habitants) et de Barcelonnette (2 500 habitants), situés à 1 heure de voiture, se retrouvent à 2 h 40 de route.

Si la RD 908 a fini par rouvrir, elle reste menacée par un glissement de terrain profond, qui nécessitera de nouveaux travaux — en plus des 6,4 millions d’euros déjà dépensés pour rouvrir le col.

« On a un peu peur de l’addition qui va nous être présentée »

« On a un peu peur de l’addition qui va nous être présentée », confie un technicien du Département. Et pour cause : avec 7 000 km² pour moins de 170 000 habitants, les Alpes-de-Haute-Provence sont à la fois le département le plus grand de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et le moins peuplé. Les routes sont le deuxième poste budgétaire départemental, après les aides sociales.

En 2024, 36,5 millions d’euros y ont été consacrés, soit 28 % du budget d’investissement. Auxquels sont venus s’ajouter 15 millions d’euros de dépenses de fonctionnement, largement consacrés à réparer les dégâts de décembre 2023.

Un budget bientôt trop lourd pour les collectivités ?

Certes, l’État a alloué environ 15 millions d’euros aux Alpes-de-Haute-Provence, et 20 millions aux Hautes-Alpes, pour les aider après les intempéries de 2023. Mais la question se pose de savoir jusqu’à quand les collectivités pourront assumer les réparations, surtout sur des petites routes ne desservant parfois que quelques centaines d’habitants.

Un dilemme qui touche aussi d’autres territoires de montagne, comme la Savoie, où le budget consacré aux routes a doublé en dix ans. « Aujourd’hui, nous suivons plutôt bien […] puisque pendant les deux premières années du mandat, on s’est désendettés pour pouvoir réaliser des gros travaux, déclarait Éliane Barreille au journal La Provence le 2 septembre. Mais c’est vrai que si tous les ans, on se retrouve avec 15 millions de travaux, le problème va se poser. »

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