Emprisonnée à Madagascar parce qu’elle critique l’exploitation minière‏

Durée de lecture : 4 minutes

17 avril 2013 / Youshaa Hassenjee (L’Express)



Perle Zafinandro Fourquet, une Française de 46 ans, est incarcérée depuis le 12 mars à Fort-Dauphin dans le sud-est de Madagascar. Les autorités lui reprochent d’être impliquée dans le cambriolage d’un bureau de la Commission électorale nationale indépendante de transition (Cenit), l’exécutif provisoire chargé d’organiser et superviser les prochaines élections dans le pays. Ses proches, eux, dénoncent une arrestation à caractère politique.


Incarcérée depuis le 12 mars 2013, Perle Zafinandro Fourquet, une Franco-malgache de 46 ans, est accusée d’être à l’origine du cambriolage, le 27 février dernier à Fort-Dauphin dans le sud-est de Madagascar, d’un bureau de la Commission électorale nationale indépendante de transition (Cenit), l’organisme chargé d’organiser et de superviser les opérations électorales. Au cours du casse, un écran plat et trois disques durs auraient été dérobés, une imprimante endommagée.

L’arrestation de la Française est intervenue après que des témoins ont affirmé avoir reconnu une vingtaine de membres de l’association Fagnomba (Entraide) - dont Perle Zafinandro Fourquet est présidente - à proximité des locaux de la Cenit au moment du délit. Une version démentie par le vice-président de Fagnomba dans un communiqué.

Une militante engagée

Après avoir vécu à la Réunion pendant plusieurs années, Perle Zafinandro Fourquet était repartie s’installer dans la Grande Ile il y a trois ans pour y développer un projet de création d’entreprise dans le tourisme. « C’est là qu’elle a rencontré des gens qui manifestaient et qu’elle a été touchée par leurs revendications, affirme son fils Jean-Yves Etiemble, 24 ans, étudiant en médecine à Bordeaux. Comme elle avait envie de faire des choses pour son pays, elle a décidé de les aider dans leur combat ».

Le combat dont il parle, c’est celui qui oppose la population de Fort-Dauphin au trust minier Qit Madacascar Minerals (QMM). Une société détenue à 80 % par la multinationale anglo-australienne Rio Tinto et à 20 % par l’Etat malgache. Fagnomba, l’association dont Perle Zafinandro Fourquet est devenue présidente, « ne remet pas en cause l’existence de la mine mais milite pour une meilleure prise en compte des intérêts de la population », explique Jean-Marie Pernelle, co-auteur de Je veux ma part de terre, documentaire en préparation sur le sujet. « Une autre chose que nous avons constatée sur place, c’est que son engagement lui a valu une forte popularité à Fort-Dauphin », poursuit-il.

Une arrestation politique ?

Pour ses proches, c’est cette popularité qui serait à l’origine de l’incarcération de Perle Zafinandro Fourquet. Les dirigeants en place craindraient, selon eux, l’émergence d’une figure d’opposition capable de leur faire de l’ombre à l’approche des élections législatives prévues pour juillet prochain. Or, l’association Fagnomba dénonce la corruption ambiante qui règne à Madagascar et pointe la responsabilité du chef de la région d’Anosy, Guillaume Venance. Fort du soutien de l’industriel QMM, c’est lui qui serait à l’origine d’une manoeuvre d’intimidation permettant à la fois de faire taire la contestation autour de l’opérateur minier et d’éliminer une potentielle rivale politique.

Contacté par téléphone par L’Express, l’intéressé dément formellement des propos qu’il qualifie de « rumeurs ». Perle Zafinandro Fourquet « n’est pas à ma hauteur, elle est loin derrière moi », affirme Guillaume Venance. « Il est vrai que je défends l’intérêt de l’administration et je ne suis pas franchement aimé par cette association lorsque je prends mes responsabilités et que j’envoie les militaires pour faire évacuer des barrages routiers. S’ils veulent lutter, il n’ont qu’à le faire de manière réglementaire », poursuit le chef de la région d’Anosy.

Aujourd’hui pourtant, il affirme ne pas vouloir mettre de l’huile sur le feu et assure que la tendance est à l’apaisement. Pour les proches de Perle Zafinandro Fourquet, la contestation ne fait que commencer.

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Pétition

Libérez sans délai Perle ZAFINANDRO-FOURQUET, présidente de FAGNOMBA, emprisonnée arbitrairement à Fort-Dauphin, Madagas

Pourquoi c’est important

Perle ZAFINANDRO-FOURQUET a été arrêtée abusivement le 11 mars 2013 et emprisonnée à Fort-Dauphin le 12 mars 2013 pour le combat qu’elle mène, avec d’autres compatriotes,contre un géant minier Rio Tinto (80%), associé à l’état malgache (20%).

Elle réclame le droit à une indemnisation décente des propriétaires terriens expulsés de leurs terres pour le besoin de cette firme (beaucoup n’ont jamais été payés). Elle réclame également l’embauche de travailleurs locaux au sein de cette société qui fait venir la plupart de ses employés de la capitale.

Elle lutte pour la protection de l’environnement malmené durement (les poissons disparaissent depuis l’installation d’un barrage...). En emprisonnant Perle ZAFINANDRO-FOURQUET pour des raisons complètement fallacieuses, les autorités malgaches coupent la VOIX d’une association qui les dérange.

Signer la pétition






Source et photos : L’Express

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