Deux visions, deux visages : Les Écologistes vont désigner leur candidat pour la primaire de la gauche
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, et Waleed Mouhali, conseiller municipal d’opposition dans les Hauts-de-Seine. - Montage Reporterre. © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP et Waleed Mouhali
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, et Waleed Mouhali, conseiller municipal d’opposition dans les Hauts-de-Seine. - Montage Reporterre. © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP et Waleed Mouhali
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Les Écologistes vont désigner la personne qui les représentera lors de la potentielle primaire de la gauche, prévue à l’automne 2026. La cheffe du parti et grande favorite, Marine Tondelier, affrontera l’outsider Waleed Mouhali, qui l’incite à clarifier sa ligne politique.
Elle a bien failli être la seule candidate. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, se présente au scrutin interne de son parti, qui débute le 5 décembre et s’achève le 8 décembre. Il permettra de désigner la personne qui représentera les Verts à la potentielle primaire de la gauche, prévue à l’automne 2026. Si Marine Tondelier est quasiment sûre d’être élue, elle devra tout de même affronter un adversaire imprévu : Waleed Mouhali, enseignant-chercheur en physique et conseiller municipal d’opposition à La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine).
« Ma candidature a surpris beaucoup de camarades écologistes », reconnaît l’homme de 46 ans. Waleed Mouhali est adhérent du parti depuis 2020, et n’a pas du tout la même notoriété que la cheffe des Écologistes. C’est en découvrant la candidature de Marine Tondelier — annoncée en grande pompe dans une interview publiée dans Le Nouvel Obs, puis au journal de 20 Heures de TF1, cinq jours avant la fin du dépôt des parrainages — qu’il a choisi de se lancer lui aussi.
« Avec beaucoup de militants écologistes, on a trouvé étrange que Marine Tondelier aille sur TF1 se déclarer candidate à l’élection présidentielle et qu’elle enjambe en quelque sorte le dispositif mis en place [la désignation interne du parti]. Même si elle était la seule prévue à ce vote, elle aurait dû respecter le timing [la fin du dépôt des parrainages] », estime-t-il.
De son côté, Marine Tondelier justifie avoir déclaré sa candidature sur TF1 car les journalistes cherchaient une « exclusivité » et ne l’auraient pas reçue sur le plateau après le résultat de la désignation interne le 8 décembre. « Mon travail de secrétaire nationale de parti, et de future candidate à la présidentielle, je l’espère, c’est aussi d’accepter les règles du jeu, même si elles nous contrarient et qu’on veut les changer, dit-elle à Reporterre, soulignant que ce journal télévisé est regardé par 6 millions de téléspectateurs. Si on veut vraiment pénétrer le foyer des Français, il faut accepter de se plier à ces exercices-là. »
Accusations de manque de fond
Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, Marine Tondelier s’est clairement fait une place dans le paysage politique français. Toujours vêtue d’une veste verte archireconnaissable, prête à mitrailler ses adversaires politiques de punchlines et d’anecdotes incessantes, elle est devenue un personnage apprécié par le grand public, symbole d’une volonté de réunir tous les pans de la gauche pour combattre l’extrême droite (même si les Verts avaient fait cavalier seul lors des élections européennes). Mais cette volonté de faire l’union s’accompagne parfois d’accusations de « manque de fond ». D’où la volonté de Waleed Mouhali de venir la challenger.
« Il y a une non-visibilité de ce qu’elle souhaite défendre, dénonce-t-il. Quelle écologie souhaite-t-elle incarner dans la future primaire de la gauche ? Les gens ne comprennent pas forcément les thèmes que met en avant Marine Tondelier, ni comment elle va les décliner en propositions. » Déjà, lorsqu’elle avait remis en jeu sa place à la tête du parti, en avril, plusieurs voix dissidentes avaient émergé. « Pour convaincre les gens, il faut avoir un programme clair, il faut savoir l’expliquer », critiquait par exemple Harmonie Lecerf Meunier, qui s’était présentée contre Marine Tondelier.
