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Édito — Grèce

EDITO - La priorité politique de la Grèce est de desserrer l’étau de la dette

Syriza a surpris en s’alliant avec un parti souverainiste plutôt qu’avec un parti libéral. Mais c’est que la priorité absolue pour redonner de l’air au pays est de se libérer du poids d’une dette injuste. Il faut donc être ferme dans la discussion avec Bruxelles.

Dimanche soir, Syriza, et son jeune leader Alexis Tsípras, incarnaient l’espoir. L’espoir d’une alternative face à la politique néo-libérale de la troïka ; l’espoir que les peuples européens puissent reprendre leur destin en main face au fatalisme de la crise ; l’espoir d’une nouvelle génération au pouvoir, face à la corruption et à l’oligarchie ; l’espoir d’une réponse à la pauvreté, aux inégalités, à la catastrophe sociale qui se poursuit en Grèce ; l’espoir – peut-être - d’un renouveau politique qui intégrerait la question écologique.

Puis, lundi en fin de matinée, l’espoir est tombé d’une marche : on apprend que Syriza fait alliance avec un petit parti de la droite souverainiste, les Grecs indépendants. Certes, Alexis Tsípras l’avait déjà laissé entendre pendant la campagne. Certes, il fallait bien faire alliance puisqu’il manque deux sièges à Syriza pour avoir la majorité absolue au Parlement. Mais c’est un peu comme si Mélenchon formait un gouvernement avec Nicolas Dupont-Aignan.

Un choix qui fait mal aux mouvements de gauche qui s’étaient rassemblés derrière Syriza, tel que le Parti de gauche, Parti communiste, Europe Écologie Les Verts, et quelques frondeurs du PS en France. Alors qu’ils avaient trouvé à travers ce soutien un élan commun, voici que le nouvel héros choisit de s’allier avec un parti de la droite dure…

Alexis Tsípras avait un autre allié possible : To Potami, « la rivière » en grec, étiqueté centriste. Lui aussi prône un profond renouveau de la classe politique en Grèce. Mais il est pro-européen et proche de la vision néo-libérale de la troïka. To Potami n’était pas compatible avec la rupture voulue par Tsípras.

A travers cette alliance - que certains qualifient déjà de « contre-nature » - Syriza affirme sa priorité : dire non à l’austérité, seul dénominateur commun avec le parti des Grecs indépendants. Et redéfinit le clivage politique : le refus des politiques européennes néo-libérales compte plus que les étiquettes surannées de la gauche et de la droite.

Attendons de voir avant de condamner. Alexis Tsípras engage de sévères négociations avec les créanciers de la Grèce. C’est le premier dirigeant européen, qui plus est d’un petit pays, qui engage un rapport de force avec les responsables de la troïka. Et objectivement, c’est là qu’est la priorité : se dégager de la pression étouffante du dogme néo-libéral et de la pression d’une dette injuste.

La victoire de Syriza, en Grèce, est aussi celle d’un peuple qui a refusé de remettre les partis traditionnels au pouvoir. Mais les lobbies, l’oligarchie et les investisseurs étrangers, eux, sont toujours là. Les citoyens grecs doivent continuer la mobilisation : l’espoir est devant eux, puisqu’ils sont l’espoir.

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