Pour Marine Tondelier, « il y a une grande forme de sexisme, de paternalisme »
Des accusations qui commencent à agacer l’intéressée. « La petite musique de “Tondelier est sympa mais elle n’a pas de fond”, ça va bien quoi, balaie-t-elle. C’est quoi le problème ? Que je sois une femme, que je sois jeune [Marine Tondelier a 39 ans], que je sois écologiste, que je sois du Pas-de-Calais ? Il y a une grande forme de sexisme, de paternalisme, de mépris aussi derrière tout ça, de personnes qui ont la critique facile. » Elle ajoute : « Je pense que tout le monde voit bien à quel point je travaille depuis des années. L’écologie politique, ce n’est pas que de la théorie, c’est aussi de la pratique, c’est être sur le terrain. »
Une écologie qui tend la main, ou est en rupture
Dans son livre, Demain, si tout va bien..., publié début octobre, elle plaide pour « une écologie qui tend la main plutôt qu’elle ne pointe du doigt ». Ses premières mesures phares ? La mise en place d’un « bouclier social et environnemental », qui inclurait « les trois postes de dépenses les plus importants dans le budget des Français » : les transports, le logement et l’alimentation. Elle aimerait ainsi mettre en place un abonnement à tarif unique qui permette d’accéder à tous les transports en commun de ce pays ; une incitation à changer de véhicule par le rétrofit ; la rénovation thermique des logements ; l’encadrement des loyers dans les grandes villes ou encore la Sécurité sociale de l’alimentation à grande échelle.
Selon Waleed Mouhali, la vision de Marine Tondelier est « une écologie qui va s’adresser au quotidien des gens, ce qui est très important, mais ce n’est pas une écologie qui va remettre en cause ce modèle économique et social qui est globalement à bout de souffle ». Lui se revendique d’une « écologie politique de rupture » avec la « société de consommation et toutes ses conséquences », et plaide pour une « société post-croissante ». S’il défend des choses similaires à Marine Tondelier — comme la Sécurité sociale alimentaire —, il insiste sur le besoin de sonder les territoires pour fabriquer un programme.
Pour Waleed Mouhali, la société doit être « post-croissante »
Il souhaiterait ainsi mettre en place, s’il était désigné, un outil de démocratie participative « sur le modèle de ce qui a été fait pendant la campagne présidentielle de Benoît Hamon en 2017 », pour faire remonter des idées, région par région, et aboutir à un projet présidentiel clair, « qui correspond à différentes façons de vivre en France : quand on vit en ruralité, dans des quartiers dits populaires, près des littoraux, dans d’anciens bassins miniers... » Une nouvelle désignation aurait ensuite lieu pour choisir la personne la plus à même de porter ce projet dans la primaire de la gauche et la campagne présidentielle. « Il faut d’abord défendre un projet avant de défendre une incarnation », estime-t-il.
De son côté, Marine Tondelier pense que ce travail, s’il est souhaitable, n’est pas tenable dans les délais impartis entre les élections municipales, la préparation de la primaire de la gauche et l’élection présidentielle. Elle rappelle toutefois que le Conseil fédéral des Écologistes travaille actuellement à la mise en ligne d’une plateforme programmatique, « avec plus de 500 propositions concrètes et concertées avec les parlementaires et les commissions du mouvement », qui sera mise en consultation du grand public dans les prochaines semaines.
Nécessité d’une primaire
Si les deux candidats présentent quelques divergences dans leur approche, ils se rejoignent en tout cas sur la nécessité de participer à une grande primaire de la gauche, pour questionner chaque parti sur sa vision de l’écologie.
Une position contraire à celle de la députée Delphine Batho (Génération Écologie), qui a annoncé le 25 novembre être candidate à l’élection présidentielle… mais sans passer par la case primaire, pour ne pas « acter », selon elle, la « disparition » de l’écologie au premier tour. « La disparition de l’écologie sera tout aussi équivalente si on fait moins de 5 % à l’élection présidentielle », répond Waleed Mouhali.
« J’avoue que je suis surprise qu’elle ne croie pas en nous, dit Marine Tondelier. [Delphine Batho] a l’air de considérer que l’écologie ne peut pas gagner cette primaire de la gauche et des Écologistes. Je trouve ça défaitiste et je ne comprends pas son raisonnement : si on n’est pas capable de gagner la primaire, c’est qu’on n’est pas capable de gagner la présidentielle. »